L’intervention télévisée de Nasrallah

Abdelbari Atwan

Sept points dans l’entretien de Nasrallah tracent la feuille de route de la prochaine étape.

Rai Al-Youm – Dimanche 27 janvier 2019

Par Abdelbari Atwan.

Contrairement à nous, beaucoup pensaient que Hasan Nasrallah apparaîtrait sur la chaîne Al-Mayadeen samedi soir le teint pâle, amaigri, entouré de médecins et d’infirmiers, assis sur un lit d’hôpital ou une chaise roulante ; suite aux rumeurs répandues sur les médias israéliens et certains médias arabes. Leur espoir a été déçu : Nasrallah est apparu souriant, s’exprimant avec intelligence comme à son habitude et avec des idées bien ordonnées. Il a présenté aux millions de téléspectateurs qui attendaient son apparition la prochaine feuille de route et une analyse stratégique complète des événements passés et futurs dans la région, étayée par une mine d’informations inédites.

Dans cet entretien, Nasrallah n’a pas seulement prouvé qu’il était le « maître » de la résistance, mais aussi de la guerre psychologique en insufflant encore davantage de peur dans les esprits des Israéliens. Il les a tournés contre le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui les trompe et se prépare à une aventure militaire pour des raisons électorales et personnelles (accusations de corruption), qui pourrait lui causer bien des catastrophes. Netanyahou a donc essayé d’amortir la « frappe préventive » de Nasrallah en parlant des forces militaires « destructrices » de l’armée israélienne, mais cet avertissement n’a aucune valeur et ne fait qu’augmenter l’angoisse des colons israéliens car elles ont démontré leur inutilité dans la guerre contre la résistance libanaise en 2006 et face aux héros de la bande de Gaza durant la dernière agression, il y a un mois : un seul missile atteignant Ashkelon au sud de la Palestine occupée a poussé Netanyahou à se précipiter vers l’Egypte en demandant un cessez le feu très rapide (après 48 heures).

Pourquoi s’est-il concentré sur les missiles de « précision » tout au long de l’entretien ? Quelle est la vraie raison de leur danger ?

Toutes les déclarations de Nasrallah dans cet entretien ont une importance stratégique, que ce soit les tunnels, le mur israélien à la frontière libanaise ou la situation interne au Liban ; mais plusieurs points principaux ont attiré notre attention, celle des Israéliens et fatalement de leurs alliés arabes :

1. Il a confirmé que le Hezbollah possédait « assez » de missiles « de précision » pour frapper des cibles israéliennes militaires et civiles importantes comme les aéroports (civils et militaires), les stations hydrauliques et électriques, les réserves d’ammoniac, à Haïfa et au-delà, et même le réacteur nucléaire à Dimona.

2. Il a clairement parlé pour la première fois de l’opération en cours d’envahissement et de libération de la Galilée, qui fait fondamentalement partie de la stratégie de la résistance. Cet envahissement passera par toute la frontière et non quatre tunnels, comme l’ont dit Netanyahou et ses malheureux services de renseignement.

3. La Palestine toute entière sera le théâtre de la prochaine guerre. Les missiles de la résistance frapperont toutes les villes et en premier lieu Tel-Aviv.

4. Cette guerre pourrait être déclenchée par une erreur de Netanyahou en Syrie ou dans la bande de Gaza. Nasrallah a averti Netanyahou et les Israéliens sur le fait que toute agression se payerait très cher.

Tel Aviv sera-t-elle bombardée après la prochaine agression contre la Syrie ?

5. A n’importe quel instant, la Syrie et l’axe de la résistance peuvent décider de réagir différemment envers les agressions israéliennes en Syrie, en bombardant Tel-Aviv par exemple. Jusqu’à présent, l’axe de la résistance donnait la priorité aux affaires internes mais il est maintenant dans une position qui lui permet de s’occuper directement des agressions israéliennes. En d’autres termes, le temps du silence et de l’absence de réaction est révolu.

6. Nasrallah a confirmé que la transaction du siècle était gelée car son soutien principal, le Prince Mohammed Ben Salman qui était chargé de la vendre au niveau arabe en échange du trône pour un demi-siècle, est cerné par les crises internes et externes, et cherche du secours.

7. Le bourbier à l’Est de l’Euphrate concerne les Turcs et les Kurdes. Erdogan a reconnu en revenant à l’accord d’Adana que le retour de l’armée syrienne au Nord et à l’Est constituait une sortie de crise pour tout le monde. Il a aussi reconnu qu’Idlib embarrassait la Turquie à cause d’Al-Nosra et que la solution politique était la plus probable.

Pourquoi nous applaudissons la réponse syrienne déterminée à la lettre saoudienne transmise par Al-Bachir à Al-Assad ?

Nous applaudissons Nasrallah quand il déclare que la reconnaissance par Trump de sa défaite en Syrie et le retrait de ses troupes ont poussé certains pays arabes à se précipiter à Damas. Il nous a ravi en disant que les dirigeants syriens avaient refusé un message de l’Arabie saoudite porté par le Président Omar Al-Bachir afin qu’ils demandent leur retour dans la Ligue arabe. Ils ont répondu au Président que c’était à ceux qui avaient fait sortir la Syrie de la Ligue de l’y faire rentrer à nouveau. C’est bien la Syrie que nous connaissons : la Syrie de la fierté et de la dignité, qui reste fidèle à ses principes dans les pires moments.

Nous avons été encore plus ravis quand Nasrallah a affirmé que la Syrie serait fidèle à tous ceux qui se sont tenus à ses côtés durant les moments difficiles. Elle sera aussi fidèle à ses devoirs envers ses frères arabes malgré l’amertume qu’elle ressent.

Nasrallah a été « grand » comme à son habitude en parlant de Saad Al-Hariri et de certaines voix « discordantes » dans le Courant patriote libre libanais ; il ne s’est pas laissé aller à de basses déclarations mesquines.

Si chaque période de silence de deux ou trois mois est suivie d’une telle vision stratégique rassurant tous ceux qui ont misé sur l’axe de la résistance, ils sont les bienvenus. Nous ne nous apitoieront pas sur ceux qui ont misé sur Netanyahou et ses mensonges en prévoyant le pire. L’axe de la résistance triomphera, point à la ligne.

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