L’Iran et le Hezbollah vont-ils rétablir l’Alliance Syrie-Hamas ?

AFP/Getty Image-AP Photo, Files

Les États arabes renouent progressivement leurs relations diplomatiques avec le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad. Alors que l’Iran et le Hezbollah libanais ont été les principaux défenseurs du retour de la Syrie dans le cercle diplomatique du monde arabe, tous deux tentent également de faciliter le rétablissement des relations entre Damas et le Hamas. Ceci pourrait bientôt se produire malgré la décision du groupe palestinien de prendre parti contre Assad en 2012.


Le déclenchement de la crise syrienne en 2011 a placé le Hamas dans une position difficile. Lié idéologiquement aux Frères musulmans syriens, mais parrainé par le régime de Damas depuis les années 1990, le groupe palestinien a finalement pris la décision de soutenir les Frères et de rompre les liens avec Damas en 2012.  Ce faisant, le Hamas a terni ses relations avec l’Iran et le Hezbollah libanais, en se rapprochant du gouvernement égyptien alors dirigé par les Frères musulmans, du Qatar et de la Turquie, qui ont tous soutenu les rebelles sunnites luttant pour renverser le régime soutenu par Téhéran à Damas.

Pourtant, après avoir finalement resserré leurs liens avec le Hamas en 2017 et 2018, les responsables iraniens et le Hezbollah libanais ont passé un an et demi à tenter de rapprocher le groupe palestinien à la Syrie. Ils veulent restaurer « l’axe de résistance  » qui comprenait Gaza jusqu’à la scission syrienne. L’an dernier, certains signes indiquaient que ces efforts pouvaient bientôt porter leurs fruits. En Décembre 2018, le représentant du Hamas au Liban, Ali Barakeh, a réagi au bombardement israélien du 26 décembre en Syrie en déclarant qu’il s’agissait d’une « attaque contre la Palestine ». Quelques jours plus tôt, un autre haut responsable du Hamas avait déclaré qu’il espérait que la Syrie soit en mesure de « surmonter son épreuve, de se rétablir et de prospérer ». L’un des principaux partisans de la réconciliation du Hamas et de Damas est Mahmoud al-Zahar (homme politique Palestinien membre du Hamas), qui a rencontré des responsables iraniens et des membres du Hezbollah pour discuter du conflit syrien et d’un éventuel rapprochement Damas-Hamas.

L’année dernière, Al-Zahar a déclaré : « Le Hamas et la Syrie n’ont pas besoin de se pointer du doigt et de s’accuser mutuellement sur des choses appartenant au passé. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est de coordination et de coopération pour libérer les territoires occupés par Israël. » Le Hamas veut que la Syrie se rétablisse, sans ingérence au sein des affaires intérieures syriennes. La position du mouvement sur la crise syrienne est justifiée selon ce dernier.

À l’avenir, il est fort probable que le Hamas poursuivra ses efforts, non sans intérêt, en rétablissant des relations avec le régime syrien. De tous les facteurs qui poussent le groupe palestinien vers Damas, le plus important semble être le désir du Hamas d’obtenir le soutien militaire de la Syrie qu’il a reçu dans le passé. En outre, Téhéran et le Hezbollah libanais considèrent que les perspectives d’un rapprochement entre le Hamas et la Syrie sont bénéfiques pour leurs propres intérêts. Cela s’explique principalement par des facteurs opérationnels qui renforceraient les positions stratégiques de l’Iran et de son mandataire libanais vis-à-vis d’Israël, ainsi que des États anti-iraniens du Golfe.
Néanmoins, il existe un fossé entre le Hamas et le palais d’Al-Muhajireen (Damas).

Principalement, le gouvernement syrien n’a pas été aussi ouvert à la réconciliation avec le Hamas que ne l’est ce dernier. Les personnalités du régime du président Bachar al-Assad sont toujours hostiles au Hamas, qu’elles accusent d’avoir trahi en ne soutenant pas le régime pendant la guerre civile. Assad lui-même a récemment eu des mots durs à l’encontre du Hamas lorsqu’il a déclaré: « Les mouvements de résistance palestiniens utilisent la résistance pour atteindre des objectifs politiques sous prétexte de religion. »

Les victoires du régime sur les forces rebelles sunnites et sur l’État islamique, ainsi que les nombreux gains diplomatiques réalisés dans le monde arabe grâce à la réouverture des missions diplomatiques à Damas et à la réouverture progressive de leurs relations économiques, ont enhardi les dirigeants à Damas. Désormais en position de force, le gouvernement syrien peut imposer ses conditions au Hamas pour la restauration de l’alliance Damas-Hamas. Le Hamas pourrait se distancier d’Ankara et de Doha jusqu’à ce que les gouvernements turc et qatarien rétablissent leurs relations avec Damas.
Bien qu’au cours de ces deux dernières années, l’Iran et le Hezbollah aient déterminé que la réconciliation avec le Hamas devait servir leurs intérêts stratégiques dans la région. Il faudra peut-être du temps avant que le régime syrien parvienne à cette même conclusion et accepte de rétablir ses liens avec le Hamas. Si l’alliance Damas-Hamas est renouvelée, l’Iran aura atteint un objectif majeur.  En effet, cette rupture entre Damas et le Hamas représente la pire crise que « l’axe de résistance » ait connue depuis 2011. Même si le Hamas revient dans le « bloc » dirigé par l’Iran en rétablissant ses liens avec la Syrie, il se rapprochera probablement plus prudemment de  » l’axe de la résistance  » qu’il ne l’aurait fait avant le printemps arabe, considérant, en effet, une dépendance excessive à l’égard de l’Iran comme une faiblesse. Le Hamas est prêt à tirer les leçons de ses erreurs passées. A titre d’exemple, il s’agit notamment de son « incapacité » à équilibrer ses relations régionales et de l’impact négatif du coup d’État égyptien de 2013 mettant fin au pouvoir pro-Hamas des Frères Musulmans, ainsi que de la crise du Qatar qui a entraîné une  forte diminution du soutien de Doha au Hamas.

En ce qui concerne le Qatar, le Hamas a déclaré le mois dernier qu’il rejetait la troisième tranche d’un don qatarien à Gaza. Cette décision était due au blocage par Israël du transfert de fonds au Hamas, en utilisant les fonds qatariens comme monnaie d’échange pour faire pression sur le Hamas afin qu’il empêche les habitants de Gaza de manifester, selon le porte-parole du groupe palestinien.

Dans ce contexte, les efforts du groupe palestinien pour établir de nouveaux liens, ou renforcer les liens existants, avec les gouvernements de l’Algérie, de l’Égypte, de la Malaisie et même des Émirats arabes unis soulignent l’intérêt du Hamas de diversifier ses partenariats pour éviter de paraître trop pro-iranien ou trop dépendant de tout gouvernement en particulier. Les relations futures du Hamas avec le régime d’Assad seront importantes. Toutefois, le Hamas accordera la priorité au maintien d’une indépendance suffisante pour lui permettre de naviguer dans l’instabilité géopolitique du Moyen-Orient et les différends idéologiques.

Par Giorgio Cafiero 
Traduction Alexandra Allio De Corato 

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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