Quittant la Syrie, de nombreux membres de l’Etat Islamique transitent par la Turquie

Les dirigeants régionaux devront bientôt discuter de la manière dont la Turquie va faire face à l’afflux d’anciens combattants de l’Etat Islamique qui tentent de transiter par le pays en revenant de Syrie et d’Irak, leurs pays voisins.

Depuis le début de la guerre civile, il y a près de huit ans, le gouvernement turc a été critiqué à maintes reprises pour avoir permis aux combattants de l’État islamique, d’Al-Qaida, du Front Al Nosra et d’autres organisations terroristes similaires de traverser relativement librement le pays en route vers la Syrie. « Ils utiliseront également la Turquie pour quitter la Syrie « , a déclaré Metin Gurcan, chercheur en sécurité au Centre de politique d’Istanbul (IPC), à DW*.
( *La Deutsche Welle est un média international Allemand. La DW compte environ 3000 employés et freelances d’une soixantaine de pays.)

C’est pourquoi, a-t-il dit, il est important que les services de sécurité turcs et européens travaillent ensemble. « Traverser le pays deviendra extrêmement coûteux pour eux « , a dit M. Gurcan. « Ankara doit s’assurer que le moins de combattants possible s’installent en Turquie. »
Il a souligné qu’il était essentiel que ce sujet soit abordé par les parties internationales actives dans la guerre civile en Syrie.

Un point important

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a affirmé à plusieurs reprises que la Turquie combattait plus d’une organisation terroriste en Syrie : l’État Islamique et les unités de protection du peuple kurde alliées aux États-Unis, ou YPG, qui ont joué un rôle déterminant contre l’EI* dans la région. En outre, il a déclaré que la police turque effectue de fréquentes descentes sur des membres potentiels de l’EI. Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de suspects arrêtés. (* Etat Islamique)

En Turquie, la bataille contre l’Etat Islamique et ses anciens combattants se déroule en partie devant les tribunaux. En 2014, l‘EI a mené la première de ses 13 attaques en Turquie dans la ville de Nigde, au centre de l’Anatolie. Trois personnes sont mortes et huit autres ont été blessées. Neuf agresseurs ont été reconnus coupables, dont Benjamin Xu, d’Allemagne, Cendrim Ramadani, de Suisse, et Muhammed Zakiri, de Macédoine. A l’époque, les agresseurs n’étaient pas condamnés pour « appartenance à une organisation terroriste », a déclaré Ali Cil, l’un des avocats des victimes. « Nous nous y sommes opposés à l’époque, mais notre objection n’a pas été retenue. »

Ali Cil a souligné qu’il y avait aussi eu des irrégularités à l’audience. Par exemple, l’accusé n’a pas comparu en personne devant le tribunal ; il a participé par vidéoconférence. Il a déclaré que l’invocation de ce droit par les défendeurs avait eu un effet négatif sur le processus décisionnel. « L’accusé n’a répondu à aucune des questions du juge, pas même lorsqu’on lui a demandé son nom, a-t-il dit. « Juste une fois, l’un d’eux a crié : Dieu est le plus grand (Allahu Akbar). »

Coopération avec le l’EI ?

L’EI a perpétré l’un de ses attentats les plus sanglants le 10 octobre 2015, à Ankara, lorsqu’un kamikaze lors d’une manifestation pour la paix a tué 102 personnes. L’avocat Sevinc Hocaoglu a représenté les parents de l’une des victimes. Elle a affirmé que elle ainsi que ses collègues n’avaient qu’un accès limité aux dossiers. « Dans la plupart des cas, les enquêtes ne nous ont pas été communiquées», a déclaré M. Hocaoglu. « Ils n’ont pas révélé le réseau que l’EI avait construit en Turquie. Les procès n’ont été menés qu’à contrecœur. C’est toujours le cas. »

L’avocat porte de graves accusations. À l’époque, M. Hocaoglu a déclaré qu’il y avait des ramifications de l’EI dans la ville turque de Gaziantep, à la frontière avec la Syrie. « Il n’y avait aucun secret quant à l’emplacement des cellules de l’EI, et il était également clair de savoir qui entrait et sortait », dit-elle. « Si le tribunal avait pris en considération les images de la caméra, il n’aurait pas été difficile de suivre l’EI à Gaziantep. Mais cela n’a pas été fait. »
M. Hocaoglu a ajouté que des enregistrements d’appels téléphoniques avaient prouvé que certains des combattants de l’EI condamnés avaient eu des contacts avec les forces de l’ordre. « Comment ces membres de l’Etat Islamique ont-ils pu entrer et sortir de Turquie ? » dit-elle. « Quel était le rôle des forces de l’ordre? Il n’y a pas eu d’autre enquête là-dessus. »

Gurcan de l’IPC a déclaré que la question de savoir comment traiter avec les anciens combattants de l’EI doit être vue dans un contexte plus large. L’EI et des groupes comme lui ont perdu le contrôle des territoires qu’ils avaient conquis en Syrie, mais, a-t-il dit, l’organisation continue d’avoir des membres en Irak et en Syrie, où elle reste un « phénomène social« .
Contrairement à l’organisation terroriste Al-Qaïda, qui ne convoquait que des combattants, l’EI avait demandé à ses membres d’amener leurs familles au « califat » qu’ils étaient censés aider à établir. « Qu’adviendra-t-il des femmes qui resteront,et des enfants ? » Gurcan demanda…

Burcu Karakaş, Journaliste turque freelance, publiant, entre autres, pour DW https://amp.dw.com/en/leaving-syria-many-islamic-state-members-to-transit-turkey/a-47623491?__twitter_impression=true

Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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