Macron et la nouvelle colonisation de l’Afrique

Le Président français Emmanuel Macron et l'Afrique

La France repart à l’assaut de l’Afrique avec ses entreprises et la « lutte contre le terrorisme »

Al-Araby Al-Jadid – Lundi 5 mars 2018

Par Mohammed Taifouri, écrivain marocain et chercheur à l’université Mohammed V de Rabat

Renouer avec le glorieux passé de la France

Le Président français, Emmanuel Macron, veut renouer avec le glorieux passé de la France, Etat influent sur la scène internationale, en tirant parti de plusieurs facteurs : en premier lieu, la tension des relations entre les pays de l’Union Européenne et la nouvelle administration américaine ; et l’entrée des pays de l’Union européenne dans une période d’incertitudes avec les crises internes (Brexit, croissance du populisme, dangers sécuritaires…).

La diplomatie française a retrouvé son dynamisme dès l’entrée du jeune Président au Palais de l’Elysée. Elle s’est activée de manière notable dans des dossiers chauds sur la scène internationale et a réussi à en débloquer certains (la détention de Saad Hariri à Riyad par exemple), ce qui a donné confiance à Macron sur les capacités de son pays à retrouver la cour des grands après le recul diplomatique évident sous Nicolas Sarkozy et l’immobilisme sous François Hollande.

Plusieurs obstacles se dressent sur son chemin : certains sont liés à la crise intérieure française à plusieurs niveaux, mais la plupart sont en liens avec les changements extérieurs qui imposent à la France un nouveau rythme, si elle désire retrouver le club des grandes puissances.

Une sécurisation des intérêts français en Afrique

Macron a compris cela très tôt et c’est ce qui l’a poussé, dès ses premiers jours de Président, à orienter la politique étrangère vers un ancrage et une sécurisation des intérêts français en Afrique pour préserver l’arrière-cour de Paris dans cette région, qui représente ses anciennes colonies. Pour cela, il faut renforcer la compétitivité et écarter les puissances cherchant à poser un pied dans le continent de l’avenir. Mais cette orientation place Macron devant ses contradictions puisqu’il a déclaré, en pleine campagne électorale, au mois de février 2017 : « La colonisation fait partie de l’histoire de France et c’est un crime contre l’humanité ». Beaucoup avaient alors considéré ces paroles comme une condamnation publique sans précédent des crimes de la colonisation et une trahison envers la France. Le Président a tenu les mêmes propos dans un autre discours, au cœur de l’Afrique cette fois-ci, un peu moins virulent : « Il y a eu des crimes graves mais il y a eu aussi des éléments de civilisation et des histoires heureuses ».

Oublier le passé et regarder vers l’avenir

Il est évident que Macron veut se présenter comme un jeune Président issu du monde de l’après-colonisation et il n’est donc pas prêt à assumer tout cet héritage. Pour lui, il y prescription de ces crimes, qui appartiennent à une histoire à dépasser. Il lui suffit donc, à lui ainsi qu’aux Africains, d’oublier ce passé et de regarder vers l’avenir.

Ces vœux pieux et déclarations sont uniquement destinés aux médias : Macron sait bien que ce continent est une zone prometteuse pour les investissements, avec un potentiel humain de plus d’un milliards d’habitants et dont la plupart des Etats ont besoin d’investissements considérables dans les infrastructures et les services. Il est aussi conscient que de nombreuses entreprises incarnant la force de la France dans le secteur des affaires s’appuient, de manière principale, sur les investissements en Afrique et qu’elles n’ont que faire de ce discours « progressiste ».

Une nouvelle politique coloniale dans laquelle les grandes entreprises françaises prennent la place de l’Etat français

Les faits révèlent que Macron est obsédé par le redéploiement de la domination française sur le continent noir, au moyen d’une nouvelle politique coloniale dans laquelle les grandes entreprises françaises prennent la place de l’Etat français, dont l’influence a diminué et qui n’est plus capable d’établir ou de renverser les régimes, en achetant les loyautés tribales et en finançant les bandes locales.

La politique d’afflux des entreprises, qui doivent exercer leur influence à la place de l’Etat afin d’éloigner les soupçons de velléités colonialistes, est un choix périlleux selon les experts de la diplomatie française ; notamment au moment où l’influence française essuie des revers successifs en Afrique, à cause de l’image restée gravée dans la mémoire africaine de hordes de sociétés occidentales prenant d’assaut le continent durant plus d’un siècle.

« la lutte contre le terrorisme »

Macron n’a donc plus que « la lutte contre le terrorisme » pour tenter de rétablir l’influence de son pays dans le continent africain, qui est devenu une orientation stratégique de la France. C’est pourquoi il n’a pas hésité à renforcer la présence militaire de son pays dans la région alors qu’on parlait, après les attaques terroristes successives sur le territoire français, d’un retrait militaire des zones de tension. Partant de là, la Présidence française a accentué ses efforts pour former des forces militaires et les déployer au Sahel, dans les cinq pays de la région (Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso et Mauritanie). Ceux-ci vont se voir confier la mission de surveiller la région avec une force composée de 5 000 soldats français, décrite par Macron comme « une solution africaine aux problèmes africains ».

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