Les nombreux procès faits à Ahd At-Tamimi

Ahed Al Tamimi incarcérée

La jeune Ahd At-Tamimi est victime de plusieurs procès en tant que nouveau symbole de la résistance à l’occupation israélienne. L’éditorial d’Al-Quds Al-Arabi remet les choses à leur place

Al-Quds Al-Arabi, samedi 30 décembre 2017

Comme toutes les personnalités qui deviennent soudain des héros populaires, ou un ennemi qu’il faut éliminer pour la force symbolique et médiatique qu’il représente, la jeune palestinienne Ahd At-Tamimi, actuellement incarcérée, est l’objet de plusieurs procès pénibles.

Une équation dérangeante pour Israël

Ahd n’est pas devenue ce qu’elle est en un jour. De nombreux facteurs ont contribué à en faire une équation dérangeante pour Israël, à commencer par son apparition à l’âge de douze ans dans des vidéos filmées par des amateurs ou des professionnels, où elle tentait de libérer une femme ou un enfant des mains des forces d’occupation, ou les défiait avec son petit poing. Elle est ainsi devenue ces dernières années, d’après une parole célèbre du journaliste israélien Ben-Drod Yemini, « la fille des affiches de la propagande palestinienne ».

D’après Yemini et certains médias occidentaux soutenant Israël, At-Tamimi a passé ces années à « créer des situations pour provoquer les membres de l’armée de défense », qui sont « les soldats faisant preuve du plus grand sang-froid au monde » !

Au-delà du fait que ces soldats ont tué des proches d’At-Tamimi, emprisonné son père pendant des années et sont entrés de force chez elle durant la dernière arrestation, alors qu’elle n’était (et n’est) qu’une enfant, il faut se demander si c’est Ahd le problème ou les soldats qui tuent, emprisonnent et entrent de force chez les gens ?

L’orientalisme détourné de sa mission

Le plus risible dans les articles sionistes attaquant At-Tamimi est qu’ils sont gênés par son image de jeune fille blonde aux yeux bleus, ne correspondant pas au cliché de la femme musulmane voilée ou portant le niqab. C’est justement ce qui a attiré les médias vers Ahd. Ces articles déplorent donc que l’orientalisme occidental, qu’Israël exploite habilement (en tant que représentant de la civilisation occidentale au milieu des Orientaux retardés), soit complètement détourné de sa mission cette fois.

Nous arrivons ensuite à une forme inversée de l’orientalisme pratiquée par les musulmans et les Arabes cette fois, contre eux-mêmes, lorsqu’ils passent la jeune fille incarcérée par les Israéliens au crible. At-Tamimi est ainsi l’objet d’autres procès : le fait qu’elle ne porte pas le hijab devient une honte pour elle et diminue la portée de son combat. On porte aussi atteinte à son statut de jeune fille de plusieurs manières : en la dévalorisant, ou encore en la considérant comme « la sœur des hommes » ou « meilleure qu’un million d’hommes ». Ces clichés censés la glorifier portent atteinte d’une manière ou d’un autre à sa qualité d’être humain et de femme.

Un héros de l’épopée du peuple palestinien

D’autres procès portent sur les propos de son père. On prétend qu’il aurait fait l’éloge du Président syrien Bachar Al Assad, qu’il se serait déclaré marxiste et aurait rencontré une opposante israélienne… Tout cela pour dévaloriser Ahd At-Tamimi en faisant semblant d’ignorer que malgré ses 16 ans et le fait qu’elle soit le produit de sa famille, de son village et de son pays, elle est responsable d’elle-même, de ses paroles et de ses actes, et que son combat personnel et public avec l’ennemi est la première des priorités. Il est vrai qu’Ahd méritait une enfance normale, sans soucis ni affrontements avec les soldats, et que sa transformation en symbole de la résistance populaire palestinienne ne remplacera pas cette enfance assassinée par l’occupation. Les procès dont elle est l’objet actuellement font partie de la longue épopée du peuple palestinien visant à construire un futur sans occupation pour ses enfants.

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