Les Etats-Unis sont-ils une force positive au Moyen-Orient ?

Les USA au Moyen-Orient

Le discours de Pompeo au Caire a définitivement enterré tous les espoirs suscités par le discours d’Obama en 2009

Al-Arabi Al-Jadeed – Vendredi 25 janvier 2019

Par Osama Abuirsheid, écrivain et chercheur palestinien résidant à Washington

Le Ministre des Affaires étrangères américain, Mike Pompeo, a prétendu dans son discours à l’Université américaine du Caire, il y a deux semaines, que les Etats-Unis étaient « une force positive au Moyen-Orient ». Il a même ajouté : « Quand l’Amérique recule, il s’en suit généralement l’anarchie. Quand nous négligeons nos amis, la haine augmente. Quand nous collaborons avec nos ennemis, ils progressent ». Pompeo ne s’est pas arrêté là, il a prétendu que « l’Amérique était, et restera toujours, une force de libération et non une force d’occupation ». Il n’a pas oublié de faire une allusion à l’ex-Président américain Barrack Obama, qui avait adressé un discours au monde musulman dans la même université en juin 2009, avec pour titre « un nouveau départ ». Il l’a accusé, sans mentionner son nom, d’avoir mal lu l’histoire et mal compris qu’il était à un moment historique en parlant des fautes de l’Amérique et en déclarant que le « terrorisme islamiste » ne provenait pas d’une idéologie. Cela a conduit aux révolutions arabes, qui ont entraîné d’après lui l’anarchie et ouvert la voie aux courants extrémistes comme DAECH. Il est arrivé à la conclusion suivante : « Heureusement, l’époque de l’auto-flagellation américaine est terminée, tout comme les politiques qui ont causé beaucoup de souffrances sans raison. Maintenant, il s’agit d’un véritable nouveau départ ». C’est pourquoi sa conférence était intitulée : « Une force pour le bien : l’Amérique renaît au Moyen-Orient ».

Au-delà du fait que Pompeo a transgressé une tradition américaine bien ancrée, qui consiste pour tout responsable à s’abstenir de critiquer l’ancien Président en dehors des Etats-Unis, ce discours est une tentative de réécriture fallacieuse de l’histoire. Que les politiques des deux administrations Obama aient été en accord avec les valeurs exprimées dans son discours du Caire ou non, le fait est que beaucoup de choses qu’il avait alors dites étaient vraies. Il avait parlé de l’erreur des Etats-Unis qui ont ignoré pendant des décennies les désirs de liberté, de dignité et de démocratie des peuples arabes, et ont même soutenu des régimes dictatoriaux répressifs. Il avait aussi déclaré que les Etats-Unis avaient abandonné nombre de leurs valeurs après les attaques du 11 septembre 2001. Le paradoxe est que Pompeo nous a parlé d’une « renaissance de l’Amérique » en tant que « force positive au Proche-Orient » mais il n’a pas trouvé beaucoup de choses positives à évoquer. Il a juste fait l’inventaire des politiques américaines ignobles dans la région en les qualifiant de « bonnes actions ».

Dans son discours, Pompeo n’a pas parlé des libertés, de la démocratie et de la prospérité économique pour les peuples de la région. Il n’a pas du tout parlé de la nécessité d’ouvertures politiques dans les Etats de la région, afin d’éviter les déflagrations. Pompeo nous a juste annoncé davantage de guerres, de conflits, de morts et de destructions, au nom de la guerre contre le terrorisme. Il n’a pas hésité à jeter du sel sur les plaies béantes des peuples du monde arabe en rappelant que la première visite à l’étranger du Président Donald Trump après son intronisation en 2017 avait eu lieu dans la région, pour assister au sommet de Riyad sur l’extrémisme et la lutte contre le terrorisme. Pompeo ne s’est pas arrêté là dans ses bonnes nouvelles : les Etats-Unis continuent à combattre DAECH, ils tentent de contenir l’Iran, ils participent à la guerre au Yémen que l’axe saoudo-émirati a transformé en guerre de destruction du Yémen et de millions de Yéménites sans avoir vaincu les Houthis ; ce qui a poussé le Congrès américain, républicains et démocrates confondus, à voter pour la fin du soutien américain à cette guerre catastrophique qui a semé la famine, les épidémies et la mort parmi les Yéménites.

Pompeo ne s’est pas arrêté là. Il fallait bien une dose d’humiliation pour les régimes autoritaires dont il fait l’éloge, considèrant que son pays avait fait l’erreur de soutenir les révolutions populaires qui se sont dressées contre eux, en déclarant : « Nous avons respecté notre parole », avant d’ajouter : « Le Président Trump a promis durant sa campagne électorale de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. En mai, nous y avons transféré notre ambassade ». Quelle humiliation pour ces régimes qui ont abandonné leur dignité et la souveraineté de leurs peuples au profit des Etats-Unis en échange du trône ! Pompeo a continué en faisant l’éloge du régime égyptien : « Je salue les efforts fournis par le Président Al-Sissi pour renforcer les libertés religieuses, qui constituent un exemple à suivre pour tous les chefs d’Etat et peuples du Moyen-Orient ». Pompeo ne fait pas la différence entre les Frères musulmans d’une part, DAECH et les autres courants violents d’autre part. Pour lui, ils adoptent tous la même « idéologie du terrorisme ». Le coup d’Etat en 2013 a donc sauvé l’Egypte. Il n’a pas évoqué le dossier des droits de l’homme catastrophique en Egypte, d’après le témoignage d’organisations internationales indépendantes. Il n’a parlé des plus de 60 000 prisonniers politiques dans ce pays. Il s’est contenté d’exprimer sa joie suite à l’acquittement par le régime d’Al-Sissi de citoyens américains travaillant pour une ONG en Egypte.

Tout cela est la « vérité » de Pompeo, qui prend les peuples de la région pour des imbéciles. Si l’on compare le discours d’Obama au discours de Pompeo dans la même université au Caire, on peut dire qu’Obama était plus proche de la « vérité », sans l’avoir totalement dite. Il avait par exemple affirmé que la guerre d’Irak en 2003 était une guerre « choisie », contrairement à la guerre en Afghanistan qui était une nécessité car Al-Qaïda, qui avait planifié et exécuté les attaques de 2001, était retranché dans ce pays. Les enquêtes et les faits ont établi dans les années suivant l’agression contre l’Irak que l’administration Bush avait inventé des liens entre le régime de Saddam Hussein et Al-Qaïda. La suite a été un renforcement des forces d’Al-Qaïda après l’agression et l’apparition de DAECH, qui s’est étendu dans l’anarchie de la région causée par l’administration Bush. Aujourd’hui, Pompeo vient nous dire que « l’Amérique était, et restera toujours, une force de libération et non une force d’occupation » ! Il ne s’agit de rien d’autre qu’une tentative désespérée de travestir les faits et la réalité, et de réécrire l’histoire ! Les politiques des Etats-Unis au Moyen-Orient étaient et demeurent en majorité mauvaises et néfastes. Il suffit d’écouter le discours de Pompeo au Caire pour en trouver toutes les preuves. Voilà la véritable « honte » dont Pompeo prétend que l’Amérique s’est libérée au Moyen-Orient.

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