Qu’est-ce que les services de renseignement égyptiens ont à gagner de l’annexion de Jérusalem à Israël ?

Les pratiques des services de renseignement égyptiens

L’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi revient sur les dernières révélations du New York Times au sujet des services secrets égyptien et Jérusalem

Le New York Times a révélé des conversations téléphoniques entre un officier des services de renseignement égyptiens et trois animateurs d’émissions populaires (en plus de l’actrice Yousra), où il leur demande de convaincre les téléspectateurs de ne pas contester la décision du Président américain Donald Trump sur Jérusalem et de promouvoir l’idée que les Palestiniens doivent se contenter de Ramallah comme capitale de leur Etat en lieu et place de la ville sainte.

« Quelle est la différence entre Jérusalem et Ramallah ? »

Dans un des enregistrements, l’officier égyptien Ashraf El Khouli demande au présentateur Azmi Megahed : « Quelle est la différence entre Jérusalem et Ramallah ? ». Le présentateur est d’accord avec lui puis défend cette idée dans son émission. Dans un autre appel, Al Khouli dit au présentateur Saïd Hassassin : « Je t’ai appelé juste pour te donner la position des services de sécurité égyptiens », avant de lui expliquer « le bénéfice que nous pouvons tirer de l’annonce de Jérusalem comme capitale d’Israël ».

Dans ces fuites, l’officier des services de sécurité considère que la position du régime égyptien est similaire à celle des régimes arabes : ils condamnent verbalement la décision de Trump mais « au bout du compte, elle deviendra une réalité » car les Palestiniens, d’après lui, « ne peuvent pas s’y opposer » et le régime égyptien « ne veut pas faire la guerre. Nous avons assez de problèmes ». En plus de cela, l’officier déclare que « les services de renseignement ont peur de l’intifada car elle ne servira pas les intérêts de l’Egypte et renforcera l’influence des islamistes et du Hamas ».

Ces fuites ne surprendront sans doute pas les élites politiques arabes en ce qui concerne la position honteuse du régime égyptien face à la question palestinienne et à Jérusalem. Mais le fait que les services de renseignement égyptiens visent les médias signifie qu’ils veulent désinformer les citoyens égyptiens, car ils savent l’importance religieuse symbolique qu’occupe Jérusalem dans leur esprit et que les Egyptiens détestent Israël.

Un moyen pour le gouvernement du Président Abdelfattah As-Sissi de s’excuser

Ces fuites ont peut-être aussi un autre objectif : si les services de renseignement veulent désorienter le peuple égyptien, dévoiler ce scandale peut être un moyen pour le gouvernement du Président Abdelfattah As-Sissi de s’excuser pour la position officielle de l’Egypte et sa solidarité avec les Palestiniens en ce qui concerne Jérusalem au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale des Nations Unis, auprès du pensionnaire de la Maison blanche ; après que ce dernier a menacé de couper les aides financières apportées à l’Autorité palestinienne et a arrêté les aides militaires fournies au Pakistan (qui se trouve dans une situation similaire à l’Egypte).

Les idées exprimées dans ces fuites doivent cependant être analysées car elles sont sans doute proches de la manière de penser d’As-Sissi lui-même et des militaires qui l’entourent.

Pourquoi les services de sécurité égyptiens craignent donc une intifada ?

L’adéquation entre les Etats-Unis d’Amérique et leur Président (dont la capacité mentale et politique à gouverner est fortement contestée) est une des idées exprimées dans ces fuites. Elle est peut-être tirée de l’idée que les leaders arabes sont en adéquation avec leurs peuples. Cette arme est à double tranchant : le pari de certains leaders arabes, comme As-Sissi et Mohammed Ben Salman, sur le fait que Trump représente les Etats-Unis peut être utile sur le court terme mais il peut se révéler plus néfaste que ce que pensent les officiers des services de sécurité et leurs présidents. On comprend que le régime égyptien ne veuille pas d’une guerre mais il y a une contradiction quand Al Khouli dit que « les Palestiniens ne peuvent pas s’y opposer », puis que « les services de renseignement ont peur de l’intifada ». Si les Palestiniens ne peuvent effectivement rien faire, pourquoi les services de sécurité égyptiens craignent donc une intifada ?

Le plus bancal est de dire que le régime égyptien va bénéficier de l’annonce de Jérusalem comme capitale d’Israël. Que va gagner l’Egypte de la confiscation de la ville sainte aux détriments des Musulmans du monde entier pour l’annexer à Israël et étouffer les espoirs des Palestiniens de fonder un Etat indépendant, les encercler, leur enlever leur identité et attiser le caractère religieux du conflit avec Israël ? Seul un « officier de haut-rang des services de renseignement » peut répondre à cette question.

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