Renvoi de Tillerson : un cadeau de Trump aux adversaires du Qatar

Abdelbari Atwan

Rai Al Youm – Mercredi 14 mars

Par Abdel Bari Atwan

Pourquoi la décision de renvoyer Tillerson est « le plus beau cadeau » fait par Trump aux quatre Etats imposant l’embargo au Qatar ?

La décision du Président américain Donald Trump « sans surprise » de renvoyer son Ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson est sans doute le « plus beau cadeau » fait par Trump au Prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salman, qu’il rencontrera à la Maison blanche dans une semaine. Il faut savoir que Tillerson avait des liens stratégiques avec le Qatar, était opposé à l’annulation de l’accord nucléaire avec l’Iran et a tout fait pour que la Turquie du Président Rajeb Tayeb Erdogan reste un proche allié de Washington.

Dans sa dernière conférence de presse durant laquelle il a annoncé le renvoi de Tillerson, le Président Trump a reconnu des désaccords avec son Ministre des Affaires étrangères en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien. Il a déclaré qu’il était en symbiose avec son nouveau Ministre Mike Pompeo sur pratiquement tous les sujets.

Pompeo est encore plus extrémiste que son Président. Il croit à une diplomatie soutenue par les missiles de croisière, considère l’accord nucléaire avec l’Iran comme très mauvais et veut l’annuler, est hostile à l’Islam et aux musulmans comme Trump, et tire ses idées jusqu’au-boutistes du parti d’extrême droite Tea Party.

Pour beaucoup d’Européens, Tillerson était le dernier homme sage de l’administration Trump. Il a mis en garde contre les graves conséquences d’un retrait de l’accord nucléaire iranien, se rapprochant ainsi de la position européenne. Il a surtout privilégié le règlement politique à travers le dialogue dans la crise avec la Corée du Nord et n’a pas apprécié d’être « mis à l’écart » de la « transaction du siècle », chasse gardée de Jared Kushner, gendre du Président Trump.

Son limogeage à ce moment précis est un « cadeau » pour le prince Mohammed Ben Salman, car Tillerson entretient des liens étroits avec les autorités qataries et s’est opposé à toute option militaire dans la crise du Golfe. Il a innocenté le Qatar des accusations de terrorisme en signant avec ce pays une charte pour combattre le terrorisme et tarir ses sources de financement. Il a clairement fait porter aux quatre Etats du blocus le chapeau de l’enlisement de la crise et de l’échec de sa médiation car ils « campaient » sur leurs positions, après avoir été chargé de cette médiation par le Président Trump.

Ces quatre Etats accusent Tillerson de prendre partie pour la coalition formée par le Qatar, la Turquie et l’Iran, de transiger avec Anqara et le Président Rajeb Tayeb Erdogan, et d’être opposé à tout affrontement militaire avec l’Iran. Certaines de ces accusations sont irréfutables.

L’accord nucléaire iranien sera-t-il annulé ?

Il est désormais certain que le Président Trump se retirera de l’accord nucléaire iranien lors de sa prochaine révision dans quelques mois, ce qui augmente l’hypothèse d’une guerre au Moyen-Orient. Les rédacteurs du rapport annuel de la conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue il y a deux semaines ont visé juste en écrivant que le monde était au bord du gouffre, faisant porter en premier lieu la responsabilité au Président Trump et à ses politiques.

Hier, l’agence de presse russe officielle TACC a relayé les propos du général Valéri Guérassimov, chef d’état-major des forces armées russes, au sujet de groupes extrémistes présents dans la Ghouta orientale s’apprêtant à utiliser des armes chimiques. Pour lui, cela sera utilisé par l’administration américaine pour frapper lourdement des objectifs en Syrie et peut-être à Damas même. Il a affirmé que la Russie répondrait et ne resterait pas les bras croisés si ses soldats et ses intérêts étaient menacés.

Quels scénarios faut-il prévoir ?

Trump a maintenant à ses côtés un Ministre des Affaires étrangères croyant à la diplomatie de la guerre et qui a acquis une expérience sans précédent pour fomenter les complots en tant que directeur de la CIA. Il est considéré comme un va-t-en guerre face à l’Iran et la Corée du Nord, et aura donc beaucoup de partisans en Arabie saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Bahreïn et en Egypte. Il n’est pas exclu qu’il prenne la tête de l’aile demandant le transfert de la base aérienne américaine d’Al Oudeid (au Qatar) dans un de ces pays, notamment les Emirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite. Le Président Trump soutient d’ailleurs cette mesure.

Nous croisons les doigts par peur des idioties du résident de la Maison blanche et de ses politiques irréfléchies, mais nous n’avons plus grand-chose à perdre vu l’état de destruction dans lequel se trouvent la plupart des pays de la région.

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