Un sommet de la « coopération » contre le Qatar !

Les espoirs de résolution de la crise avec le Qatar se sont évanouis au sommet du CCG

Al-Quds Al-Arabi – Lundi 10 décembre 2018

Des observateurs de la situation dans le Golfe entrevoyaient une solution à la crise du Conseil de « Coopération » du Golfe, qui a commencé le 5 juin 2017, suite à des gestes des Etats du blocus envers le Qatar : le Prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salman a évoqué la force de l’économie qatarie durant le « Davos du désert », le Président égyptien Abdelfattah Al-Sissi a parlé de l’importance de la stabilité des Etats du Golfe, et le Roi d’Arabie saoudite Salman Ben Abdelaziz a invité l’Emir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, à assister au sommet du CCG à Riyad.

Ces gestes étaient liés à la situation délicate de l’Arabie saoudite dans le monde suite aux révélations sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, aux accusations directes envers le Prince héritier et à l’effondrement des nombreuses versions adoptées par les autorités de Riyad afin de sortir le Prince de cette mauvaise passe. Les autorités saoudiennes ont semble-t-il pensé que quelques flatteries envers Doha et le Président turc Erdogan suffiraient à mettre fin au flot d’informations et d’analyses autour de cette affaire, ou augmenteraient les espoirs d’un règlement de la crise du blocus.

La suite a montré que ces gestes étaient trompeurs et les Etats du blocus ont répété les conditions précédentes, dont « l’arrêt des interventions qataries dans les affaires des Etats du blocus », ce qui signifie en fait permettre à ces Etats d’intervenir dans les affaires internes et externes du Qatar, et empêcher les médias qataris comme la chaîne Al-Jazeera d’effectuer leur travail de manière naturelle en couvrant les affaires politiques du monde arabe et du reste de la planète.

Le Qatar a réagi de manière cinglante et diplomatique à la fois. Doha a annoncé son retrait de l’OPEC, qui est devenue un instrument de mise en œuvre des politiques saoudiennes et de l’administration Trump. Elle a ensuite fait fuiter la nouvelle de la non-présence de son Emir au sommet du Golfe tant que le blocus continuerait. Afin de ne pas rompre totalement les liens, elle a envoyé un Ministre d’Etat pour la représenter dans ce sommet.

En annonçant sa sortie de l’OPEC et une diminution de sa représentation au sommet du Golfe, le Qatar a fait avaler des couleuvres à ses prétentieux adversaires et les a renvoyés à la case départ tout en prenant l’avantage : le blocus est devenu un énorme fardeau politique et économique, les prétextes le justifiant se sont effondrés les uns après les autres ; leur arrogance, leurs politiques répressives envers leurs peuples et l’aveuglement qui les a touchés à cause du soutien de Trump ont conduit ces Etats à des scandales dont l’ampleur grandit chaque jour. L’affaire Khashoggi est le premier de ces scandales et il a remis les projecteurs sur leurs méthodes barbares incarnées par l’enlèvement puis l’assassinat de l’étudiant italien Julio Regini, l’incarcération du chercheur britannique Matthew Hedges, et l’enlèvement de la princesse Latifa, fille du gouverneur de Dubaï, en pleine mer avec la collaboration des services secrets indiens.

Le blocus du Qatar reflète les politiques intérieures de ces Etats : la répression des citoyens et des opposants, l’arrestation de toute personne dont la loyauté est mise en doute, et la toute-puissance interne se matérialisent à l’extérieur par ces scandales. Il est logique qu’ils essayent aussi d’imposer leur point de vue au Qatar et d’interdire ses médias de pratiquer leur métier comme il se doit et non de faire de la propagande.

Le Qatar fait tout ce qu’il peut (aux côtés du Koweït et d’Oman) pour ne pas sortir des usages diplomatiques avec les Etats du blocus mais il ne peut pas être membre d’une organisation qui lui fait perdre à la fois son indépendance et son orientation.

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A propos de Sami Mebtoul 192 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur de langue arabe

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