Poutine et les élections en Israël

Poutine rencontre Netanyahou

Poutine et les élections en Israël

Pour la première fois depuis l’effondrement de l’URSS en 1991, la Russie a pu imposer ses intérêts nationaux sur la scène politique d’Israël, et elle le doit sans doute aux stratagèmes de son Président, Vladimir Poutine. Cet article traite des impacts grandissants de la Russie en Israël depuis le début des interventions de Poutine dans la région et dans les événements politiques israéliens comme les élections législatives. La Russie est ainsi devenue sous l’égide de Poutine, un acteur du premier plan dans les événements du Moyen-Orient.
Les coopérations que la Russie de Poutine entretient en Syrie avec le régime Al-Assad, l’Iran et le Hezbollah libanais, contredisent complètement les intérêts des États-Unis et d’Israël dans la région. La coalition Moscou-Téhéran-Beyrouth-Damas met manifestement la Russie en opposition contre Washington et Tel Aviv. Les Américains cherchent à se présenter de nouveau au Levant face à l’expansionnisme des Turcs et contre les Flottes russes en Méditerranée et aux ports de Lattaquié et Tartous. Les Israéliens aussi sont directement impliqués dans les hauteurs du Golan. Dans certains événements, comme la chute de l’avion russe et la mort de 15 militaires de ce pays en septembre 2018, Poutine se tient directement contre l’État hébreu et promet de renforcer le système de la défense antiaérienne de la Syrie par les S-300. Et cette confrontation Russie-Israël n’est pas récente. Historiquement parler, le Kremlin a tendance à soutenir les pays arabes et socialistes dans le conflit arabo-israélien. Ce qui a eu lieu par exemple, en 1967.
Certes, la nature de cette opposition temporairement anti-israélienne de la Russie ne ressemble pas à l’hostilité idéologique et fondamentale des Iraniens et des Palestiniens contre Israël. Au contraire, la Russie et Israël sont unis par des relations de longue date. Ces relations historiques remontent au temps de la création de l’État d’Israël en 1948 et même avant cette date. À noter que l’accent hébreu parlé actuellement en Israël est initialement l’accent des migrants d’origine russe et non pas celui des juifs d’origine moyen-orientale. L’influence de la communauté juive en Russie, les investissements des sociétés israéliennes et juives dans l’économie russe et certaines considérations internationales au niveau de l’opinion publique sont des facteurs qui empêchent le Kremlin de se dresser contre Israël. La Constitution russe a prévu aussi un état autonome pour les habitants juifs dans les territoires orientaux de la Fédération de la Russie bien qu’actuellement cette région soit peuplée plutôt par des Russes non-juifs, suite à l’Alyah massive des juifs russes vers Israël. La présence d’une communauté de plus d’un million russophones au sein des 7 millions juifs vivant en Israël est un autre élément unificateur entre la Russie et Israël. La majorité des dirigeants actuels et anciens d’Israël sont et étaient des ressortissants des pays de l’ancienne union soviétique. En Russie pareillement, l’on a déjà vu 3 premiers ministres de descendance juive au poste de la primature. Les premiers ministres israéliens ont fait plusieurs déplacements à Moscou. Le voyage de la figure emblématique Ariel Sharon en Russie en 2001 était une étape essentielle dans ces rencontres bilatérales. En 2005, Vladimir Poutine s’est rendu à Tel Aviv. À partir de cette date, les coopérations israélo-russes se sont multipliées surtout dans les domaines de la défense, le renseignement et l’industrie milliaire.
Tenant compte de ses faits, il apparaît que Poutine suit un double jeu dans son intervention militaire et diplomatique par rapport à la crise syrienne. D’un côté, il instrumentalise le conflit israélo-palestinien en vue de faire pression sur l’Iran et le régime d’Al Assad et de l’autre côté, il profite de l’influence de l’axe chiite (Iran-Irak-Liban) afin de renforcer ses propres positions par rapport aux USA, à la Turquie et à Israël.
