Une confrontation militaire entre les Etats-Unis et l’Iran devient-elle inévitable ?

Voici une enquête auprès d’experts sur les questions relatives à la politique et à la sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. (MENA)

Dalia Dassa Kaye, Directrice du Center for Middle East Public Policy à la RAND Corporation

La politique de l’administration Trump à l’égard de l’Iran a augmenté les risques de conflit militaire, mais ce n’est pas inévitable. Le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien il y a un an a déclenché des événements qui ont mené à l’escalade actuelle. Malgré les objections de ses conseillers de l’époque, et avant même que d’autres conseillers comme John Bolton ne se joignent à l’administration, le président Donald Trump a engagé le retrait le plus virulent. Il a réimposé les sanctions les plus larges possibles contre l’Iran et a intensifié une campagne de « pression maximale » qui a mis l’Iran dans une impasse.

Même si l’escalade a semé le doute chez le président, il n’est pas certain qu’il puisse faire marche arrière après deux ans de mesures hostiles grâce à quelques tweets ou déclarations conciliantes. Après tout, une approche conflictuelle à l’égard de l’Iran est le pivot de ses politiques régionales et s’aligne étroitement sur les dirigeants influents tels que le Premier Ministre Israélien Benjamin Netanyahu.

Cela ne veut pas dire que les Etats-Unis sont sur le point d’attaquer le territoire iranien. Mais tout comme Israël frappe régulièrement des cibles iraniennes en Syrie, il est concevable qu’une escalade, même accidentelle, entre les forces Américaines et les milices soutenues par l’Iran en Irak, par exemple, puisse entraîner des représailles Américaines dans ce pays. Malgré son aversion déclarée pour le conflit militaire au Moyen-Orient, le président des Etats-Unis s’est montré disposé à recourir à la force avec des frappes militaires limitées en Syrie au printemps 2018. Par conséquent, les perspectives de conflit militaire, même si l’intention est de limiter ce conflit, sont beaucoup plus élevées qu’elles ne l’étaient il y a un an.

Elijah J. Magnier, Correspondant international en chef d’Al-Rai

La montagne a donné naissance à une souris. Il y a eu beaucoup de bruit venant des Etats-Unis au sujet de l’Iran, mais peu de choses ont changé. Les Etats-Unis semblent croire que leurs sanctions sévères et leur nouvelle « guerre de propagande d’intimidation » contre l’Iran vont entraîner les responsables du pays à la table des négociations, demandant une rencontre avec le président Donald Trump. Cette campagne a commencé par l’annonce d’un renforcement des forces militaires américaines dans le Golfe Persique comme s’il n’y avait pas déjà plus de deux douzaines de bases américaines dans les onze pays entourant l’Iran et par la fuite d’informations d’une « réunion inhabituelle des services secrets à la CIA pour discuter de l‘Iran ». L’administration Trump amplifie délibérément l’information sur ses propres mouvements militaires, mais ne parvient pas à effrayer l’Iran.

L’administration Trump ne comprend toujours pas que l’Iran a une lecture différente de la situation. Tout d’abord, l’Iran n’a aucune confiance dans l’administration Trump, ce qui exclut la possibilité de négociations dès le départ. Deuxièmement, l’annonce récente du Président Iranien Hassan Rouhani selon laquelle l’Iran se retirerait partiellement de l’accord nucléaire conclu avec les cinq membres permanents du Conseil De Sécurité et l’Allemagne a permis de répondre aux appels lancés par les radicaux Iraniens en faveur du retour à une production de qualité militaire. Au cours des 60 prochains jours, la tension devrait encore augmenter. Cependant, la guerre ne semble pas se profiler à l’horizon car, au moins jusqu’à aujourd’hui, aucune des parties concernées n’a l’intention de déclencher une véritable guerre.

L’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de l’Iran, a déclaré que si les Etats-Unis ne respectaient pas leurs engagements, l’Iran « déchirer ait [l’accord nucléaire] ». Il n’a jamais dit que l’Iran attaquerait les Etats-Unis.

