Syrie : l’économie politique des massacres

Deux enfants de Syrie blessés

Alors que les combats font rage dans la Ghouta, les investisseurs se pressent déjà pour participer à la reconstruction de la Syrie, qui se fera encore aux dépens du peuple

Al-Quds Al-Araby – Vendredi 9 mars

Alors que de terribles massacres sont commis contre les civils dans la Ghouta orientale de Damas et que les forces du régime syrien attaquent avec leurs alliés russes et iraniens cette région affamée et encerclée depuis plusieurs années, des dirigeants de grandes entreprises se réunissent dans une salle de conférence pour parler des « opportunités commerciales » une fois que ces forces auront rayé de la carte les villes et communes de la banlieue de Damas qu’elles contrôlent, et fait des habitants toujours en vie et libres des prisonniers de leur propre pays.

« la priorité sera donnée aux entreprises russes »

200 chefs d’entreprise se sont réunis à la chambre de commerce russe pour évoquer les investissements commerciaux une fois ces opérations militaires terminées. Ils ont parlé du pétrole, du gaz, des services d’ingénierie, des transports, des contrats de construction, de l’électricité, du tourisme, etc… D’après le directeur de la chambre de commerce russe, « la priorité sera donnée, comme l’a dit le Président Bachar Al-Assad, aux entreprises russes ».

Cette conférence implique donc que des entités étrangères payent l’immense facture de la « reconstruction », estimée à des centaines de milliards ; mais cela prête à rire quand on sait ce qu’il se passe réellement entre Al-Assad et ses « alliés », qui demandent une grasse contrepartie pour l’avoir maintenu (jusqu’à maintenant) sur son trône au dessus des cadavres.

Le traité militaire secret accorde à Moscou une présence aérienne, maritime et terrestre en Syrie

La Russie a obtenu des avantages militaires majeurs pour son intervention en Syrie. Le traité militaire secret accorde à Moscou une présence aérienne, maritime et terrestre en Syrie illimitée dans le temps. Ses soldats ne peuvent être poursuivis en justice, ses bases n’obéissent pas à la souveraineté de l’Etat syrien et ses forces peuvent se déplacer sans aucune intervention des autorités syriennes.

Si ces avantages militaires considérables ne se transformeront pas nécessairement en revenus matériels, faire de la Russie la protectrice, la garante et la marraine du régime permet de manière implicite à cette influence militaire d’aller au-delà de la possession de bases sur la Méditerranée et dans d’autres régions de Syrie.

« L’Iran récupérera chaque dollar dépensé en Syrie »

En ce qui concerne l’Iran, la contrepartie de l’immense contribution militaire apportée au régime d’Al-Assad va au-delà des bases militaires et de l’influence sur le terrain, pour atteindre des avantages économiques détaillés dans les accords de « coopération » économique stratégique de long terme. Cette coopération ouvre auprès de Téhéran une nouvelle ligne de crédit, qui sera remboursée avec les actifs de son choix.

D’après le Secrétaire du discernement de l’intérêt supérieur du régime iranien, Mohsen Rezaï, l’Iran « a dépensé 11 milliards de dollars dans la guerre en Syrie et il récupérera chaque dollar dépensé en Syrie, en Irak, et partout ailleurs ». Il suffit pour cela de mettre la main sur la part future de la Syrie dans les réserves de gaz naturel découvertes en Méditerranée et sur la production de ciment.

Le régime confisque le futur du peuple

Avec ce marchandage, le régime transfère les actifs du peuple syrien et confisque son futur sur le long terme, afin de financer les dépenses militaires de cette guerre sanglante contre ce même peuple. De plus, les massacres, qui permettent le pillage généralisé au profit des voyous luttant pour le régime et de leurs alliés, permettent aussi l’occupation de terres dont les vassaux du régime et ses serviteurs n’avaient pas réussi à s’emparer en période de paix.

La Russie et l’Iran mettent la main sur le futur des Syriens pendant que la clique du régime parachève le crime et se sert en viande sur le corps du peuple toujours en vie, tel Shylock dans Le Marchand de Venise.

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