Les socialistes au Yémen

Le journaliste yéménite Abdalilah Al-Harby

Les idées de gauche sont implantées depuis longtemps au Yémen mais elles se heurtent au tribalisme et aux puissances étrangères

Al-Araby Al-Jadyd – Lundi 5 mars

Par Abdelilah Al-Harby

Quand on parle des socialistes au Yémen, il faut jeter un coup d’œil sur leur histoire. Les idées de gauche ont commencé à se répandre rapidement au Yémen durant les années 50 ; d’abord dans la ville d’Aden, alors sous occupation britannique, où plusieurs organisations politiques ont adopté la pensée socialiste. Ces organisations ont joué un rôle important face à la colonisation et pour chasser l’occupant du Sud du Yémen. Le défunt Abdallah Badheeb est considéré comme le pionnier de la pensée de gauche au Yémen.

Une menace pour le tribalisme

Durant la résistance au colonisateur, ces organisations ainsi que des forces révolutionnaires et populaires refusant la présence coloniale ont donné naissance au Front populaire, qui a pris les armes pour chasser l’occupant du Sud du Yémen. Au Nord, la gauche était bien sûr très présente après la révolution de septembre (1962) et la plupart des haut-gradés de l’armée yéménite appartenaient à ce courant de pensée. Comme ils constituaient une menace pour le tribalisme au pouvoir et pour sa persistance sous une forme répressive, tyrannique et arriérée, on s’est peu à peu débarrassé de ces hauts-gradés. Cette opération a commencé avec les événements sanglants d’août  (1968), où certains de ces militaires ont été liquidés. On trouve parmi eux le martyr Abdul Raqeeb Abdul Wahhab, commandant des troupes ayant brisé le « siège des 70 jours » de Sanaa (1967-68).

Au Sud, la République Démocratique Populaire du Yémen a été fondée. Elle a adopté une politique socialiste pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que le Yémen du Sud se composait de plus de vingt sultanats, dont les terres appartenaient à de petits sultans pour qui les paysans n’étaient que de simples serviteurs. Cela a justifié la nationalisation, qui a été menée dans le Sud, et qui a eu des effets négatifs sur le futur du pays.

Une nouvelle société

Les socialistes ont réussi à construire un Etat fort sur les ruines des nombreux sultanats au Sud du Yémen. Ils ont réussi à y faire naître une nouvelle société, gouvernée par la loi. Certaines loyautés régionales ont persisté parmi les dirigeants et elles ont entraîné quelques confrontations armées, dont les événements sanglants du 13 janvier (1986), qui ont été fomentés de l’étranger afin de mettre fin à l’Etat du Yémen du Sud.

Les socialistes, quand ils étaient au pouvoir, ont essayé d’implanter le concept d’unité nationale du grand Yémen et cela explique en grande partie l’enthousiasme des habitants du Sud pour l’unité du pays.

Une fois l’unité du Yémen réalisée, des forces tribales et religieuses se sont liguées contre les socialistes. Les médias, sous toutes leurs formes, ont été utilisés activement, ainsi que les madrasas, les mosquées et les écoles d’enseignement du Coran, pour ternir l’image des socialistes et leurs idées. Cela a eu pour résultat la guerre de l’été 1994, menée par Ali (Abdallah) Saleh, Abdallah Al-Ahmar et Abdul Majeed Al-Zendany.

Le projet tribal a triomphé sur celui de l’Etat

Cette guerre n’a en fait pas opposé les unionistes aux sécessionnistes, comme veulent le faire croire les vainqueurs aux gens. C’était une guerre entre deux projets : celui de l’Etat laïc moderne et celui du tribalisme. Le projet tribal a triomphé sur celui de l’Etat, puis le parti socialiste yéménite a été encadré, ses locaux ont été occupés, ses biens et ses moyens de communication confisqués.

Les socialistes yéménites souffrent encore des conséquences de cette guerre et demeurent des partisans d’un Etat laïc moderne, gouverné par la loi. Leur position est claire vis-à-vis de tous les événements qu’a traversés et traverse le Yémen : ils sont contre la guerre, contre la violence, pour le gouvernement légitime et pour l’établissement d’un Etat laïc reposant sur le droit.

Lien vers l’article original

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*