Savez-vous qui veut la victoire de Netanyahu?… le Hamas.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait tout son possible pour perpétuer le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. C’est pourquoi le Hamas, lui aussi, préfère Netanyahu aux autres candidats au poste de Premier ministre.

Mardi, le Jerusalem Post a révélé que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait admis avoir utiliser le Hamas à ses propres fins.

Il a défendu l’autorisation de transférer des fonds qatariens à Gaza dans le cadre d’une stratégie plus large visant à séparer le Hamas et l’Autorité Palestinienne (AP), lors de la réunion, lundi dernier, du Likoud. M. Netanyahu a également déclaré que quiconque est contre un Etat Palestinien, devrait soutenir le transfert de fonds à Gaza, « parce que le maintien d’une séparation entre l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza contribue à empêcher la création d’un Etat Palestinien », selon le Jerusalem Post.

C’est un aveu choquant. S’il n’y a pas d’Etat Palestinien, cela signifie que la préférence de Netanyahu est la dépossession permanente des Palestiniens. Tout aussi choquant est l’aveu d’une autre chose que nous savions depuis longtemps à savoir que Netanyahu a fait tout son possible pour perpétuer le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. C’est pourquoi le Hamas, lui aussi, préfère Netanyahu aux autres candidats au poste de Premier ministre.

Ils nous appellent des terroristes palestiniens. Puis ils accueillent les terroristes à la Knesset.

A la fin du mois dernier, le Hamas a tenu une réunion importante pour son conseil consultatif, au cours de laquelle les hauts dirigeants du mouvement ont discuté à huis clos de leurs vues sur les différents résultats possibles des prochaines élections israéliennes et sur la manière de faire face aux conséquences de celles-ci.

Les conclusions de la discussion étaient sans précédent, selon deux sources présentes à la réunion qui se sont exprimées sous couvert de l’anonymat. L’écrasante majorité des hauts dirigeants du Hamas présents à la réunion ont préféré Netanyahu à tous les autres candidats.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le mouvement pense clairement que Bibi sert leurs intérêts politiques. C’est le cas, et ce pour un certain nombre de raisons.

Les dirigeants du Hamas estiment que Netanyahu, qui s’oppose de tout cœur à la création d’un État palestinien aux frontières de 1967, préférerait poursuivre les pourparlers de paix en cours avec le Hamas sur la base d’un cessez-le-feu, plutôt que de parler de paix avec l’Autorité Palestinienne dans le but d’établir une solution prévoyant deux États. Les rivaux de Netanyahu à gauche et au centre, d’autre part, pourraient reprendre le processus de négociation avec l’AP aux dépens du Hamas et de Gaza.

Rappelons également que c’est Netanyahu qui a finalisé l’échange de prisonniers avec le Hamas et qui a libéré 1 027 détenus palestiniens en échange du soldat captif, Gilad Shalit. Le Hamas estime que sous Netanyahu, il est plus probable qu’il y ait un autre échange de prisonniers en échange des corps des deux soldats israéliens que le Hamas avait capturés pendant l’opération Protective Edge en 2014 et des deux civils israéliens que ce dernier détient prisonniers.

Mais ce n’est pas seulement vers l’avenir que le Hamas regarde en appréciant Netanyahu. En effet, ce dernier a joué un rôle déterminant dans la perpétuation du pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza.


« Partisan » de la criminalisation et la diabolisation de la réconciliation palestinienne jusqu’à devenir récemment le premier Premier ministre israélien à remettre des millions de dollars en espèces au Hamas pour acheter le silence de ce dernier et alimenter la division intra-palestinienne, Netanyahu a joué un rôle dans la longévité du Hamas dans la bande de Gaza.

Un nouveau mandat pour Netanyahu garantirait au Hamas son maintien au pouvoir à Gaza, sachant qu’il est dans l’intérêt de Bibi de maintenir la Palestine divisée afin de ne jamais laisser le processus de paix produire un Etat Palestinien contigu.

La confirmation par Netanyahu du fait qu’il ait redonné les fonds qatariens au Hamas dans le cadre d’une stratégie visant à maintenir les Palestiniens divisés n’en est pas la seule preuve. En outre, Netanyahu a pris le parti du Hamas en octobre, blâmant publiquement le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, pour avoir collectivement puni Gaza par des mesures drastiques destinées à forcer le Hamas à respecter les stipulations de l’accord de réconciliation de 2017.

Mais il y a aussi une autre raison qui pousse les dirigeants du Hamas à soutenir Netanyahu. Assurément, le mouvement a longtemps considéré Bibi comme « un lâche », désespéré pour éviter les ennuis et la guerre, un « homme de spectacle » qui vient d’un milieu non militariste.

Les campagnes racistes israéliennes ne blessent pas seulement les Palestiniens. Elles blessent aussi les Israéliens.

Pour les dirigeants du Hamas, cela signifie que Netanyahu préférera toujours une équation « calme pour calme » dans le sud, à l’option de nouvelles opérations militaires ; en effet, il évite la guerre depuis les cinq dernières années. Et le Hamas croit maintenant que la faiblesse de Netanyahu après son inculpation signifie que tous ses efforts seront dirigés vers l’évitement de toute nouvelle controverse. Dans ce contexte, le Hamas espère de nouveaux compromis…

Les dirigeants du Hamas craignent également que si le principal adversaire de Netanyahu, Benny Gantz, qui vient du milieu militaire, devienne le prochain Premier ministre israélien. Selon le Hamas, Benny Gantz envisage toujours des solutions militaristes pour tout problème pouvant survenir dans la bande de Gaza. Il pense également que Gantz s’efforcerait de restituer Gaza à l’Autorité Palestinienne, peut-être même, de mettre fin avec force, au règne du Hamas.

Par ailleurs, d’autres candidats de gauche craingnent le Hamas et coopéreraient également avec Abbas, en renforçant encore le blocus de Gaza pour forcer le mouvement à se soumettre à l’AP, alors que les candidats d’extrême droite refuseraient de parler au Hamas ou à l’AP.

Enfin, le Hamas pense que Netanyahu donne une mauvaise réputation à Israël à un point tel qu’aucun autre Premier ministre dans l’histoire du pays n’a réussi, ce qui, pour le Hamas, signifie une victoire facile en matière de relations publiques. Il est facile de s’emparer de l’autorité morale d’un État gouverné par les Netanyahu. De ses tristement célèbres déclarations discriminatoires comme « Israël n’est pas un pays pour tous ses citoyens », à son partenariat étroit avec un véritable groupe terroriste, Otzma Yehudit, il est devenu impossible, sous Netanyahu, de maintenir qu’Israël est une véritable démocratie. Et il est maintenant aussi possible d’associer le nom d’Israël à la corruption obscène.

Comment les élections israéliennes sont-elles devenues si racistes ?

En fin de compte, personne n’est plus heureux que le Hamas d’assister à la destruction continue d’Israël par Netanyahu, brique après brique, alors qu’il tente désespérément de s’accrocher au pouvoir avec le soutien des extrémistes.

C’est aux Israéliens de refuser une victoire au Hamas, par les urnes.

Par Muhammad Shehada, Ecrivain et Chroniqueur de Gaza. Son travail a été publié dans Haaretz, The Forward et Vice.

Lien vers l’article original

Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*