Manbij : victoire stratégique turque ou retrait tactique américain ?

Les Ministres des affaires étrangères turc et américain

La Turquie avance dans le Nord de la Syrie aux dépends des Kurdes, à nouveau trahis par les Etats-Unis

Al-Quds Al-Araby – Mercredi 6 juin 2018

Lors de leur dernière rencontre à Washington, le Ministre des Affaires étrangères américain Mike Pompeo et son homologue turc Mevlut Cavusoglu sont parvenus à un accord au sujet de la ville de Manbij, au Nord de la Syrie. Il s’agit d’une « feuille de route » destinée à sécuriser et stabiliser cette ville aux mains des Unités de protection du peuple kurdes.

« un tournant dans les relations entre les deux pays »

Cavusoglu avait annoncé avant la rencontre qu’Ankara et Moscou étaient tombées d’accord sur ce dossier et que cela constituerait « un tournant dans les relations entre les deux pays ». Il semble que ça soit effectivement le cas puisque l’accord a été accompagné d’une deuxième déclaration du Ministre des Affaires étrangères turc confirmant que l’accord sur la livraison d’avions américain F-35 restait inchangé. Il a ajouté que son pays refusait « les menaces du congrès américain concernant cette transaction ».

La feuille de route de Manbij prévoit que des détachements de l’armée turque et des membres des services secrets turcs et américains veillent à la sécurité dans la ville après le retrait des forces kurdes. L’étape suivante inclut l’adoption d’un outil de surveillance, la constitution d’une direction locale sous 60 jours, ainsi que la formation de conseils civil et militaire afin de garantir la sécurité des habitants de la ville, quelle que soit leur ethnie.

Une nouvelle carte dans les négociations entre les différentes puissances

La Turquie considère cet accord comme une victoire stratégique renforçant sa présence militaire à l’intérieur des frontières syriennes en général, et dans des régions à majorité kurde en particulier. De plus, il valide l’opération militaire turque qui est parvenue à faire sortir les forces militaires kurdes d’Afrin et rejoint un autre plan établit par la Turquie dans l’opération « Bouclier de l’Euphrate ». Enfin, cet accord donne à Ankara une nouvelle carte alors que les négociations entre les différentes puissances s’affrontant en Syrie pour se partager le gâteau approchent. Cavusoglu s’est donc montré enthousiaste envers cet accord et il a sous-entendu qu’il pourrait s’appliquer à d’autres régions de la Syrie, c’est-à-dire celles contrôlées par les Forces démocratiques syriennes.

Mise en œuvre de la décision du Président Donald Trump

Du côté américain, l’accord concernant Manbij pourrait être une première étape vers la mise en œuvre de la décision du Président Donald Trump de se retirer progressivement de Syrie. Il l’avait annoncée fin mars dernier, tout en précisant que les Etats-Unis « donneront l’occasion aux autres pays de prendre les choses en mains ». Etant donné que le communiqué commun concernant Manbij parle d’un accord entre « deux membres de l’OTAN engagés à traiter leurs préoccupations communes dans un esprit de partenariat entre alliés », il est probable que Washington ait aussi réalisé des gains stratégiques derrière cette approche favorable aux intérêts turcs.

Les forces kurdes en Syrie ont sans doutes ainsi été victimes d’une nouvelle trahison de leur allié américain, après celles d’Afrin et de Tel Rafaat. Les Kurdes feraient bien de méditer ces leçons longuement s’ils veulent éviter d’autres humiliations. Quant au régime syrien, on ne lui demande même plus son avis en ce qui concerne les accords entre puissances étrangères pour diriger telle ou telle région du pays et violant la souveraineté nationale ici et là.

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