Une solution similaire à Alep-Est pour la Ghouta orientale ?

Abdelbari Atwan

Il est temps pour le régime de Damas et l’opposition de se remettre autour de la table afin d’éviter de nouveaux bains de sang

Ray Al Yaoum – Jeudi 22 février

Par Abdel Bari Atwan

Quand de Mistura décrit la Ghouta orientale comme une deuxième Alep, nous devons nous attendre à une évacuation des combattants vers Idlib dans les bus verts…

L’envoyé des Nations Unies, Staffan de Mistura, n’exagère pas quand il compare la situation dans la Ghouta orientale assiégée avec celle d’Alep, où l’armée syrienne a pénétré dans la partie Est avec le soutien de l’aviation russe en 2016 pour mettre fin au conflit qui a déplacé des centaines de milliers de civils, détruit des quartiers entiers et fait des milliers de morts.

La Ghouta orientale devait faire partie des quatre zones d’apaisement des tensions, mais la trêve a été violée de manière flagrante par les deux parties. L’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, a décidé de la bombarder de manière intense pendant ces derniers jours après la chute de missiles sur la capitale Damas, qui ont secoué la ville et tué de nombreux civils d’après les observateurs.

Pourquoi l’armée syrienne a tout à coup adopté, soutenue par les Russes, la solution militaire ?

Le bombardement de la capitale est une ligne rouge pour les autorités syriennes car il ébranle leur autorité, rapproche le conflit du cœur des institutions et de leur plus forte base populaire. C’est pourquoi la réplique a été forte, avec la décision d’en finir une fois pour toute avec l’hémorragie, comme disent les médias officiels syriens.

L’ampleur des destructions et le nombre de victimes civiles des deux côtés a mis la Ghouta orientale au cœur de l’actualité internationale et arabe. Des rapports parlent d’environ 300 morts, dont des enfants, dans les bombardements de l’aviation syrienne. Les Nations Unies ont demandé l’arrêt immédiat des combats, pendant que la Russie a exigé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies autour de la crise, afin de trouver des solutions et aboutir à une trêve mettant fin au bain de sang. Près de 400 000 Syriens sont assiégés dans cette région.

Une « seconde Alep » dans la Ghouta orientale

Quand de Mistoura met en garde contre une « seconde Alep » dans la Ghouta orientale et demande de tirer les leçons de cette expérience, il plaide pour les mêmes solutions : des négociations directes ou indirectes entre les combattants et le régime afin d’arrêter les combats et évacuer les combattants vers des zones sûres, comme Idlib, dans les bus verts sous l’auspice des Nations Unies. Il faut se rappeler que huit rounds de négociations directes entre les deux parties à Astana ont abouti à un cessez le feu.

Mahmoud Allouche, un des chefs de Jaych Al-Islam, a confirmé la présence d’efforts aux niveaux international et régional pour parvenir à une trêve mais qu’ils avaient échoué jusqu’à maintenant, car chaque partie restait inflexible sur ses conditions. Toutes les négociations commencent ainsi : chaque partie augmente ses exigences avant d’arriver à une solution médiane qui satisfait tout le monde ; du moins c’est ce que nous espérons.

Le peuple syrien a fait l’expérience de la sécurité et la stabilité à Alep et commence à s’acclimater à cette nouvelle situation, comme dans les autres zones d’apaisement des tensions. Des informations parlent du retour de dizaines de milliers d’habitants d’Alep qui avaient fui la mort et les destructions, et du retour de la vie ordinaire dans cette ville sinistrée.

Qui est responsable de la fin de la trêve ?

La situation est douloureuse à tous les points de vue dans la Ghouta orientale : les cadavres d’enfants et les destructions nous remémorent la période sanglante d’avant les accords d’apaisement des tensions. La peur s’est emparée des quartiers damascènes voisins après la chute de missiles ayant fait des morts et des blessés, parmi eux des enfants, comme l’a rapporté le correspondant de l’AFP. Il a déclaré que ce qui se passait était une folie, qui devait s’arrêter car les victimes en sont les civils.

Les gouvernements arabes, qui ont dépensé des milliards de dollars pour soutenir l’opposition et lui fournir des armes, l’ont abandonnée dans la Ghouta orientale comme à Alep. Ils se contentent d’une couverture médiatique, de publier les photos des victimes et d’attiser la guerre, ce qui commence à exaspérer de nombreux Syriens.

Dialoguer avec le Président Bachar Al-Assad et son gouvernement

Même les Etats occidentaux,  qui ont fondé le groupe des Amis de la Syrie au début de la crise sous la direction des Etats-Unis et avec la participation de nombreux pays arabes, ont commencé à tourner le dos aux groupes armés syriens, à les remplacer par les Kurdes et à se rapprocher du régime de Damas. Aujourd’hui, nous avons entendu le chef des services de renseignement allemands, Bruno Kahl, insister sur la nécessité de dialoguer avec le Président Bachar Al-Assad et son gouvernement au sujet de la lutte contre le terrorisme. Cet appel a été accueilli très favorablement par le parti démocrate chrétien au pouvoir et dirigé par la chancelière Angela Merkel, le parti libéral-démocrate et le principal parti d’opposition. Ibrahim Kalin, conseiller et porte-parole du Président turc Rajeb Tayeb Erdogan, a révélé aujourd’hui des contacts directs entre les services de renseignement turcs et leurs homologues syriens. Ils ouvrent peut-être la voie à des contacts entre les ministres des deux camps, comme l’a demandé Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe et allié des deux pays.

La solution militaire a échoué

La solution militaire, qui a duré environ sept années en Syrie, a échoué. Le gouvernement et l’opposition ont compris que la solution politique basée sur le dialogue était le chemin le plus court et le plus rapide vers la sécurité, la stabilité et la cohabitation dans la justice et l’égalité.

La solution envisagée pour stopper l’hémorragie dans la Ghouta orientale sera proche de celle d’Alep au bout du compte. La déclaration de de Mistoura pour encourager l’ensemble des parties à tirer les leçons d’Alep-Est à ce moment précis doit être écoutée par le régime et l’opposition, afin de minimiser les pertes et les effusions de sang.

Nous ressentons de l’amertume et de la douleur en voyant les victimes civiles des missiles dans les deux camps, que ce soit dans la Ghouta orientale ou dans certains quartiers de Damas. Ils sont des nôtres et leur sang nous est cher. C’est ici que nous nous arrêtons.

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