Vers une évacuation des groupes classés comme terroristes de la Ghouta

Abdelbari Atwan

le Président russe, désormais seul décisionnaire dans la Ghouta, a opté pour une évacuation des groupes « terroristes »

Rai Al Youm – 27 février 2018

Par Abdel Bari Atwan

Trois options pour mettre fin à la guerre dans toute la Ghouta orientale

Trois choix, qui auront un impact sur les suites de la crise dans les jours prochains, s’offrent aux principaux acteurs politiques et militaires de la crise dans la Ghouta orientale.

Première option : évacuation des combattants appartenant aux organisations extrémistes comme « Haya Tahrir Ach-Cham » (anciennement Nosra), « Al-Qaïda » et « l’Etat islamique ».

Deuxième option : évacuation des civils, dont le nombre est estimé entre 300 000 et 400 000, ce qui demandera une préparation logistique pour les loger, les nourrir et les soigner.

Troisième option : prolongation des bombardements russo-syro-iraniens, avec leur lot de victimes civiles.

La trêve de 5 heures par jour annoncée par le Président Vladimir Poutine démontre que c’est la deuxième option qui a été choisie, soit l’évacuation des civils, pour parvenir à la première option, l’évacuation des combattants. Il semble que cette « tactique russe » commence à porter ses fruits.

Pourquoi Al-Jaafari a menacé d’une seconde Alep ?

Bachar Al-Jaafari, ambassadeur de la Syrie aux Nations-Unies et un des faucons du régime, préfère apparemment le troisième choix puisqu’il a déclaré : « Nous allons faire de la Ghouta orientale une deuxième Alep. Les forces de l’armée arabe syrienne sont déterminées à récupérer l’ensemble des terres de la Ghouta ».

Al-Jaafari fait ces menaces pour deux raisons : premièrement, son gouvernement se trouve en porte-à-faux avec les citoyens de la capitale Damas, où sont tombés 114 obus de mortier lancés par les groupes extrémistes classés comme terroristes durant la seule semaine dernière, causant la mort de 17 personnes dont des enfants. Deuxièmement, l’armée syrienne a acquis une expérience opérationnelle considérable durant son offensive pour récupérer Alep-Est et elle veut rejouer le même scénario dans la Ghouta orientale grâce à cette expérience.

La trêve est violée depuis mardi et les deux camps s’accusent mutuellement. Le porte-parole russe a déclaré que les forces de l’opposition armée avaient bombardé un couloir réservé à l’évacuation des civils. L’opposition armée a répondu en accusant le régime d’être à l’origine de ce bombardement et il est bien difficile d’y voir clair.

Les trois principaux groupes classés comme modérés (jusqu’à maintenant), Jaych Al-Islam, Faylaq Ar-Rahman et Ahrar Ach-Cham, ont mis de côté leurs différends et ont annoncé qu’ils étaient prêts à faire sortir les combattants d’An-Nosra et leurs familles de la région dans un délai de 15 jours. Cette proposition a été faite durant des discussions secrètes entre M. Mohammed Allouche, chef de Jaych Al-Islam, et des diplomates russes.

Les campagnes médiatiques utilisant les victimes civiles et innocentes de la Ghouta se sont calmées après l’annonce de cette proposition et les communications secrètes qui en sont à l’origine. Le bombardement des quartiers d’habitation dans lesquels se trouvent les combattants ont aussi diminué, ce qui signifie que les chances de sortie de crise, avec le respect de la résolution 2401 du Conseil de sécurité imposant un cessez le feu, sont grandes.

Les menaces militaires britanniques en réaction à l’usage des armes chimiques sont-elles sérieuses ?

Les Etats-Unis et leurs alliés européens sont désormais hors-jeu et c’est le Président russe Poutine qui est à la barre. Les déclarations de Boris Johnson, Ministre des Affaires étrangères britannique, faites aujourd’hui à la BBC confirment cela. Il a menacé d’une participation de son pays aux frappes militaires américaines contre le régime syrien en cas de preuves concernant l’utilisation des armes chimiques contre les civils de la Ghouta. Dans le même temps, Washington accuse la Russie d’être un pompier pyromane et de déstabiliser la région.

Cette preuve dépend du Président Trump et de l’ampleur de sa colère face à la mise de côté de son pays dans le dossier de la Ghouta, après celui d’Alep. Nous ne pensons pas qu’il ait besoin d’une preuve de l’utilisation des armes chimiques pour envoyer des missiles de croisière, comme il l’a fait en bombardant la base aérienne d’Ach-Chaayrate en avril dernier, mais s’il en a besoin, de nombreux moyens sont à sa disposition pour en faire apparaître.

L’armée syrienne n’a pas eu besoin d’utiliser d’armes chimiques pour reconquérir Alep-Est puis Deir Az-Zor. Il y a donc peu de chances qu’elle en ait besoin pour reprendre la Ghouta orientale, où elle dispose de plus de 100 000 soldats pour exterminer les groupes armés (le gouvernement syrien a toujours nié avoir utilisé ces armes).

L’évacuation des combattants de Jabha An-Nosra et leurs alliés de la Ghouta orientale pourrait être une solution satisfaisant l’ensemble des parties. S’ils refusent de partir, nous n’excluons pas de voir les groupes « modérés » les combattre aux côtés de l’armée syrienne en application des accords d’Astana sur les zones d’apaisement des tensions, qu’ils ont signé après des négociations directes avec la délégation du régime syrien emmenée par M. Al-Jaafari.

La coalition russo-syro-iranienne ne peut tolérer que les civils et les combattants restent côte à côte dans la Ghouta orientale, surtout si les tirs de mortier en direction de Damas continuent. L’évacuation des civils ou des combattants se rapproche, afin de limiter les pertes humaines avec l’accord de toutes les parties.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*