Trump qualifie les Gardiens de la Révolution d’«organisation terroriste», minimisant les conséquences pour les troupes américaines et la stabilité de l’Irak.

Membres du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran défilent lors d'un défilé militaire pour commémorer la guerre Iran-Irak de 1980-1988 à Téhéran, Iran, 22 Septembre 2007. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Dans le cadre d’une manœuvre dont les détracteurs ont averti qu’elle pourrait aggraver les risques pour les troupes américaines et réduire les chances de diplomatie future, l’administration Trump a annoncé aujourd’hui son intention de désigner le Corps des gardiens de la révolution Islamique (CGRI) de l’Iran comme organisation terroriste étrangère.

Cette action, qui doit entrer en vigueur dans une semaine, marque une première pour les Etats-Unis, désignant une entité gouvernementale étrangère comme groupe terroriste, ont déclaré des responsables américains.

« Nous le faisons parce que l’utilisation du terrorisme par le régime iranien en tant qu’outil d’intervention politique le rend fondamentalement différent de tout autre gouvernement« , a déclaré le secrétaire d’Etat Mike Pompeo dans un discours annonçant cette décision au département d’Etat aujourd’hui. « Cette mesure historique privera le premier «Etat sponsor de la terreur» des moyens financiers nécessaires pour répandre la misère et la mort dans le monde. »

Cependant, d’anciens diplomates américains qui ont servi dans la région ont déclaré que cette désignation n’ajoutera que peu de nouvelles pressions économiques sur l’Iran tout en générant potentiellement une réaction anti-américaine en Irak.

« Ce genre de pression peut être utilisé par les factions pro-iraniennes[…] pour faire pression sur Bagdad pour qu’elle choisisse l’Iran », a déclaré à Al-Monitor, Barbara Leaf, ancienne secrétaire d’Etat adjointe pour l’Irak.

Richard Nephew, ancien fonctionnaire américain qui a joué un rôle clé dans le régime de sanctions américaines contre l’Iran et qui a ensuite fait partie de l’équipe de négociation de l’accord nucléaire américain sur l’Iran, a écrit sur Twitter. « La vraie histoire ici, c’est la motivation, pas si cachée : pourrir la relation pour qu’il soit impossible de négocier avec la [République Islamique d’Iran] à l’avenir. »

L’Iran a immédiatement dénoncé la décision et annoncé des mesures réciproques. Parmi elles, le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a désigné le Commandement central américain et toutes les forces qui lui sont liées comme une entité terroriste.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Muhammad Javad Zarif, a présenté la dernière action américaine contre l’Iran comme un cadeau au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la veille des élections israéliennes du 9 Avril.

« Un cadeau malencontreux à Netanyahu » à la veille des élections, a tweeté Zarif. « Une dangereuse mésaventure américaine dans la région. »

En effet, Netanyahu a remercié Trump (via Twitter) pour ce dernier cadeau, qui fait suite à la décision de Trump la semaine dernière de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem, de se retirer de l’accord nucléaire iranien et de se «tenir à l’écart» de la dernière promesse faite par Netanyahu pendant la campagne d’annexer les colonies en Cisjordanie. « Une fois de plus, vous protégez le monde de l’agression iranienne et du terrorisme », a écrit Netanyahu sur Twitter.

L’envoyé spécial des Etats-Unis en Iran, Brian Hook, a déclaré que le chef de la force, Qasem Soleimani, était le véritable ministre iranien des affaires étrangères, et non Zarif. De plus, il a rejeté les avertissements selon lesquels cette action pourrait compliquer tous les efforts diplomatiques futurs, y compris tenter d’obtenir la libération de citoyens américains qui seraient détenus en Iran sous la direction et le contrôle du CGRI.

La désignation « est un outil », a déclaré M. Hook aux journalistes après l’annonce faite aujourd’hui par M. Pompeo. « Faire cela, n’entravera pas notre diplomatie. »

« Le Moyen-Orient ne peut pas être plus stable et pacifique sans affaiblir les Gardiens de la révolution Islamique », a dit M. Hook. « C’est l’instrument brutal de la politique étrangère de l’Iran, et il en est ainsi depuis des décennies. Et ce que nous faisons aujourd’hui, c’est stigmatiser cette organisation. »

Quant aux répercussions possibles sur la protection des forces américaines et la stabilité du gouvernement irakien, M. Hook a déclaré que l’action n’a été entreprise qu’après un solide examen inter-institutions.

Le Pentagone, dont on a signalé qu’il s’inquiétait de l’action et de ses implications possibles pour la protection des troupes américaines, s’est dit prêt à mettre en œuvre cette mesure.

