Matthew Hedges : il n’y a pas que la politique qui soit interdite aux Emirats, la science aussi !

Le doctorant britannique Matthew Hedges

La condamnation à perpétuité du doctorant britannique pour espionnage est un coup de com’ des services de sécurité émiratis

Al-Quds Al-Arabi – Jeudi 22 novembre 2018

Matthew Hedges (31 ans), doctorant à la prestigieuse université britannique de Durham, a choisi d’étudier « l’impact du printemps arabe sur les Emirats et leurs politiques intérieures et extérieures ».

Hedges a choisi ce sujet car il est spécialisé dans le Moyen-Orient et a passé son enfance aux Emirats (son père y réside). Comme cela va de soi dans de telles recherches, le doctorant a décidé de se rendre dans le pays qu’il étudie. Il a fourni tous les papiers qui lui étaient demandés et a embarqué pour Dubaï il y a environ six mois.

Après deux semaines de recherche, au cours desquelles il a rencontré des personnes en lien avec son sujet, Hedges a été arrêté à l’aéroport de Dubaï le 5 mai dernier et accusé d’espionnage.

Hedges est un citoyen britannique et son pays entretient des liens étroits avec les Emirats. Malgré cela, il a été conduit à deux audiences en octobre dernier dans un tribunal des services de sécurité à Abou Dhabi. Il a dû attendre la troisième audience pour avoir un avocat. Cette dernière s’est déroulée avant-hier et n’a pas duré plus de cinq minutes, à l’issue desquelles il a été condamné à la prison à vie.

Les autorités émiraties et leurs médias prétendent que Hedges a « avoué » avoir espionné les Emirats pour le compte d’un autre Etat, et avoir porté atteinte à la sécurité militaire, politique et économique des Emirats. Hedges a bien entendu réfuté toutes ces accusations et ses proches confirment que ses aveux lui ont été extirpés sous la contrainte par les autorités d’Abou Dhabi, qui lui ont fait signé une feuille écrite en langue arabe (qu’il ne maîtrise pas) sur laquelle s’est appuyé le tribunal spécial pour son terrible verdict.

Il n’y a pas besoin de faire de longues recherches pour savoir que Hedges n’est pas un collègue de James Bond et qu’il n’a pas utilisé de gadgets d’espion durant ses travaux. Il y a fort à parier que ses recherches sont moins dangereuses pour Abou Dhabi que les révélations des médias occidentaux sur les affaires d’espionnage et les complots contre des « Etats étrangers », d’enrôlement de mercenaires étrangers pour perpétrer des assassinats et de coopération avec des entreprises high-tech israéliennes pour espionner le peuple et les téléphones des opposants (mais aussi de ses alliés !).

Tout cela de la part d’un Etat qui se vante d’être un pôle économique, commercial et touristique mondial, de construire des villes écologiques, de fonder un gouvernement numérique, d’abriter des conférences, des universités aux noms pompeux… Pourquoi donc provoquer un tel scandale judiciaire, politique et scientifique ?

La réponse est que toutes ces apparences clinquantes de la modernité aux Emirats ne sont que les masques d’un régime autoritaire dirigé par les services de sécurité, qui se convainquent de leur importance en persuadant les gouvernants que le danger est partout.

Pour les officiers des services de sécurité arabes, un doctorant dont la thèse n’allait avoir aucun impact (si ce n’est peut-être de rendre son auteur docteur) se transforme en dangereux criminel espionnant pour le compte d’un Etat étranger et menaçant la sécurité nationale. Nous voudrions bien savoir ce que pense le fameux Ministère émirati du bonheur de cette affaire ?

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