Un changement stratégique au Moyen-Orient en 2019

Abdelbari Atwan

Pourquoi Israël est le premier à demander que les troupes américaines restent en Syrie ?

Rai Al-Youm – Mardi 1er janvier 2019

Par Abdelbari Atwan.

Une semaine après l’annonce par le Président américain Donald Trump du retrait de toutes ses forces de Syrie (2 200 soldats) suite à la défaite de l’Etat islamique ou DAECH, il apparaît clairement que la majeure partie des opposants à cette mesure, à l’intérieur ou à l’extérieur des Etats-Unis, sont des amis de l’Etat hébreu. Ils s’inquiètent pour sa sécurité et sa stabilité, non pour les intérêts américains au Moyen-Orient ou la lutte contre le terrorisme.

La présence de troupes américaines sur le territoire syrien avait pour objectif de soutenir le projet israélien visant à faire sortir les soldats et conseillers iraniens ainsi que leur alliés de Syrie. C’est du moins ce qu’espérait Netanyahou, après que le commandement russe s’est opposé à ses raids aériens sur le territoire syrien pour frapper ces troupes et a fourni des missiles S300 à l’armée syrienne.

Trump va-t-il céder aux pressions et faire marche arrière ?

Trump a attaqué hier dans un de ses tweets ses opposants dans les médias et certains anciens généraux à la retraite comme James Mattis, qui a démissionné de son poste de Ministre de la Défense pour protester contre le retrait des troupes américaines de Syrie. Il n’a toutefois par critiqué Netanyahou, un des principaux opposants à sa politique dans ce domaine.

La réunion entre Mike Pompeo, Ministre des Affaires étrangères, et Netanyahou, en marge de la cérémonie d’intronisation du nouveau Président du Brésil à Rio de Janeiro a porté sur l’intensification de la coordination militaire entre les Etats-Unis et Israël, face au danger iranien en Syrie après le retrait des forces américaines. Aucune information n’a fuité au sujet de cette coordination mais nous pensons que le Ministre des Affaires étrangères américain a voulu rassurer Netanyahou et tenter de calmer ses craintes, d’autant que la dernière attaque aérienne israélienne visant des objectifs militaires à l’Ouest de Damas à travers l’espace aérien libanais menée il y a dix jours a échoué puisque 14 missiles sur les 16 ont été interceptés et un missile syrien a atteint la ville de Haïfa.

Nous sommes en désaccord avec Trump et ses politiques en faveur d’Israël et de la judaïsation de la ville occupée de Jérusalem, ainsi que son soutien apporté à la guerre au Yémen, mais sa décision de se retirer de Syrie et peut-être bientôt d’Irak est courageuse et constitue un aveu clair de l’échec du projet américain en Syrie, qui a coûté au Trésor américain plus de 70 milliards de dollars d’après Trump lui-même. La présence de ces troupes est devenue source de danger alors que l’hostilité monte entre les Etats-Unis et l’Iran, tout comme la probabilité d’un affrontement, car elles pourraient se transformer en cibles pour les mouvements armés irakiens et syriens ayant clairement annoncé leur intention d’utiliser la force afin contraindre les forces américaines au retrait. Il ne faut pas non plus oublier la signature de l’accord de coordination militaire et sécuritaire entre les gouvernements syrien et irakien à l’Est de l’Euphrate et au Nord de la Syrie autorisant les avions irakiens à bombarder toutes forces menaçant la sécurité des deux pays.

Quel est donc le changement stratégique au Moyen-Orient induisant un retrait rapide des troupes et inquiétant Netanyahou et le lobby qui le soutien, mais échappant à beaucoup ?

La colère irakienne sans précédent suite à l’humiliation faite par Trump à la souveraineté du pays en se rendant dans la base américaine d’Ayn Al-Assad, dans la région d’Al-Anbar, sans autorisation du gouvernement irakien, et son refus de se rendre à Bagdad pour raisons de sécurité, vont dans le sens de ce que nous disons. Sans oublier que de nombreux mouvements de la résistance irakienne ont demandé le retrait de l’ensemble des troupes et bases américaines de leur pays, notamment Asaib Ahl Al-Haq, le Hezbollah irakien, Al-Nujaba et Al-Hashd Al-Shaabi.

Le Président Trump a vu juste dans son tweet quand il a parlé des catastrophes et des défaites subies par l’Amérique suite à ses interventions militaires au Moyen-Orient, notamment en Irak, en Afghanistan et en Libye, qui se sont transformés en Etats faillis, sans oublier des pertes s’élevant à 7 trillions de dollars. Il doit aller plus loin et reconnaître que toutes ces guerres ont été menées pour la sécurité et les intérêts d’Israël.

La nouvelle année, et sans doute les suivantes, marqueront un réveil arabe et musulman aboutissant à la fin de l’hégémonie américaine dans la région et à la fin de la supériorité israélienne légendaire. Les premiers signes de ce réveil apparaissent en Syrie, en Irak, au Yémen et en Libye avec un retour à la coopération entre pays arabes à Damas et Bagdad, et l’augmentation des forces de la résistance et de ses deux bras au Sud du Liban et en Palestine…

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