Mais l’hégémonie croissante de Poutine au Proche et Moyen-Orient ne se résume pas à son implication dans le dossier syrien. Vladimir Poutine se dote également d’une grande influence dans les affaires politiques internes d’Israël. Les Israéliens russophones représentés plutôt dans le cadre du parti « Israël Beytenou » jouent un rôle primordial dans la politique israélienne. Au cours des élections d’avril 2019, ce parti a gagné 5 sièges dans la Knesset. Cela a offert à Avigdor Lieberman, le leader de ce parti, la possibilité de s’imposer contre le Likoud. L’échec de Netanyahou dans le processus de formation d’un gouvernement des partis de la Droite était largement dû au refus de Lieberman d’entrer dans la ligue du Likoud et des partis ultra-orthodoxes. Cet affrontement Lieberman-Netanyahou a bien dévoilé le poids considérable des russophones (et russophiles) dans les faits politiques d’Israël. D’après les sondages, dans les prochaines élections législatives du 17 septembre, le parti « Israël est notre Maison » de Lieberman obtiendra au moins 12 mandats dans le parlement israélien de 120 sièges. Ce chiffre est considérable compte tenu du système parlementaire d’Israël où les petits partis s’imposent et sont parfois même plus dominants que les grands partis. Cette montée du parti Israël Beytenou renforcera encore plus la position de la Russie en Israël. Dans ce cas, la formation d’une coalition des partis de la Droite dépendra encore de la décision de Lieberman, qui n’agit pas sans être sûr du feu vert de Poutine. En effet, Lieberman, l’ex-ministre de la défense, a exprimé à plusieurs reprises une forte sympathie vis-à-vis la personne de Poutine. Certaines ressources le présentent même en tant qu’espion du SVR en Israël ; bien que le fait ne soit jamais attesté juridiquement. Nous constatons donc que l’influence des russophones et leur structure politique en Israël est beaucoup plus déterminante que celle des Démocrates ou Républicains américains dans ce pays.
Dans les débats déclenchés après les élections du 9 avril, certains analystes dans les médias israéliens ont parlé de manipulation de Poutine dans la création d’une impasse politique pour Netanyahou, considéré trop proche du Président Trump. Ce complot anti-Likoud, s’il existe, s’est clairement réalisé par l’intermédiaire de Lieberman. Par cette vision, on peut croire à cette idée que Poutine était le vrai gagnant des élections précédentes en Israël. Le renouvellement des élections législatives en Israël avait aussi un autre apport bien appréciable pour Poutine : cela a pu repousser la date de l’annonce du « Deal of Century », le plan de paix tellement médiatisé par l’administration Trump. Le succès de ce plan de paix que Jared Kushner, le genre de Trump, booste à tout prix et à chaque occasion dans les pays arabes du Moyen-Orient, pourrait avoir des conséquences négatives pour la Russie, qui préfère demeurer un acteur majeur pour promulguer un éventuel accord de paix entre les deux parties concernées.
Mais en étudiant les ingérences directes et indirectes de Poutine dans les élections israéliennes, nous soulignons encore une autre double politique de la Russie en Israël. En effet, ce n’est pas seulement Lieberman qui bénéficie du soutien du Kremlin. D’un côté, Poutine maintient ses contacts avec les russophones et Israël Beytenou et de l’autre côté, il établit des rapports très étroits avec Netanyahou du Likoud. Cinq jours avant les élections du 9 avril 2019, lors du déplacement de Netanyahou en Russie, la nouvelle de la découverte de la dépouille d’un soldat du Tsahal disparu depuis trente-sept ans a changé définitivement l’équilibre entre le Likoud et son adversaire le plus sérieux, Kachol Lavan (Parti Bleu et Blanc), de Benny Gantz. La nouvelle est très applaudie en Israël. La dépouille du commandant de char Zachary Baumel, disparu en 1982 en Syrie, était un cadeau électoral inattendu de Poutine pour Netanyahou. Le fait est ainsi décrit dans le quotidien français Le Monde du 4 avril 2019 :
« À quelques jours des élections législatives en Israël qui s’annoncent difficiles pour Benyamin Nétanyahou, cerné par les affaires de corruption, elle permet à Vladimir Poutine d’offrir à un succès emblématique à peu de frais qu’il pourra faire valoir auprès de son électorat. Pour le Kremlin, la dépouille du commandant Baumel offre aussi l’occasion de mettre en avant le nouveau rôle de pivot que joue la Russie dans la région. Alliée du régime de Damas, elle entretient de bonnes relations avec Israël, techniquement en état de guerre avec la Syrie, ainsi qu’avec la Turquie, parrain des forces irrégulières issues de la rébellion syrienne. »