Judith Miller, Journaliste d’investigation lauréate du prix Pulitzer, anciennement du New York Times.

La campagne du président Donald Trump contre l’Iran a accru la pression économique sur Téhéran et les tensions dans le Golfe, mais elle ne rend pas la guerre inévitable. Les partisans de la ligne dure de la Maison-Blanche pourraient soutenir qu’une pression Américaine accrue entraînera soit un changement de régime en Iran soit la fin de l’agression de l’Iran contre ses voisins et les Etats-Unis. Tout comme le regretté ayatollah Ruhollah Khomeini a fini par céder sous la pression et a bu le « calice empoisonné » pour mettre fin à la guerre barbare Irak-Iran lancée par le dirigeant Irakien Saddam Hussein, son successeur finira par céder aux pressions américaines.

C’est un vœu pieux, pas une stratégie.

L’administration Trump n’a jamais expliqué comment le fait de se retirer de l’accord nucléaire iranien, aussi imparfait soit-il, empêcherait l’Iran de soutenir le terrorisme à l’étranger, de menacer les alliés régionaux des Etats-Unis ou de poursuivre son oppression théocratique dans le pays. La réponse aux défauts de l’accord n’était pas un retrait unilatéral, mais des pressions diplomatiques et économiques sur Téhéran pour améliorer l’accord.

Le fait que l’administration ait récemment réduit le montant des exportations pétrolières iraniennes à zéro divise encore davantage Washington de ses alliés Européens et sape ce qui a été un objectif majeur des prédécesseurs Républicains et Démocrates, à savoir mettre un terme à la prolifération nucléaire dans la région la plus stratégique du monde.

L’Iran, et les iraniens, seront sans doute blessés par les dernières mesures américaines, mais la guerre n’est toujours pas « inévitable » pour une raison essentielle: ni Trump ni l’ayatollah Ali Khamenei ne veulent une confrontation militaire. Malgré ses partisans de la ligne dure en interne, Trump sait que les guerres sont mauvaises pour les affaires et aussi pour le Dow Jones et par ailleurs se déroulent rarement comme prévu. Les dirigeants iraniens, à leur tour, préféreraient demander une aide économique aux autres partenaires de l’accord nucléaire, en particulier aux pays Européens, en attendant la fin du premier mandat de Trump et son remplacement éventuel par un successeur Démocrate plus conforme. Cela aussi est peut-être un vœu pieux, mais l’Iran connaît bien le coût de la guerre. Elle sait aussi que le recours au terrorisme pourrait déclencher des représailles militaires américaines qu’elle est désireuse d’éviter.

Jarrett Blanc, Chercheur au programme de géo-économie et de stratégie du Carnegie Endowment for International Peace.

Inévitable ? Non. Notre réalité peut ressembler à une émission de télévision, mais ce n’est pas encore un jeu de trônes, l’intrigue et le développement du personnage nous propulsant dans une bataille climatique terrible et sans intérêt.

Plus probable et plus difficile à prévenir ? Malheureusement, oui. Le président Donald Trump ne veut peut-être pas la guerre, mais il s’est entouré de gens qui la veulent, et il ne semble prêter qu’une attention sporadique à leurs remarques, permettant à son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, de faire de «l’esbroufe» sur les menaces iraniennes possibles et les déploiements militaires américains prévus à l’avance. Du côté de l’Iran, il y a aussi «des vautours» qui profiteraient littéralement d’une confrontation avec les Etats-Unis.

Cette situation tendue signifie que les commandants subalternes et peut-être même les mandataires, partiellement contrôlés, peuvent, intentionnellement ou non, déclencher un conflit que les hauts dirigeants auront du mal à contrôler.

Par Michael Young, Journaliste Rédacteur en Chef de Diwan et du Carnegie Middle East Center.

Traduction Alexandra Allio De Corato

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Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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