Série d’assassinats de femmes irakiennes par des « inconnus »

La mannequin irakienne Tara Fares

Les assassinats politiques de femmes se multiplient en Irak avec la complicité des autorités

Al-Quds Al-Arabi – Samedi 29 septembre 2018

La mannequin et dauphine de Miss Bagdad a trouvé la mort jeudi soir dans le quatrième assassinat de suite d’une femme en Irak.

La vidéo de l’assassinat est de mauvaise qualité mais elle montre deux personnes sur une moto tirant trois balles sur Tara Fares, qui a ainsi rejoint l’activiste Souad Al-Ali, Rafif Al-Yasiri et Rasha Al-Hasan. Ces quatre femmes ont toutes été tuées par des « inconnus ».

La police a refusé de qualifier le meurtre de l’activiste Souad Al-Ali, qui soutenait les manifestations dans sa ville de Basra, de politique. Elle a déclaré que cet assassinat n’avait aucun lien avec les protestations, mais l’assassin a utilisé un pistolet silencieux et les gestes du tueur montrent qu’il était bien entraîné : il s’est rapidement éloigné de la caméra et ne l’a jamais regardée, il a visé la tête de sa victime. Tout cela indique une opération des services secrets.

Cette manœuvre des autorités pour fuir leurs responsabilités nous rappelle les chiffres annoncés par le Forum des journalistes irakiennes, qui parle de 12 cas de meurtres et atteintes au droit des journalistes femmes en Irak durant l’année 2018. Ces cas englobent en plus des meurtres et des agressions armées, le harcèlement, le chantage, la diffamation, et les menaces venant de bandes armées…

Ces faits nous remettent aussi en mémoire d’autres événements atroces dont on ne peut nier la nature politique comme l’assassinat de la journaliste, poète et romancière, Atwar Bahjat, qui a travaillé dans de nombreuses chaînes comme Al-Iraqya, Al-Arabya et Al-Jazeera. Elle a été enlevée puis assassinée avec son équipe par des « inconnus » armés.

On n’oublie pas non plus, au rayon de la violence barbare et des conflits confessionnels et régionaux en Irak, le meurtre de Balqis Al-Rawi, femme du poète syrien Nizar Qabbani, suite à un attentat à la voiture piégée contre l’ambassade irakienne au Liban en 1981, qui a coûté la vie à 60 personnes. Le régime syrien et des Irakiens avaient alors été accusés. Par la suite, il est révélateur que l’enquête judiciaire se soit dirigée vers l’ancien Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki, après que les familles des victimes irakiennes ont demandé qu’il soit interrogé et condamné.

Ce cycle étrange de violence est derrière l’arrivée au pouvoir des dirigeants irakiens actuels et beaucoup d’entre eux participent au jeu du terrorisme qu’ils prétendent combattre. Pour arriver au pouvoir, ils n’ont épargné personne mais le fait de viser les femmes les distingue particulièrement car les autorités répressives épargnent en général les femmes, considérées comme plus vulnérables physiologiquement. Il en va de même pour les us et coutumes des tribus ainsi que les interprétations religieuses des milices.

L’histoire est remplie de périodes où les tyrans ont essayé de briser la volonté des peuples en visant les femmes et il y a fort à parier que cette série d’assassinats de femmes en Irak soit une des formes de répression préférées des criminels qui en sont à l’origine.

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