Que se passera-t-il si les Russes quittent la Syrie ?

Abderrahman Al Rashed

Le retrait des forces russes de Syrie est une chance pour la paix d’après l’intellectuel saoudien et ancien directeur de la rédaction d’Asharq Al-Awsat, Abdulrahman Al Rashed

Mercredi 13 décembre – Ashark Al-Awsat

En supposant que les déclarations de Moscou concernant le retrait de la majeure partie de ses forces de Syrie soient vraies, cette action va redistribuer les cartes dans ce pays qui semble sortir de la guerre.

Paradoxalement, l’intervention des Russes a joué un rôle négatif qui a permis au régime d’Al Assad et à l’Iran de prendre le dessus sur les forces de la révolution, avec les groupes terroristes. Aujourd’hui, les Russes jouent un rôle « positif »  dans l’équilibre des forces, notamment en limitant l’activité de l’Iran et de ses milices sur le terrain.

D’après l’agence de presse russe, le Président Vladimir Poutine a déclaré : « J’ai pris la décision de retirer une grande partie des troupes russes de Syrie et de les faire rentrer chez elles en Russie ».

L’influence russe va diminuer

Que les Russes quittent la Syrie ou réduisent leur présence, leur influence va diminuer. Le plus probable est que cela ira dans l‘intérêt des Iraniens. Le régime de Khamenei se bat pour contrôler presque toute la Syrie, à l’exception des régions kurdes ou voisines de la Turquie. Ses milices sont déployées aux frontières syriennes avec l’Irak, le Liban, la Jordanie et bien sûr à Damas.

Les raisons qui ont poussé la Russie à annoncer son retrait partiel ne sont pas claires. Est-ce la conséquence de désaccords avec les Iraniens au sujet du contrôle et de la gestion sur le terrain, ou une tentative d’apaisement avec les Etats-Unis, dont les forces présentes en Syrie sont moins importantes ?

Moscou n’a aucun intérêt à protéger et soutenir les forces iraniennes

Il est naturel que les alliés d’Al Assad ne soient pas d’accords sur l’après-guerre : les Iraniens veulent imposer leur hégémonie, défier les Etats-Unis et faire pression sur eux. Les Russes veulent aussi créer un équilibre avec les Etats-Unis dans plusieurs régions de conflit à travers le monde. Ces considérations russes et iraniennes ne peuvent correspondre que de manière temporaire, comme c’était le cas durant la guerre. Les deux pays sont intervenus en Syrie sous prétexte de la guerre contre le terrorisme mais leurs forces ont affronté l’opposition syrienne armée. Seule la coalition menée par les Etats-Unis s’est concentrée sur la guerre contre DAESH.

Moscou n’a aucun intérêt à protéger et soutenir les forces iraniennes, qui se composent de milliers d’individus répartis en milices de diverses nationalités. Qu’offre l’Iran aux Russes en contrepartie de ces services militaires ? Rien.

Mais la diminution de la présence militaire russe va affaiblir le régime syrien et les milices iraniennes. Le Kremlin veut-il donc abandonner son allié syrien après tout ce qu’il a fait pour lui ?

Le plan américain pour la région

Tout cela dépend du plan américain pour la région, s’il existe, pour contrer l’influence iranienne en Syrie. S’il existe un sentiment de danger face à l’expansion iranienne et un désir d’y faire face, les sables mouvants syriens sont l’endroit idéal pour piéger les Gardiens de la révolution iranienne. Les milices iraniennes ne pourront pas rester dans un environnement hostile, surtout si les négociations de paix échouent. Ces négociations ne réussiront pas tant qu’Al Assad et l’Iran empêcheront une solution rassemblant le régime et l’opposition dans un même gouvernement.

Le retrait partiel des Russes et l’échec des dernières négociations à Genève peuvent devenir deux facteurs de pression sur le régime d’Al Assad et l’Iran afin qu’ils réfléchissent à nouveau et fassent des concessions réalistes.

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