Nasrallah cherche à capitaliser sur le virage américain à propos du Golan

ANWAR AMRO/AFP/Getty Images. Les partisans du mouvement chiite libanais Hezbollah se rassemblent autour d'une affiche géante de leur leader Hassan Nasrallah lors d'une cérémonie pour marquer l'Achoura, le 20 Septembre 2018 à Beyrouth.

La reconnaissance par l’administration Trump de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan a fait un cadeau inattendu au Hezbollah et au camp de la « résistance », un revers pour le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo qui souhaite « isoler le Hezbollah » au Liban, comme il l’a déclaré lors de sa visite dans le pays la semaine passée.

La décision américaine sur le Golan a été rejetée par les alliés américains dans toute la région, y compris dans l’ensemble du spectre politique libanais.

Le président libanais Michel Aoun a déclaré à Pompeo que le Hezbollah est un parti libanais soutenu par le peuple. Le président de la Chambre, Nabih Berri, a déclaré que le Hezbollah est un « parti libanais représenté au parlement et au gouvernement. Sa résistance et celle du peuple libanais sont le résultat de l’occupation israélienne continue du territoire libanais. » Même le Premier ministre Saad Hariri, un adversaire historique du Hezbollah dans la politique libanaise, n’a pas réagi positivement à l’idée de Pompeo. Il a insisté sur le fait que le pays est confronté à une situation économique difficile et qu’il est nécessaire d’être en contact avec les factions politiques, y compris le Hezbollah, pour maintenir la paix nationale, selon un des conseillers de Hariri, Ghatas Khouri, qui a commenté brièvement dans le quotidien libanais Annahar.

Le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil a cherché à trouver le bon équilibre diplomatique dans ses remarques avec Pompeo, affirmant que « le Hezbollah est un parti politique  » et que ses représentants sont  » élus par le peuple libanais « . Nous ne voulons pas que nos relations avec les Etats-Unis en soient affectées ou influencées et nous voulons travailler ensemble pour résoudre tous ces problèmes, y compris celui du Hezbollah… » a-t-il poursuivi.

En définitive, la décision de Trump sur le Golan a joué en faveur de l’Iran et du Hezbollah, leur donnant un prétexte à leurs efforts continus pour établir une présence solide en Syrie du Sud, principalement aux frontières avec Israël.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a décrit la décision américaine dans son discours du 26 mars comme un événement crucial et décisif dans la lutte israélo-arabe, notant que « les déclarations de condamnation ne suffisent plus ». Il a souligné que la seule façon de récupérer les terres occupées par Israël en Syrie, au Liban et en Palestine est la résistance.

Nasrallah a également souligné que l’objectif réel de la visite de Pompeo était d’inciter les Libanais à s’affronter. Il a déclaré que Washington avait l’œil sur une guerre civile au Liban, ajoutant que le problème de Pompeo avec le Hezbollah est que ce dernier était parmi ceux qui ont combattu et renversé le projet américain en Syrie. Le Hezbollah, a-t-il dit, constitue un obstacle au plan de paix à venir des Etats-Unis, que les médias arabes appellent souvent « la transaction du siècle ».

« Les Etats-Unis ne se soucient pas des intérêts du Liban ou de ceux d’un certain parti libanais« , a-t-il averti. « Sa seule préoccupation est Israël, et tout pari sur les États-Unis est un mauvais pari. »

Nasrallah a déclaré que la rhétorique belliqueuse de Pompeo utilisée contre le Hezbollah lors de sa visite à Beyrouth était une source de fierté pour le parti, qui a longtemps été qualifié «d’organisation terroriste» par Washington.

« Nous sommes heureux que Pompeo considère le Hezbollah comme son problème. Cela ne nous effraie pas, mais nous rend heureux. Nous sommes heureux que l’administration Trump soit en colère contre nous. Dans notre idéologie, l’administration américaine est le Grand Satan », a déclaré H. Nasrallah au cours d’un discours télévisé consacré principalement à répondre à la visite du responsable américain. « Quand le Grand Satan est satisfait de nous, cela signifie qu’il y a un problème dans notre position. Les remarques de Pompeo sur le Hezbollah ont renforcé notre conviction que nous sommes dans la bonne position. »

Pour Nasrallah, c’est une autre façon de dire qu’il avait eu raison de défier les politiques américaines dans la région. Le message ici n’est pas tant adressé aux alliés de Washington qu’à la rue arabe, qui reçoit une fois de plus un message de l’administration Trump selon lequel les Etats-Unis se retirent de leur rôle de médiateur de la paix et se positionnent du côté opposé aux résolutions internationales.

C’est le deuxième message du genre en moins de deux ans depuis Washington, après la décision de décembre 2017 de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette dernière était attendue dans le monde arabe comme « un projet d’assassinat de la solution à deux Etats », tandis que celle du Golan est une déclaration finale selon laquelle le processus de paix menant à une solution à deux Etats est arrivé à son terme.

Depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche en 2016, le terme « transaction du siècle » a été l’un des sujets les plus débattus dans le monde arabe. Les décisions sur Jérusalem et le plateau du Golan ont mis les alliés américains dans la région sur la sellette, alors que les citoyens arabes et musulmans remettent en question le bien-fondé du soutien de leurs gouvernements à un « plan de paix » qui s’oppose aux résolutions de l’ONU. Les capitales arabes, qui se sont opposées aux décisions américaines sur Jérusalem et le Golan, pourraient maintenant devoir reconsidérer leur position sur le prochain plan de paix. En revanche, la position du Hezbollah et de son patron, l‘Iran, qui s’oppose fermement à toutes les initiatives américaines, a l’avantage apparent d’être du côté de l’opinion publique.

L’annonce du Golan a également fait partie des discussions entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue libanais Aoun lors de leur rencontre à Moscou le 26 mars.

Poutine a accueilli Aoun comme « notre partenaire traditionnel de longue date » dans la région et « un représentant de la communauté chrétienne ». Aoun a remercié Poutine pour sa « défense des minorités chrétiennes au Levant », tout en déplorant la décision américaine de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan, ajoutant que « c’est certainement une source de grave préoccupation pour les pays qui sont à proximité directe d’Israël. Nous espérons qu’un règlement à ce problème sera trouvé dans un avenir proche. »

Par Makram Najmuddine

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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