La normalisation des relations entre le Bahreïn et Israël : l’Arabie saoudite tâte le terrain ?

Visite d'une délégation bahreinie en Israel

L’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi se demande si la visite d’une délégation du Bahreïn en Israël  n’est pas une façon pour l’Arabie saoudite de préparer le terrain à une normalisation de ses relations avec l’Etat hébreu

Al-Quds Al-Arabi, mardi 12 décembre

Les agences de presse ont relaté la visite publique d’une association bahreïnie appelée « C’est ça le Bahreïn » en Israël, avant que l’agence de presse officielle du Bahreïn ne confirme cette information et publie un communiqué de l’association indiquant que la délégation « ne représente qu’elle-même et cette initiative est la sienne ». L’association a précisé que « cette initiative s’appuie sur le principe de tolérance adopté par le Royaume du Bahreïn et caractérisant sa société civile ».

Le gouvernement bahreïni encourage la normalisation

La parution d’un tel communiqué est naturelle car la simple logique juridique veut qu’une association civile privée ne représente pas le gouvernement du pays où elle a été fondée. En même temps, la logique veut qu’une initiative aussi sensible qu’une visite publique en Israël ne puisse pas avoir lieu sans l’accord des autorités au plus haut niveau. Mais pourquoi se perdre dans des considérations autour de l’accord du gouvernement étant donné que le gouvernement bahreïni lui-même encourage la normalisation et la pratique sous certaines formes, en commençant par le Roi du Bahreïn, en passant par le Prince héritier et le Ministre des affaires étrangères, pour finir par les différentes institutions politiques, économiques, commerciales et sportives ?

La normalisation des relations entre le Bahreïn et Israël n’est pas un phénomène nouveau. Elle a commencé en 1994 avec la visite de Yossi Sarid, alors Ministre israélien de l’environnement, à Manama à la tête d’une grande délégation pour participer à une conférence sur le climat. Début 2000, le Prince héritier du Bahreïn, Salman Ben Hamad Al Khalifa, a rencontré l’ancien premier ministre israélien Shimon Peres à Davos. Suite à cette rencontre, Manama a décidé de fermer le Bureau chargé du boycott d’Israël sur son territoire. En 2008, le Roi en personne a rencontré Peres et Tsipi Levni, alors Ministre des affaires étrangères, en marge de la conférence du « Dialogue des religions » à New York. Enfin, le rabbin Abraham Cooper, Président du Centre américain Simon Wiesenthal a annoncé qu’il avait rencontré le Roi et que ce dernier lui avait confirmé sans détours que les citoyens du Bahreïn avaient le droit de se rendre en Israël.

Les autorités saoudiennes ne sont pas étrangères aux actions de normalisation du Bahreïn

En s’appuyant sur cet historique, il est difficile de ne pas faire le lien entre la visite effectuée par cette association bahreinie et les développements graves du dossier palestinien à plusieurs niveaux, que ce soit avec la décision du Président américain Donald Trump de reconnaître la ville de Jérusalem/Al-Quds comme capitale d’Israël et d’y déplacer l’ambassade américaine, ou ce qui mijote au sujet de la « transaction du siècle » comme on l’appelle désormais. Le Royaume d’Arabie saoudite, gouverné par le Prince héritier Mohammed Ben Salman, est directement impliqué dans cette transaction et tente de l’imposer. Les autorités à Riyad ne sont donc pas étrangères aux actions de normalisation du Bahreïn ; elles y participent même à travers des campagnes contre les droits du peuple palestinien menées par plusieurs écrivains et éditorialistes saoudiens.

Le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a sciemment révélé que « les relations avec les pays arabes sont meilleures que jamais dans l’histoire d’Israël » et la logique veut que la normalisation entreprise par le Bahreïn ne soit peut-être qu’une façon de tâter le terrain pour sa grande-sœur saoudienne, avant que ce petit jeu ne saute aux yeux de tous !

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A propos de Sami Mebtoul 197 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur agrégé d'arabe