« Par principe, nous ne discutons pas des ajustements des niveaux de protection de la force ou des mesures de sécurité opérationnelle, pour des raisons de sécurité », a déclaré la porte-parole du Pentagone, le Commandant Rebecca Rebarich, dans un communiqué. « Comme toujours, le ministère de la Défense a pris des mesures prudentes pour assurer la sécurité de nos forces à travers le monde, et maintenir notre disponibilité à mener à bien nos missions. »

En pratique, la désignation par les Etats-Unis du CGRI en tant qu’organisation terroriste étrangère a pour conséquence directe le fait que fournir un soutien matériel au CGRI devient un crime fédéral passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 20 ans, a déclaré Nathan Sales, coordinateur de la lutte contre le terrorisme au département d’Etat américain.

Toutefois, selon Doug Jacobson, avocat spécialisé dans le commerce et le respect des sanctions aux Etats-Unis, ces interdictions ne s’appliquent qu’aux individus américains. Les interdictions ne s’appliquent qu’aux « personnes (y compris les entreprises) aux Etats-Unis ou soumises à la juridiction des Etats-Unis », a tweeté Jacobson. « Ce ne sont pas des sanctions secondaires. »

En réalité, il y a peu de pression économique supplémentaire à tirer de cette action, mais des risques potentiels, a déclaré M.Nephew, l’ancien responsable des sanctions américaines contre l’Iran et négociateur. « Nous n’avons pas besoin de faire cela pour maximiser la pression économique sur le CGRI ou sur l’Iran d’ailleurs »… « Toutes les grandes entreprises et entités ne vont pas faire affaire avec quiconque qu’elles soupçonnent même d’avoir des liens avec le Corps des gardiens de la révolution Islamique. … Cette décision n’ajoutera pas d’intensité de façon significative à cette pression. Nous avons déjà le CGRI en ligne de mire … ? »
Les risques potentiels, plus réels, l’emportent sur la « stigmatisation » théorique du CGRI, a-t-il ajouté.

M. Nephew: « Disons que les Iraniens appellent «terroristes» les militaires américains. « Si vous avez des terroristes à proximité de votre zone de responsabilité, que faites-vous d’eux ? Dans le système américain, nous avons des autorités qui autorisent les opérations militaires contre eux. Les Iraniens le savent. Vont-ils attendre d’être frappés ? Ou vont-ils frapper les premiers ? »
« Tout cela est totalement inutile et très dangereux à mesure que les paramètres de fonctionnement ressortent. »

En Irak, l’action américaine pourrait être contre-productive, en augmentant la pression des factions pro-iraniennes sur le gouvernement irakien pour qu’il choisisse l’Iran plutôt que les Etats-Unis, et la possibilité que ces factions demandent aux conseillers militaires américains de quitter l’Irak, a déclaré l’ancien diplomate américain Leaf.

« Je pense que l’Irak se trouve dans une période de transition politique plutôt délicate, on pourrait presque dire fragile, après l’EI [Etat Islamique], avec un gouvernement «technique» dirigé par un premier ministre qui n’a pas son propre parti politique », a déclaré M. Leaf, qui a dirigé une équipe de reconstruction provinciale américaine à Bassorah, en Irak, et a ensuite été ambassadeur des Etats-Unis aux Emirats Arabes Unis.

« La seule chose que les dirigeants irakiens ont toujours dit, c’est qu’ils ne veulent pas que l’Irak soit un champ de bataille entre l’Iran et les Etats-Unis », a déclaré M. Leaf, qui travaille maintenant au Washington Institute for Near East Policy. « Ils ne veulent donc pas que l’Iran fasse pression sur eux pour qu’ils coupent les ponts avec les Etats-Unis. De la même manière, ils doivent maintenir une bonne relation avec leur grand voisin iranien. C’est donc un exercice d’équilibre très difficile. »

Elle a ajouté : « Je pense que nous avons, dans un sens, récemment esquivé «une attaque» en ce qui concerne cette poussée naissante du Conseil des représentants à adopter une sorte de législation pour demander l’expulsion des conseillers militaires américains[d’Irak] ».

« En ce qui concerne l’impact sur le régime iranien, je ne le vois pas vraiment », a fait remarquer Leaf.

« Le CGRI est déjà fortement stigmatisé… Il y a déjà beaucoup de prudence de la part des entreprises occidentales quant à savoir avec qui elles traitent lorsqu’elles envisagent de faire des affaires en Iran. »

Par Laura Rozen

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 76 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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