Que cache l’ironie de Trump envers le Roi Salman ?

Le Président américain et le Roi d'Arabie saoudite

Al-Quds Al-Arabi – Lundi 29 avril 2019

Comme il en a l’habitude, le Président américain Donald Trump a relaté samedi de manière superficielle une nouvelle « histoire » décrivant les relations entre le Roi d’Arabie saoudite, Salman Ben Abdelaziz, et son pays.

Dans cette histoire comique de Trump, il y avait une volonté évidente de se moquer du Roi saoudien et de son pays. Cette ironie basée sur des clichés au sujet des Arabes et des musulmans en général, considérant qu’en Arabie saoudite « il n’y a rien d’autre que de l’argent », plait au public américain (et peut-être même à l’opinion publique internationale) mais elle donne en même temps un récit politisé et plein d’erreurs, allant au bout du compte dans l’intérêt de la politique de Trump envers l’Arabie saoudite, et de la politique du Prince héritier dont il se moque.

Trump déclare que l’armée américaine fournit des aides à l’Arabie saoudite alors que ce pays « ne possède que de l’argent », et que c’est pour cette raison qu’il a demandé de l’argent au Roi. Ce dernier lui a demandé pourquoi personne (parmi les anciens Présidents américains) ne l’avait appelé pour demander de l’argent (en considérant que cet « excédant » saoudien appartient légitimement aux Américains) et Trump lui a répondu : « Car ils sont stupides ! ».

Dans cette prétendue conversation, Trump a dit que certains Américains voulaient que Washington coupe les liens avec l’Arabie saoudite (en réalité, les demandes se limitent à des pressions en ce qui concerne les droits de l’homme et de la femme, la guerre au Yémen et l’affaire Khashoggi). Etant donné que ses propos sur les « cadeaux » offerts par l’armée américaine aux Saoudiens soutiennent l’idée de pression, il s’est empressé de déclarer que les Saoudiens « nous ont acheté pour 450 milliards de dollars », et c’est pour cela qu’il ne veut pas les perdre.

A la lumière de la réalité des faits entre Trump et Salman, et Washington et Riyad, il apparaît que les propos de Trump  sont plutôt dignes de l’émission The Apprentice qu’il dirigeait.

Lors de son premier voyage en Arabie saoudite en mai 2017, Trump a déclaré qu’il avait signé une transaction d’armes avec l’Arabie saoudite d’une valeur de 110 milliards de dollars. En réalité, cette transaction n’était rien d’autre qu’un accord non-contraignant stipulant que l’Arabie saoudite désirait conclure des transaction d’armes précédentes signées avec l’administration Obama, et de futures transactions d’une valeur de 112 milliards de dollars, d’après ce que Bruce Riedel, ancien officier des renseignements américains, a révélé au NY Times. Deux ans plus tard, une transaction concernant 2,4 milliards a été signée et l’aide militaire américaine ne dépasse pas 10 000 dollars par an.

On sait que les exportations de marchandises et de services des Etats-Unis à l’Arabie saoudite en 2018 étaient d’environ 22,3 milliards de dollars. Quant aux 450 milliards évoqués par Trump, il n’y a aucune preuve de ce montant et aucun document ne l’appuie.

Sachant que les propos de Trump sur les « cadeaux » américains à l’Arabie saoudite et les achats faits par ce pays s’élevant à des centaines de milliards sont faux, que peut-on conclure de ce récit ?

On conclut que Trump défend honteusement le terrible bilan politique de l’Arabie saoudite car elle représente, même s’il se moque de ce pays et de son Roi, le modèle de gouvernement qu’il souhaite pour les Arabes et les musulmans : un gouvernement autoritaire et corrompu combattant la démocratie et violant les droits de l’homme, de la femme et des minorités. Si elle ne met pas en oeuvre les « transactions » commerciales énormes, elle contribue au moins à soutenir la « transaction du siècle », ainsi que les généraux et tyrans corrompus dans les pays arabes et musulmans.

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A propos de Sami Mebtoul 194 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur agrégé d'arabe

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