Syrie : un nouvel Afghanistan pour les Russes ?

Le journaliste et écrivain saoudien Mishary Al Zaidi

Après le « crash » d’un avion militaire de transport dans la base aérienne de Hmeimim, peut-on commencer à parler d’un enlisement russe en Syrie ?

Mercredi 7 mars – Asharq Al-Awsat

Par Mishary Al-Zaidi, écrivain et journaliste saoudien

Les russes sont-ils enlisés dans le bourbier syrien ; l’ours russe commence-t-il à saigner après avoir été piqué par les épines pointues cachées sous la terre visqueuse et les cendres accumulées ? Le Ministère de la Défense russe a annoncé le crash d’un avion russe de transport dans la base aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié. D’après le communiqué officiel russe, 26 passagers sont morts dans « l’accident », ainsi que les 6 membres d’équipage, soit 32 personnes appartenant certainement aux forces russes.

Les pertes russes dans le bourbier syrien

Cet « accident » comme disent les Russes, niant une « attaque » directe contre l’avion de transport, nous rappelle d’autres pertes russes dans le bourbier terrestre et aérien de la Syrie.

Le 24 novembre 2015, les défenses turques ont abattu un avion de combat russe Sokhoï 24, déclenchant une grave crise entre Ankara et Moscou, qui a contraint le Président turc Erdogan à se plier aux exigences des Russes.

Le 3 novembre 2017, un pilote russe a été tué après que les défenses des groupes armés syriens ont abattu son avion Sokhoï 25, qui menait un raid dans la région de Saraqib près d’Idlib (Nord-Ouest), un des fiefs de l’opposition armée.

Le 31 décembre 2017, un avion russe a été endommagé à Hmeimim après un bombardement de cette base par l’opposition armée.

Il ne faut pas non plus oublier les morts au cours des combats terrestres directs, comme le massacre des experts russes à Deir Az-Zor par les forces américaines ; ni l’acharnement des avions de combat russe qui bombardent de manière aveugle les habitants de la Ghouta orientale, assistés par l’armée de Bachar, Nasrallah et Souleimani, car tous les habitants de la Ghouta sont des membres de DAESH, femmes, enfants et vieillards compris !

Il est encore tôt pour parler d’un scénario russe similaire à l’Afghanistan car il s’agit d’une guerre qui a duré dix ans, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge en 1979. La plupart des pays musulmans et occidentaux  étaient également opposés à cette guerre, qui a causé aux Russes de lourdes pertes : environ 15 000 morts, des milliers de blessés et traumatisés, sans compter les pertes matérielles considérables… Et l’atteinte portée au prestige de l’ours russe.

Une Syrie désormais divisée en cantons appartenant à des chefs de guerre

L’avion militaire de transport qui s’est écrasé, ou a été abattu, à Hmeimim, dans le fief de la famille Al-Assad aux alentours de Lattaquié, montre que les Russes mettent les pieds sur un chemin glissant, dans une Syrie désormais divisée en cantons appartenant à des chefs de guerre ; chacun d’entre eux obéissant à une puissance mondiale ou régionale, ou peut-être même à des mafias étrangères. Comment les Russes peuvent-ils donc éviter les ravins pleins de serpents qui parsèment leur route ?

Depuis ses début, l’intervention russe en Syrie est une provocation réveillant toutes les colères et désirs de vengeance… Sans oublier l’extrémisme. Cette intervention se distingue par  une rudesse militaire dénuée de finesse politique, et qui sème le vent récolte la tempête.

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