Le Mondial au Qatar et l’esprit « sportif » des médias du blocus

Chefs d'Etat imposant un blocus au Qatar

Les médias saoudiens ont touché le fond avec les méthodes employées à l’encontre du Qatar. Comment le Royaume peut-il demander des garanties alors qu’il n’en donne aucune aux autres ?

Al-Quds Al-Araby – Lundi 26 février 2018

La bassesse de certains médias appartenant aux Etats du blocus

En une semaine, deux événements ont révélé la bassesse de certains médias appartenant aux Etats imposant le blocus au Qatar : le premier événement est incarné par la diffusion d’informations sur de nombreux sites tels que ceux des chaînes Al-Arabya, Sky News et autres dans le Golfe disant que la FIFA avait décidé de retirer l’organisation du Mondial 2022 au Qatar.

Le deuxième événement est le retrait de la chaîne Al-Arabya de l’Autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni (OFCOM), avant sa comparution devant la justice britannique suite à une plaine déposée par l’Agence de presse qatarie (QNA) contre elle (et contre Sky News Arabic) pour diffusion de fausses déclarations imputées à l’Emir du Qatar, peu après le piratage du site de l’Agence le 24 mai 2017.

Détourner l’attention de la tension actuelle entre l’Allemagne et l’Arabie saoudite

Le héros du premier événement est Turki Al Al-Shikh, conseiller du Roi au rang de ministre et Président du conseil d’administration de l’Autorité général du sport en Arabie saoudite, qui s’était illustré dernièrement en insultant le ministre koweïtien Khaled Al-Roudan après que ce dernier s’est rendu au Qatar et a fait l’éloge des efforts de l’Emirat pour mettre fin aux sanctions imposées par la FIFA à l’équipe nationale de son pays. Turki Al Al-Shikh l’avait décrit comme un « mercenaire », avant d’appeler dans un journal allemand au retrait du Mondial des mains du Qatar. Des médias du Golfe ont ensuite repris et falsifié cette déclaration en rapportant que c’était l’Allemagne elle-même, et non Al Al-Shikh, qui demandait que le Mondial soit retiré au Qatar !

Cette histoire qui ne trompe personne vise à détourner l’attention de la tension actuelle entre l’Allemagne et l’Arabie saoudite, suite au blocus imposé par cette dernière au Qatar. Cette tension apparaît clairement dans les faits et les déclarations : le Ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a par exemple décrit les mesures prises par l’Arabie saoudite et ses alliés contre le Qatar comme « extrêmement provocatrices » et considéré que le Royaume adoptait une politique aventuriste au Moyen-Orient. Suite à cela, l’ambassadeur saoudien à Berlin a été rappelé en Arabie, au mois de novembre dernier.

Une guerre médiatique incontrôlée

Le second événement (retrait d’Al-Arabya de l’Autorité britannique de régulation des télécommunications) est un sacrifice forcé de la chaîne saoudienne pour éviter de se conformer aux règles imposées par la Grande-Bretagne et les Etats membres de l’Union européenne aux médias garantissant leur professionnalisme. Ces règles sont en totale contradiction avec les pratiques de cette chaîne, qui diffuse des informations fausses et inventées dans le cadre d’une guerre médiatique incontrôlée. Cette chaîne est ainsi devenue un instrument de propagande plus qu’un média d’information et d’analyse.

Cette guerre médiatique a violé toutes les règles du métier sans épargner personne, mais toutes ces attaques se sont retournées contre les pays finançant les médias en question. Le Mondial au Qatar, qui a fortement contrarié les pays frères du Golfe (Emirats Arabes Unis en tête) depuis son annonce, devait profiter à l’ensemble des pays du Golfe aux niveaux touristique, sportif, économique et médiatique. Pourquoi avoir donc choisi de frapper tous azimuts en espérant que le Qatar soit touché ?

L’Arabie saoudite traitée comme une équipe de football ?

Cette question « sportive » était sans doute présente à l’esprit du Ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel Al-Jubeir, quand il a critiqué les politiques de l’Allemagne en déclarant : « Je peux vous dire que nous ne sommes pas contents des dernières déclarations du gouvernement allemand. Nous voulons être sûrs que l’Arabie saoudite ne sera pas traitée comme une équipe de football ». Nous en profitons pour demander à Al-Jubeir à quoi faut-il donc comparer les actions de l’Arabie saoudite depuis un an, avec le blocus imposé au Qatar et la rupture des liens sociaux, économiques et politiques entre les peuples du Golfe qui en a découlé, l’incarcération de princes, d’hommes d’affaires et de responsables saoudiens afin de leur soutirer de l’argent sous prétexte de « lutte contre la corruption », sans oublier l’arrestation du Premier ministre libanais Saad Hariri et du Président du conseil d’administration de l’Arab Bank, Sabih Al-Masri ?

La déclaration d’Al-Jubeir ressemble dans le fond aux méthodes des médias évoqués auparavant : il demande des garanties aux autres mais son pays (ou les médias en question) ne donne à personne la garantie de ne pas être humilié, emprisonné et victime de chantage financier, ou de ne pas être traité comme « une équipe de foot ».

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