Pompeo débarque au Liban, après la réaction violente suite au tweet de Trump

La visite de Pompeo au Liban fait suite à une période difficile pour Hariri[Getty]

Comment l’annonce concernant la reconnaissance du plateau du Golan comme territoire israélien se répercutera au Liban, renforçant et légitimant la position du Hezbollah ?

Mike Pompeo a rencontré le Premier ministre Saad Hariri à Beyrouth, à la suite d’une tournée éclair au Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo s’est rendu à Beyrouth vendredi pour rencontrer les dirigeants politiques libanais dans le cadre d’une tournée au Moyen-Orient visant à réduire l’influence croissante de l’Iran dans la région.

Pompeo a en effet rencontré le Premier ministre Saad Hariri, l’homme politique pro-occidental mis à l’écart du pouvoir depuis sa récente détention à Riyad et l’ascension du Hezbollah, dans un échange amical suivi d’entretiens avec le Président Michel Aoun et les principaux ministres.

Mais la visite de Pompeo semble avoir été éclipsée par un tweet envoyé quelques heures plus tôt par le président Donald Trump déclarant qu’il était temps pour les Etats-Unis de reconnaître l’annexion illégale par Israël du plateau du Golan syrien, ce qui sera rejeté par toutes les opinions politiques au Liban.

« Après 52 ans, il est temps que les Etats-Unis reconnaissent pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui revêt une importance stratégique et sécuritaire cruciale pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale ! » a déclaré Trump sur Twitter, ce Jeudi.

Même si Pompeo a été pris par surprise par cette annonce, il a semblé soutenir l’appel de Trump sur le Golan comme étant « israélien » bien que le reste du monde considère ce territoire comme illégalement occupé.

« En tant qu’élève, j’ai étudié les batailles du Golan. L’héroïsme israélien a sauvé cette grande nation. La décision audacieuse [de Trump] de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan honore les sacrifices du peuple israélien et la réalité. C’est normal que cette terre fasse partie d’Israël », a-t-il tweeté.

Si la visite de Pompeo visait en partie à renforcer les alliés libanais des États-Unis, Bachar al-Halabi, chercheur au Moyen-Orient à l’Institut Asfari de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), a déclaré que les tweets de Trump seront probablement «un atout» pour l’axe pro-Hezbollah du Liban.

« Dans le contexte libanais, il sert définitivement le camp du Hezbollah et sa rhétorique de résistance, affaiblissant la crédibilité du peuple qui va s’asseoir avec Pompeo, puisqu’il représente Trump, qui du point de vue du camp de résistance, fait passer la volonté israélienne avant la volonté arabe», a souligné Halabi à The New Arab.

Pompeo s’est arrêté en Israël avant le Liban, où il est devenu le premier secrétaire d’État à visiter le Mur occidental dans Jérusalem-Est occupée en compagnie du premier ministre israélien.

La visite du diplomate américain en Israël a été perçue comme une approbation officielle de la réélection du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un contexte de corruption, mais les analystes suggèrent que l’objectif principal de la tournée de Pompeo est de consolider les alliés contre l’influence croissante de l’Iran dans cette région.

Lors d’une réunion avec le président de la Chambre des représentants du Liban, Nabih Berri, il a mis en garde contre l’ascendant du mouvement (Hezbollah) soutenu par l’Iran qui dispose d’une base parlementaire et gouvernementale plus solide que jamais, bien que le chef d’Amal (NabihBerri) ait averti que les sanctions contre le Hezbollah nuiraient au pays tout entier.

M. Robert Palladino, porte-parole adjoint des États-Unis, a déclaré: « [Pompeo] a souligné les préoccupations des États-Unis concernant les activités déstabilisatrices du Hezbollah au Liban et dans la région et les risques qui pèsent sur la sécurité, la stabilité et la prospérité du Liban ».

La visite de Pompeo intervient peu de temps après l’accord conclu au Liban sur un nouveau gouvernement, fin Janvier, à la suite d’une impasse de neuf mois. La formation du gouvernement donnera plus de poids aux demandes du secrétaire d’État visant à empêcher le Hezbollah, qui a trois postes ministériels, de s’enrichir grâce à ses pouvoirs politiques accrus, a déclaré M. Halabi.

« Les politiciens libanais ne peuvent pas esquiver les questions de politique générale, comme cela aurait été le cas s’il y avait eu un vide. La visite de Pompeo a un ordre du jour et une stratégie clairs, à savoir une approche de la carotte et du bâton avec le Liban », a-t-il ajouté.


Bachar al-Halabi a déclaré que le récent appel d’Hassan Nasrallah afin d’obtenir de l’argent des partisans ne devrait pas être pris au pied de la lettre, et qu’il prépare probablement le Hezbollah à la reprise des pressions internationales.

Un signe d’hostilité croissante à l’égard du Hezbollah a été observé en Février, lorsque le gouvernement britannique a interdit l’aile politique du mouvement.

La visite de M. Pompeo réaffirmera le soutien de Washington à l’État libanais et à l’armée libanaise, qui reçoit 70 millions de dollars par an d’aide de la part des États-Unis, à la suite de messages mitigés sur le sérieux des États-Unis envers le gouvernement de Beyrouth à l’époque de Barack Obama.

Washington tient maintenant à envoyer un message qu’il ne laissera pas le destin du Liban à l’Iran ou à la Russie. Le régime de la Syrie voisine étant fortement endetté envers Téhéran en raison de son soutien dans la guerre du pays.

Pompeo pourrait faire pression sur Beyrouth pour qu’elle ne normalise pas ses liens avec le régime de Bachar al-Assad et qu’elle renvoie les réfugiés en Syrie, ce qui est toujours considéré comme dangereux par l’ONU. Au niveau national, couper les ailes du Hezbollah pourrait s’avérer plus difficile.

« À l’heure actuelle, la dynamique du pouvoir dans le pays est favorable au Hezbollah, ils contrôlent le parlement et le gouvernement et, ce qui est plus important encore, le peuple libanais, bien qu’il existe un pourcentage considérable de sentiments anti-Hezbollah », a ajouté le chercheur libanais.

« Personne n’est prêt ou même équipé pour lutter contre le Hezbollah ou son influence. »

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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