Les dictatures arabes : l’acide du développement et la scie de la réforme !

Khashoggi Ben Barka El Helou

Les méthodes d’assassinat changent mais les régimes arabes demeurent les mêmes

Al-Quds Al-Arabi – Lundi 29 octobre

Le tremblement de terre politique causé par l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi nous remet en mémoire d’autres assassinats célèbres perpétrés par les régimes arabes contre leurs opposants. On pense notamment à deux meurtres qui sont des plaies béantes dans l’histoire politique arabe et ont de nombreuses ressemblances avec l’assassinat de Khashoggi : ils se sont passés en dehors des pays des deux victimes, leurs détails sont restés mystérieux, les récits de l’exécution, de la torture et de la disparition du cadavre se sont multipliés, de nombreux groupes politiques et sécuritaires ont été accusés.

De grandes ressemblances entre El-Helou et Khashoggi

Le premier de ces meurtres est celui du leader communiste libanais Farajallah El-Helou, dont l’histoire de sa torture, de son exécution puis de la dissolution de son cadavre dans l’acide a enflammé l’imagination des hommes politiques et des activistes arabes. Elle est considérée comme une page sombre de l’histoire de la politique arabe.

Lorsqu’on observe les détails, on trouve de grandes ressemblances entre El-Helou et Khashoggi, malgré des contextes politiques et des appartenances idéologiques différents. Plusieurs décennies après cet événement, qui s’est déroulé en 1959, des informations importantes ont été révélées au sujet d’El-Helou, comme sa position critique envers l’Union soviétique après la reconnaissance de l’Etat d’Israël. Il a ainsi été dégradé dans le parti, s’est attiré l’hostilité de Moscou et de la direction stalinienne du parti communiste syrien représentée par Khalid Bakdash. Pour beaucoup, cela a joué un rôle dans le fait que la direction lui a demandé de rejoindre Damas (alors que Bakdash était en fuite à Prague), où il a été incarcéré puis assassiné par les hommes d’Abdel Hamid Al-Sarraj, le célèbre officier syrien et homme de confiance du Président égyptien Gamal Abdel Nasser durant l’unité syro-égyptienne.

Mehdi Ben Barka

Le second assassinat concerne le leader marocain Mehdi Ben Barka. Il a ébranlé la vie politique au Maroc et eu un impact tragique sur la gauche marocaine et mondiale, car Ben Barka avait une influence mondiale. Il a aussi marqué la période la plus tendue entre les partis politiques et les services de sécurité au Maroc.

Si El-Helou avait de nombreux ennemis, de nombreuses entités nationales et étrangères ont également été accusées de l’enlèvement et du meurtre de Ben Barka (53 ans avant l’enlèvement et l’assassinat de Khashoggi, au mois près). On a accusé le général Mohamed Oufkir, alors Ministre de l’intérieur (auteur d’un coup d’Etat contre le Roi Hasan II en 1972), et Ahmed Dlimi, chef des services de renseignement, d’avoir planifié son assassinat. De nombreux témoignages affirment que les services de sécurité français et des membres du Mossad israélien (ainsi que des services secrets américains) ont participé à cet assassinat. Le cadavre de Ben Barka n’a jamais été retrouvé et des témoignages disent qu’il a été jeté dans la Seine ou dissout dans l’acide.

Une intervention d’Israël

De nombreux journaux israéliens ont exprimé leur embarras car l’assassinat de Khashoggi pourrait avoir un impact sur le Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, notamment sur son rôle consistant à faire passer « la transaction du siècle » (la préoccupation saoudienne envers les suites de l’assassinat explique peut-être que l’activité israélienne se tourne actuellement vers Oman). Il y a donc une étrange ressemblance entre ces trois assassinats, dans lesquels les intérêts régionaux se rejoignaient dans l’élimination d’une personnalité influente, avec une intervention d’Israël.

Il y a un autre facteur auquel il faut prêter attention notamment dans le cas d’El-Helou : l’Etat de l’union entre la Syrie et l’Egypte brandissait les slogans du socialisme, de l’unité et de la liberté et il les a utilisés, ainsi que la popularité du pouvoir nasserien, pour détruire toutes les formes d’opposition en Egypte et en Syrie, qu’elles soient communistes ou islamistes. Cela a été une des raisons de la mort du régime nasserien (et ses semblables arabes), qui a été pitoyablement défait en 1967 avant de se démembrer et d’entamer une longue chute jusqu’à aujourd’hui.

Des slogans plus clinquants masquant un autoritarisme peu reluisant

Une chose similaire se passe en Arabie saoudite, où le Prince héritier brandit les slogans de la réforme et de la modernité pendant qu’il liquide tous ses adversaires politiques et ceux qui sont en désaccord avec lui, quelle que soit leur orientation politique. Cela est en contradiction flagrante avec les idées de réforme, de modernité et de développement. Aujourd’hui, il réédite les actions de l’Egypte nasserienne avec des slogans plus clinquants masquant un autoritarisme peu reluisant.

L’acide du développement a été remplacé par la scie de la réforme mais le résultat est le même.

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