Mohammed Ben Salman et « l’éducation » de la famille royale !

Mohammed Ben Salman et David Ignatius

Le Prince héritier d’Arabie saoudite n’est-il pas juste un nouveau despote utilisant les réformes pour affermir son pouvoir ?

Al-Qods Al-Araby – Vendredi 2 mars 2018

Les entretiens des chefs d’Etat arabes avec les médias occidentaux permettent de découvrir des aspects de leurs politiques et de leurs personnalités qu’on ne peut saisir dans les discours officiels stériles écrits par des bureaucrates ou les entretiens programmés qui ne servent qu’à faire l’éloge du dirigeant, l’inventaire de ses réalisations, promouvoir ses actions et faire passer ses échecs pour des réussites.

La rencontre entre David Ignatius, journaliste au Washington Post, et le Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman fait partie de ces entretiens à la frontière entre la promotion imposée par la personne interviewée et le professionnalisme journalistique cherchant à apporter de nouvelles informations, à travers des questions sérieuses que n’osent jamais poser les journalistes nationaux.

Un pays en retard de plusieurs décennies dans ces domaines

Cet entretien du Washington Post avec Ben Salman aborde les « réformes » politiques, économiques, militaires et sociales qu’il met en œuvre et les dangers auxquels il expose son pays. Le Prince y défend ses politiques en évoquant l’importance de l’autorisation donnée aux femmes de conduire, d’entrer dans les stades, ainsi que la nomination d’une femme comme vice-ministre. Il s’agit pourtant de mesures bien tardives dans un pays en retard de plusieurs décennies dans ces domaines par rapport aux autres pays du Golfe (dont le tissu social et économique est proche de celui du Royaume des Saoud) et encore plus en retard par rapport aux autres pays arabes et musulmans. Ces derniers ont dépassé ces questions depuis bien longtemps puisque des femmes y ont exercé la fonction suprême (au Pakistan et au Bangladesh par exemple) et ne se sont pas contentées de rester derrière le volant.

Un autre visage difficile à défendre

Cette rencontre révèle aussi, sans grands efforts d’interprétation, que la jeunesse du Prince héritier (32 ans), son sourire et son enthousiasme pour le changement politique, social et économique ainsi que pour la confrontation avec les ennemis du Royaume, ne peuvent dissimuler son autre visage, difficile à défendre et apparaissant au grand jour dans de nombreuses affaires. Il a par exemple donné son avis sur l’arrêt des violations des droits de l’homme en déclarant : « On ne change pas ce qui marche ! », en d’autres termes, tant que ces violations sont utiles pour faire taire les critiques et toutes formes d’opposition en faisant fi des lois internationales et nationales, pourquoi y mettre un terme ?

Pourquoi n’y a-t-il pas de modernisation politique

Le problème est que cette logique peut s’appliquer à tout ce qui se passe en Arabie saoudite avant le couronnement de Ben Salman. Pourquoi encourager la liberté des femmes, qui n’est rien de plus qu’un droit reconnu mondialement, tout en oubliant les autres droits de l’homme comme la liberté d’expression, de manifestation et de déplacement ? Pourquoi les lois ne sont-elles pas respectées ? Pourquoi n’y a-t-il pas de modernisation politique, même modeste, respectant les principes de la démocratie moderne, afin que tout cela ne semble pas être juste l’affirmation du pouvoir d’un individu, concentrant tous les pouvoirs et faisant taire tous ses opposants sous prétexte de changement ?

Un « traitement de choc »

Dans son entretien avec le Washington Post, le Prince héritier indique que la situation du Royaume nécessite un « traitement de choc », assimilant ses réformes à la chimiothérapie. Ces comparaisons et figures de style ne sont qu’un moyen de justifier la terrible violence utilisée contre les opposants au Prince héritier à l’intérieur de la société saoudienne. Il y a parmi eux des membres de la famille royale peu enthousiastes envers ses plans, mais le Prince a déclarée qu’il l’avait « soumise » et « utilisé la violence pour l’éduquer » ; ce qui est pour le moins discutable.

La soumission, le traitement de choc et l’éducation ont visé les élites politiques, économiques et religieuses du Royaume ainsi que toute personne s’opposant aux politiques du Prince et à ses modalités d’application. Les opposants n’ont bénéficié d’aucune garanties législatives ou politiques au cours de ces opérations de soumission et « d’éducation ». C’est ce qu’on appelle le despotisme, qui ne peut mener au bout du compte au changement voulu par le peuple saoudien et les peuples de la région.

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