Une nouvelle attaque tripartite imminente en Syrie ?

Abdelbari Atwan

Pourquoi les offres saoudiennes et américaines « secrètes » et alléchantes pleuvent sur le Président Al-Assad ces jours-ci ?

Rai Al-Youm – Mardi 28 août

Par Abdelbari Atwan

Ces derniers jours, les Saoudiens et Américains multiplient les offres secrètes et « alléchantes » aux dirigeants syriens. Elles ont pour axe majeur la rupture des liens avec la résistance (Iran et Hezbollah) en échange d’une présidence à vie et de l’injection de milliards de dollars dans la reconstruction. Dans le même temps, les forces militaires se rassemblent et font planer la menace d’une frappe imminente et un renversement du régime syrien par la force. Mais les chances de riposte russe face à une agression tripartite ne sont plus les mêmes, avec la présence d’environ dix navires de guerre et de deux sous-marins russes en face des côtes syriennes.

Commençons par les offres secrètes faites aux dirigeants syriens ces dernières semaines. Elles s’inscrivent dans une politique du bâton et de la carotte, et se résument ainsi :

La première a été révélée par le journal libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, et l’agence iranienne Fars mardi. Elle a été faite par un chef militaire américain accompagné de représentants de plusieurs services secrets américains, qui est arrivé à l’aéroport de Damas à bord d’un avion privé émirati. Il a rencontré le général Ali Mamlouk, chef du Bureau de la sécurité nationale syrienne, le général Dib Zeytoun, chef des services de renseignements, et le général Muwaffaq Asaad, vice-chef d’état-major de l’armée syrienne, durant quatre heures.

La proposition américaine comprend le retrait de toutes les forces américaines de Syrie contre le retrait des troupes iraniennes du Sud syrien frontalier avec Israël, l’allocation d’une portion du pétrole syrien situé à l’Est de l’Euphrate aux entreprises américaines, et la fourniture d’informations complètes sur les groupes terroristes et leurs membres présents en Syrie.

La deuxième offre a été dévoilée par Nawwaf Moussawi, député du Hezbollah au parlement libanais, dans une émission à laquelle j’ai participé sur la chaîne Al-Mayadin. Il a déclaré que le Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, avait envoyé le mois dernier un émissaire au Président Al-Assad pour lui proposer la présidence à vie et une généreuse participation de l’Arabie saoudite dans la reconstruction de la Syrie, contre une rupture des relations avec l’Iran et le Hezbollah.

Les dirigeants syriens ont fermement rejeté ces deux offres et ont déclaré à la délégation américaine que leurs troupes présentes en Syrie étaient des forces d’occupation et qu’elles seraient traitées comme telles. Ils leur ont dit qu’ils faisaient partie d’un axe stratégique et qu’ils ne pouvaient abandonner l’Iran et le Hezbollah. En ce qui concerne les informations sur les groupes terroristes, il s’agit d’une question à aborder après le rétablissement des liens politiques ; il en est de même pour la part allouée aux entreprises américaines dans les industries du pétrole et du gaz en Syrie.

L’offre du Prince Mohammed Ben Salman, incluant le maintien du Président Al-Assad au pouvoir jusqu’à sa mort et la participation de l’Arabie saoudite à la reconstruction, n’est pas nouvelle. Il l’avait déjà faite au début de la crise, quand il avait rencontré le général Ali Mamlouk durant une visite secrète arrangée par les Russes (en juin 2015), avec les mêmes demandes. La réponse avait été surprenante pour l’invité saoudien avec un refus catégorique, alors que les groupes armés d’opposition contrôlaient environ 80% du territoire syrien avec le soutien de l’Arabie saoudite, des Etats-Unis et de l’Occident.

Maintenant que l’armée arabe syrienne a repris plus de 85% du territoire, l’offre saoudienne paraît étrange et incompréhensible, sans compter que l’acceptation par l’Arabie saoudite d’Al-Assad comme Président à vie ne change rien dans le contexte actuel. Quant aux pays ayant financé, entraîné et soutenu les groupes armés dans la crise syrienne afin de changer le régime, ils sont sous le coup du droit international avec le paiement de milliards de dollars, non pour reconstruire la Syrie, mais pour dédommager les victimes de ce soutien.

Ces refus syriens concomitant avec les préparations militaires pour reprendre la ville d’Idlib expliquent la déclaration du Président français Emmanuel Macron durant son discours annuel devant les ambassadeurs : « Le retour à la normale en Syrie avec le maintien d’Al-Assad au pouvoir est une grave erreur ».

Les Russes vont-ils répondre cette fois-ci à une nouvelle agression tripartite contre la Syrie ?

Nous n’écartons pas une agression tripartie des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France contre la Syrie, peut-être dans les prochains jours. Le prétexte sera l’utilisation d’armes chimiques par le régime, comme pour la première agression en avril dernier. Mais les choses ont changé.

Premièrement, cette agression pourrait être de grande ampleur et inclure des cibles stratégiques, dont le palais présidentiel à Damas.

Deuxièmement, la Russie, qui a dévoilé la mise en scène visant à  justifier cette attaque (l’utilisation d’armes chimiques), ne restera pas les bras croisés cette fois. Elle pourrait bien riposter à cette attaque alors que ses relations avec les Etats-Unis sont tendues et qu’elle insiste pour que la ville d’Idlib retourne sous autorité syrienne et soit « nettoyée des groupes terroristes », comme l’a déclaré le vice-chef d’état-major de l’armée russe.

Nous penchons pour un tel renversement dans l’attitude russe car des informations ont fuité ces jours-ci sur la fourniture de missiles russes S400 et S300 à l’armée syrienne, sans oublier la présence de frégates russes équipes de missiles anti-aériens et anti-missiles face aux côtes syriennes.

Trump obtiendra-t-il le succès qu’il recherche à Idlib ?

Le Président Trump est à la recherche d’un petit succès pour alléger les pressions croissantes dans son pays visant à le chasser de la Maison blanche à cause des scandales mais nous ne pensons pas qu’il obtiendra ce succès en agressant de nouveau la Syrie, car les règles du jeu ont complètement changé… Mais ça, le futur nous le dira.

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