Saleh et les leçons de la dernière danse avec les serpents

Ali Abdallah Saleh

L’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi revient sur l’itinéraire d’Ali Abdallah Saleh, dernier survivant des révolutions arabes

Al-Quds Al-Arabi, mardi 5 décembre

Avant sa mort hier, le Président destitué Ali Abdallah Saleh avait gouverné le Yémen de 1978 à 2012. Cette année-là, une révolte populaire l’a obligé à quitter son poste mais sans prise de conscience réelle, qui lui aurait permis de se retirer une fois pour toutes de cette fonction qu’il prétendait maîtriser parfaitement, gouvernant le Yémen en charmeur de serpents selon ses mots.

Six guerres contre les Houthis

L’histoire de Saleh, comme la résument ses actes, est une longue suite d’alliances et de rétractations, puis d’alliances renouées avant de nouvelles rétractations. Il a livré six guerres contre les Houthis, entre 2004 et 2010, avant de finir par s’allier avec eux suite à son faux départ. Il a ouvert à leurs milices les réserves d’armes de la Garde républicaine et leur a permis d’envahir la capitale Sanaa. Avant ces histoires avec les Houthis, Saleh avait réalisé l’unité avec le Yémen du Sud, se lançant dans une série d’accords secrets avec les entreprises internationales de pétrole autour des richesses de cette région. Il a ensuite progressivement enlevé leurs prérogatives aux institutions du Sud, avant de s’engager dans une guerre civile à l’été 1994, qu’il a gagnée, et de trahir les accords ayant aboutis à l’unité du pays.

Quand il a été blessé lors d’une attaque visant le palais présidentiel, il a accepté d’être soigné en Arabie saoudite, avant de signer l’initiative des pays du Golfe mettant fin à la guerre civile. Une fois rentré à Sanaa, il s’est allié avec les Houthis et a trahi l’Arabie saoudite. Quand les vents ont commencé à tourner, il a rompu son partenariat avec les Houthis pour faire à nouveau du pied à l’Arabie saoudite et aux Emirats, proposant la négociation à ceux-là même qu’il avait désignés comme agresseurs du Yémen. Sa mort en fuyant la capitale Sanaa en direction de Sanha et Marib, probablement pour se réfugier à nouveau en Arabie saoudite, est lourde de sens.

Il entrera dans l’histoire parmi les tyrans et dictateurs

Il y a plusieurs leçons à tirer de la mort de Saleh. Premièrement, le pouvoir des tyrans est fragile, même s’il a duré des décennies. Cette homme qui a passé 32 ans à mettre en place un système basé sur la corruption, l’achat des loyautés familiales et tribales, le jeu des oppositions et la peur à l’intérieur du pays et chez les voisins, n’a eu besoin que d’une balle dans la tête pour arrêter de faire danser les serpents et entrer dans l’histoire parmi les tyrans et dictateurs. Deuxièmement, il y a des limites à jouer avec le destin des peuples. Saleh a été tué après avoir fait couler le sang de milliers de Yéménites et causé à son pays la famine, les épidémies et la désolation.

Troisièmement, ses meurtriers houthis n’auront pour fruits de leur acte que davantage d’affrontements entre Yéménites. Leur soutien extérieur, des alliances imaginaires et les loyautés confessionnelles ne leurs seront d’aucun secours. De son côté, la « coalition », qui a fait saliver Saleh et l’a poussé à retourner sa veste à toute vitesse, subit un nouveau revers qu’il faut ajouter à une série d’échecs depuis le début de sa guerre contre le Yémen.

Saleh était le dernier d’une lignée de chefs d’Etat arabes ayant fondé des régimes basés sur le despotisme, la corruption et la monopolisation du pouvoir pendant des décennies, mais qui n’a pas réussi à arrêter le cours de l’histoire, balayant les éphémères Etats tyranniques.

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