La réalité des menaces faites par Paris à Al Assad

Les crimes commis avec les armes chimiques en Syrie

Comme Obama, Macron parle de ligne rouge et comme Obama, il n’interviendra pas en Syrie

Al-Araby Al-Jadeed – Lundi 19 février

Par Sameh Rashed, chercheur égyptien spécialiste des relations internationales et du Moyen-Orient

La France adopte l’escalade verbale envers le régime de Damas

Alors que Washington et Moscou se dirigent vers un apaisement sur le terrain et des solutions politiques, la France adopte l’escalade verbale envers le régime de Damas. Elle est allée jusqu’à brandir l’usage de la force en réaction à l’usage des armes chimiques, incarnant une ligne rouge pour la présidence d’Emmanuel Macron. Nous avons déjà assisté à cela quand l’administration de l’ancien Président des Etats-Unis, Barack Obama, a annoncé que l’usage des armes chimiques était une ligne rouge.

Comme c’était le cas avec l’administration Obama, Paris n’est pas capable de mener seule une action militaire contre la Syrie ou contre tout autre Etat. Une action en Syrie (quelle que soit sa dimension) ne dépend pas d’une décision française ou de tout autre Etat de manière individuelle. Cette décision peut être exécutée par un seul pays mais elle est collective et prise en concertation avec plusieurs nations : les grandes puissances du monde (dont la Russie) et les Etats de la région pesant dans cette crise.

Paris n’osera jamais mener une action militaire en Syrie

L’administration du Président américain Donald Trump n’est pas hésitante comme celle d’Obama. Si l’escalade française est bien réelle et le résultat d’une coordination avec l’Europe et Washington, l’administration Trump ne changera pas sa position. S’il s’agit seulement d’une initiative française pour exploiter médiatiquement cette position en faveur de la présidence Macron, ce qui est le plus probable, alors Paris n’osera jamais mener une action militaire en Syrie. Les déclarations de Paris n’annoncent pas nécessairement une action militaire effective, elles reflètent peut-être juste la colère et le dégoût de la France envers le régime de Bachar Al Assad. Si action militaire il y a, la France ne sera que l’exécutante de la volonté de plusieurs Etats.

Dans tous les cas, le véritable objectif des pressions et actions sur le terrain est d’améliorer la position dans les négociations et élargir les gains politiques potentiels dans les solutions envisagées, en renforçant ses positions militaires. Cela s’applique à la France comme aux Etats-Unis, à la Russie, à l’Iran, à la Turquie et à toutes les parties engagées dans la crise syrienne, de manière militaire directe ou de manière plus politique.

La France de Macron veut jouer un rôle presque indépendant et s’assurer une présence au Moyen-Orient

Les déclarations grandiloquentes de la France ne reflètent pas une alliance avec Washington, bien au contraire. La France de Macron veut jouer un rôle presque indépendant et s’assurer une présence garantissant ses intérêts au Moyen-Orient dans son ensemble et en Syrie dans le futur, comme le montre l’activisme de la France dans d’autres dossiers dans lesquels elle est parfois en désaccord avec Washington.

La position de Paris était par exemple indépendante et complètement différente de celle de Washington dans la crise qui a suivi la démission du Premier ministre libanais, Saad Al Hariri. Dans le dossier iranien, Paris (et l’Europe entière) a une position complètement différente de celle de l’administration Trump : alors que Trump continue à menacer l’Iran, Macron se prépare pour une visite officielle à Téhéran le mois prochain, une première pour un chef d’Etat européen depuis des années.

Les actions n’iront pas plus loin que les menaces dans les médias et les déclarations incendiaires

La France est le fer de lance politique de l’Europe au Moyen-Orient. Elle a toujours assumé le rôle politique, pendant que l’Allemagne s’occupait des aspects économiques et humanitaires. Il y a toujours une coordination des rôles, une complémentarité au niveau des idées et des projets, et un partage des gains. C’est-à-dire que l’activisme de la France représente d’un côté l’Europe, et de l’autre, il reflète l’énergie de la jeune et active présidence Macron ainsi que le désir de la France de concurrencer le rôle croissant de la Russie et de remplir le vide laissé par Washington. La France de Macron veut qu’on lui reconnaisse une présence et une influence politique, soutenant sa position et son poids à l’intérieur de l’Union Européenne, face à l’autre géant européen (l’Allemagne).

Les choses peuvent sembler floues et imbriquées mais il en va ainsi de la politique et de ses règles compliquées. La France, comme tout autre pays, ne peut pas agir sans consultation et coordination préalables, même si cela ne veut pas dire qu’il existe une alliance ou une seule orientation. Quand il n’y a derrière l’escalade et les menaces qu’une envie de jouer des coudes, d’assumer un rôle central et de s’afficher comme leader, alors les actions effectives n’iront pas plus loin que ces menaces dans les médias et les déclarations incendiaires.

Lien vers l’article original

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*