A qui profite le massacre du Sinaï ?

Ahmed Mansour, journaliste d'Al Jazeera

Ahmed Mansour, le célèbre journaliste de la chaîne qatarie Al-Jazeera qui s’est fait connaître avec le programme Bila Houdoud (sans limites), dénonce la politique du gouvernement égyptien dans le désert du Sinai. Il l’accuse de préparer la « transaction du siècle » promise par Trump pour régler le conflit du Proche-Orient.

Al Watan (Qatar), Ahmed Mansour

Plus de 25 000 soldats dans la région

Beaucoup d’analystes et d’observateurs se demandent comment il est possible de commettre un crime aussi énorme et odieux que celui de la mosquée Al-Rawda dans le Sinaï alors que plus de 25 000 soldats de l’armée d’Al-Sissi – d’après les médias qui lui sont affiliés – se trouvent dans cette région, avec leurs armes, leurs blindés et leurs avions. Sans oublier les promesses d’Al-Sissi qui n’en finissent pas après chaque massacre de mettre fin au terrorisme dans le Sinaï. Que font les services secrets militaires et généraux, ainsi que tous les services de sécurité indénombrables pour protéger les gens ?

Imposer une théorie afin d’empêcher les regards de se tourner vers d’autres scénarios

Et pourquoi Daesh liquiderait les habitants d’un village entier pendant la prière du vendredi, à laquelle se rend tout le monde ? La liste des victimes a montré que beaucoup d’entre eux étaient des habitants du Delta travaillant dans le Sinaï. Si Daesh a un problème avec le soufisme ou les tribus habitant ce village, il y a d’autres moyens d’affrontement. L’attaque des fidèles dans les mosquées n’est pas une méthode habituelle. Cependant les chaînes de télévision d’Al-Sissi se sont concentrées après l’événement sur le fait que Daesh visait les mosquées et les chiites en Irak, et qu’il avait commencé à viser les soufis en Egypte. Il s’agit d’imposer une théorie afin d’empêcher les regards de se tourner vers d’autres scénarios ou criminels pouvant avoir perpétré cette boucherie.  Certains tweetos, à l’intérieur de l’Egypte même, ont évoqué ceux qui avaient intérêt à vider le Sinaï de ses habitants. Un tweet d’un artiste égyptien connu a été clair : « Que Dieu fasse miséricorde aux personnes tuées en prosternation. Malheureusement, les Egyptiens et moi-même sommes convaincus que ce ne sont pas les extrémistes qui tuent les gens dans la prière, mais ceux qui veulent vider le Sinaï avant la transaction du siècle ».  Les adeptes de cette théorie ne font pas de différence entre ce crime sans précédant et celui consistant à vider de nombreux villages et villes du Sinaï de leurs habitants de force, puis les raser de la carte comme cela s’est produit tout au long de ces dernières années.

Le recours à « la force brutale »

Chercher les bénéficiaires peut permettre de déchiffrer ce crime, en comprendre les coulisses et le mode opératoire, caractérisé par le sang-froid, la confiance totale et l’horreur, qu’aucune personne possédant un minimum de foi ne peut adopter. Malgré l’horreur de ce crime, il ne fait aucun doute qu’il sera oublié comme les précédents, après l’apparition comique d’Al-Sissi se présentant comme la victime, déclarant une énième fois la guerre au terrorisme, et demandant aux autres Etats d’être à ses côtés et de soutenir ses échecs successifs au Sinaï. Ses échecs sont généraux et englobent même son discours, menaçant d’utiliser « la force brutale », alors qu’il s’agit d’un vocabulaire condamné par les lois internationales mais qui reflète bien ce qu’il fait subir au peuple égyptien depuis son coup d’état. La force brutale ne signifie rien d’autre que la force absolue et aveugle.

Un seul bénéficiaire

L’échec politique du régime égyptien illégitime confirme qu’il est entièrement responsable de ces crimes, de manière directe ou indirecte, car il en est le premier et seul bénéficiaire. Il s’en sert pour s’attirer la sympathie de la communauté internationale et cacher ses crimes commis contre le peuple égyptien.

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