Les prochaines élections présidentielles en Egypte : sans comédie, ni humour !

Le Président égyptien Al Sissi a voté

Les prochaines élections présidentielles égyptiennes sont non seulement jouées d’avance, mais elles manqueront en plus de théâtralité cette année, selon l’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi.

Après les premières fuites, qui ont révélé que le régime du Président égyptien Abdelfattah As-Sissi voulait faire accepter la décision du Président américain Donald Trump faisant de Jérusalem la capitale d’Israël en y transférant son ambassade, de nouveaux enregistrements ont montré la détermination du régime à faire élire As-Sissi pour un second mandat sans concurrent sérieux. Dans ces enregistrements audio, un officier des services de renseignement militaires demande à des présentateurs et des acteurs de vendre la candidature d’As-Sissi en menaçant le peuple égyptien d’un destin semblable au Yémen et à la Libye. L’officier demande également de ne pas critiquer le général Ahmad Chafiq pour l’instant, car des négociations sont en cours avec lui afin qu’il ne se présente pas. S’il le fait, des dossiers de corruption l’attendent dans les tribunaux et il sera l’objet d’une attaque « maudissant ses aïeux » !

De fortes pressions pour ne pas se présenter

Après avoir déclaré qu’il était déterminé à se présenter aux élections présidentielles il y seulement cinq semaines, Chafiq a publié un communiqué dans lequel il a fait marche arrière, ajoutant ceci : « Au vu de la situation, je considère que je ne serai pas la meilleure personne pour diriger les affaires de l’Etat dans les prochaines années ». Dans un autre communiqué, le porte-parole du Mouvement patriotique de Chafiq a annoncé que le général « n’a pas été victime de pressions et il ne les accepte pas. Il a pris sa décision en son âme et conscience ». Pourtant, le New York Times, qui s’est chargé de révéler la série de fuites, a rapporté qu’un des avocats de Chafiq lui avait déclaré qu’il avait été victime de fortes pressions pour ne pas se présenter.

Chafiq jouit d’une grande popularité

Même s’il est accusé dans de nombreuses affaires de corruption remontant à l’époque où il occupait des fonctions sensibles sous l’ère du Président déchu Hosni Moubarak, allant de la direction des Forces armées au Ministère de l’aviation civile, en passant par le poste de Premier Ministre, Chafiq (76 ans) jouit d’une grande popularité, qui a atteint son sommet durant les premières élections présidentielles démocratiques en Egypte : en 2012, il a perdu de justesse face à Mohammed Morsi. Son passé militaire lui assure aussi une certaine immunité, mise en évidence par l’officier des services de renseignement, qui a déclaré que Chafiq était un fils des forces armées, qui le soutenaient à condition qu’il ne fasse pas concurrence à As-Sissi. Il est probable qu’il soit écarté de la course, d’autant que le régime ne se soucie plus d’embellir ces élections présidentielles et préfère jouer cartes sur table.

Un aventurisme économique catastrophique

Il est bien triste qu’un pays aussi ancien que l’Egypte descende si bas aux niveaux politique, médiatique et artistique, alors que le peuple souffre de l’inflation, de la baisse du niveau de vie et du pouvoir d’achat, accentuée par la chute de la monnaie nationale. Tout cela sous l’effet d’un aventurisme économique catastrophique, incarné par l’élargissement du canal de Suez, la nouvelle capitale, l’émission d’obligations sur les marchés internationaux pour plus de 5 milliards de dollars, sans oublier l’augmentation de la dette extérieure, qui a atteint 78 milliards de dollars durant le deuxième semestre de 2017… Tout cela pendant que l’Egypte vit dans l’état d’urgence, prolongé par As-Sissi il y a quelques jours.

Il est donc probable que les élections qui se dérouleront fin mars ne verront aucune surprise et manqueront même de théâtralité, et que les Egyptiens seront privés de leur humour bien connu !

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