Rien de nouveau à la Ligue arabe

Les uns après les autres, les dirigeants et les représentants des Etats membres ont exprimé leur soutien au consensus arabe sur la Palestine et le plateau du Golan.

Lorsque la Ligue arabe a tenu son sommet annuel le mois dernier en Tunisie, l’accent a été mis sur la Palestine et la récente reconnaissance par l’administration Trump de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan occupé. Le président tunisien a salué cette rencontre comme un « sommet de solidarité et de détermination ». Les uns après les autres, les dirigeants et les représentants des Etats membres ont exprimé leur soutien au consensus arabe sur la Palestine et le plateau du Golan.

Mais le Sommet de Tunis de 2019 ne restera sans doute pas dans les mémoires comme un événement concret au nom de la lutte palestinienne ou de la défense de l’intégrité territoriale de la Syrie. La plupart des sommets passés de la Ligue arabe n’ont produit rien d’autre qu’une rhétorique creuse destinée à apaiser les citoyens mécontents des pays membres, et le plus récent ne semble pas faire exception.

De nombreux gouvernements arabes, de l’Algérie et du Soudan à la Libye et à l’Irak, sont confrontés à des crises internes. Mais les membres de la ligue qui dépendent du soutien de Washington sont de plus en plus nerveux à l’idée de prendre des mesures qui pourraient susciter des réactions négatives de la part de l’administration Trump, qui a étroitement aligné la politique étrangère américaine au Moyen-Orient sur le programme du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

En l’absence d’un plan réaliste pour appuyer de telles déclarations, la rhétorique sur la Palestine au sommet visait davantage à détourner l’attention du manque de liberté, de la corruption, du chômage des jeunes, de la mauvaise qualité des services publics et de la pénurie d’opportunités économiques dans le monde arabe. De plus, les Etats membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à l’exception du Koweït, s’orientent progressivement vers une normalisation des relations avec Israël, au détriment des Palestiniens et d’une solution à deux Etats. Les monarchies du Golfe ne sont pas non plus disposés à faire grand-chose pour contester le contrôle d‘Israël sur le plateau du Golan au-delà d’une rhétorique condamnant la récente décision de Trump et affirmant la souveraineté syrienne sur le territoire.

Alors que les dirigeants arabes ont fait valoir leurs revendications pro-palestiniennes au Sommet de Tunis de 2019, l’administration Trump a tenté de restructurer les paramètres de résolution du conflit israélo-palestinien en s’éloignant du principe « terre contre paix ». Conçu par le conseiller et gendre de Trump, Jared Kushner, le plan de « paix » entre Palestiniens et Israéliens de l’administration, dont les détails n’ont pas été rendus publics, a déjà reçu le soutien du Prince héritier Muhammad bin Salman et du Président égyptien Abdel Fatah al-Sisi.

Ainsi, l’engagement des principaux acteurs de la Ligue arabe à régler le conflit israélo-palestinien sur la base de l’Initiative de paix arabe de 2002 est, au mieux, contestable. Dans le nouvel environnement régional, les dirigeants saoudiens, émiratis et égyptiens se soucient davantage de supprimer l’islam politique et de contrer l’Iran et la Turquie que d’utiliser leur influence pour faire pression sur les Etats-Unis et Israël afin qu’ils fassent des concessions aux Palestiniens. Au sommet, les dirigeants de la Ligue arabe ont fermement condamné Téhéran et Ankara, ce qui a provoqué le départ de l’émir qatarien (les relations de Doha avec les deux capitales non arabes se sont considérablement approfondies depuis le début du blocus saoudien à la mi-2017).

Bien entendu, la plupart des membres de la Ligue arabe n’ont pas été des acteurs de confrontation dans le conflit israélo-arabe au cours des dernières décennies. Ce qui est nouveau aujourd’hui, cependant, c’est l’ouverture avec laquelle les Etats membres du CCG cherchent à améliorer leurs relations avec Israël. Le mois dernier, par exemple, les Emirats arabes unis ont appelé les Etats arabes à s’ouvrir davantage à Tel-Aviv, et l’année dernière, Netanyahu a visité le Sultanat d’Oman.

Les actions des gouvernements arabes divergent de plus en plus par rapport aux vues de leurs citoyens. Tant que les autorités israéliennes nieront aux Palestiniens leurs droits fondamentaux, la grande majorité de la « population arabe » n’acceptera pas la normalisation des relations avec Israël. C’est une autre raison pour laquelle ces Etats, en particulier l’Arabie Saoudite, ne veulent pas reconnaître publiquement leur alliance de facto avec Israël. Cette divergence d’opinion entre le gouvernement et les citoyens contribue à expliquer l’échec perpétuel des Etats arabes à travailler collectivement, soit au niveau régional, comme la Ligue arabe, soit au niveau sous-régional, y compris l’Union du Maghreb Arabe (UMA) et le CCG.

Par Ali Bakeer et Giorgio Cafiero

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 75 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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