Cela laisse penser que Poutine d’une part a aidé Netanyahu, le premier ministre au pouvoir, à gagner les élections, et d’autre part, il a empêché la création d’un gouvernement pro-américain par Netanyahu en mettant Lieberman en face de Netanyahu. Par ce geste, Vladimir Poutine voulait maintenir l’équilibre des forces dans la région, soutenir ses alliés dans le Moyen-Orient et augmenter sa présence dans la politique interne d’Israël. Et cela peut être fructueux pour la Russie au-delà des frontières israéliennes. Par exemple, dans le déplacement récent du Premier ministre israélien en Ukraine qui a lieu le 19 août 2019. Netanyahou, en rencontrant Volodymyr Zelensky, le président juif de l’Ukraine, a essayé d’apaiser les tensions entre la Russie et l’Ukraine, qui envoie annuellement des milliers d’Olims en Israël.
Durant les dernières années, nous témoignons de l’augmentation des approches libérales et séculaires dans la politique israélienne. Les mouvements LGBT se dotent d’un pouvoir bien dominant en Israël. Ils ont même un ministre dans le cabinet de Netanyahou. Le 14 juin 2019, la ville de Tel Aviv était le théâtre d’une parade massive des LGBT. De nombreux politiciens israéliens ont participé à cette parade ou ont montré leur soutien à l’égard des LGBT. Cette parade annuelle est organisée par le Centre de la Communauté LGBT attaché à la municipalité de Tel Aviv. Ces tendances sont en désaccord total avec l’identité religieuse initiale de l’État hébreu qui voulait avant tout s’affirmer en tant que Nation juive. Certains sociologues parlent d’une crise sociale et avertissent au niveau d’un effondrement social en Israël. Les ultra-orthodoxes aussi sont une autre menace pour la cohésion sociale en Israël. Les démocrates américains et les dirigeants européens s’inquiètent déjà de cette polarisation de la société israélienne.
Les menaces sécuritaires permanentes et la fatigue publique face à une guerre interminable poussent la société israélienne vers une crise totale. Ce risque est plus alarmant dans les colonies israéliennes que dans les territoires occupés après 1967.
Nous pouvons conclure que l’âge politique des leaders comme Netanyahu est déjà terminé mais le pouvoir restera dans la main des partis Centre-droite et d’extrême-droite. L’avenir de la politique israélienne est aussi influencé par des mouvements plus libéraux et les leaders moins religieux comme Lieberman le Head d’Israël Beytenou et Ayelet Shaked, la leader ambitieuse de Yamina. Dans cet avenir les russophones joueront un rôle encore plus important dans la politique israélienne. Si Lieberman arrive au poste de la primature en Israël, Poutine sera le chef incontestable du Moyen-Orient. Les populistes comme Trump seront, dans ce cas, de plus en plus piégés dans la toile d’araignée tissée par Poutine qui a déjà semé le grain d’une russophobie structurelle et structurale sur le sol israélien.

Sources :

https://fr.timesofisrael.com/israel-russie-des-relations-complexes-depuis-1947/
https://www.haaretz.com/israel-news/elections/EXT-INTERACTIVE-latest-polls-israel-election-2019-1.7695785
https://www.timesofisrael.com/harvard-hoax-site-claims-former-spy-chief-called-liberman-a-russian-agent/
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/04/syrie-le-corps-d-un-soldat-israelien-disparu-en-1982-retrouve-par-l-armee-russe_5445859_3210.html
https://www.lemondejuif.info/2014/04/ukraine-explosion-de-limmigration-des-juifs-vers-israel/
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/israel-amir-ohana-ouvertement-homosexuel-devient-ministre-de-la-justice-20190605
https://www.lgbtqcenter.org.il/
Mens, Y. (2006). Israël, une crise sociale dangereuse. Alternatives Internationales, 30(3), 16-16. https://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2006-3-page-16.htm.
https://foreignpolicy.com/2019/04/17/the-ultra-orthodox-will-determine-israels-political-future-haredi-likud-netanyahu-shas-deri-utj/
https://www.jpost.com/Israel-News/Shaked-reveals-secret-dealings-on-her-political-future-593388

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