Le roi Salman d’Arabie Saoudite est de nouveau en selle

Le President Tunisien Beji Caid Essebsi se tient aux côtés du Roi Salman bin Abdul-Aziz (Centre) et de l'Emir du Koweït Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah sur la photo de groupe avec les dirigeants arabes, avant le 30ème Sommet arabe à Tunis, Tunisie, le 31 Mars 2019. REUTERS/Zoubeir Souissi/Pool

Après avoir évité les voyages à l’étranger pendant plus d’un an, le roi Salman d’Arabie Saoudite a été très actif au cours des 60 derniers jours, parcourant le monde arabe. L’ombre toxique de son fils préféré, le prince héritier Muhammad bin Salman, connu sous le nom de MBS, est sans aucun doute un facteur qui a contribué à embellir le statut du roi. Les Saoudiens luttent pour reprendre le contrôle de leur image internationale.

Dans ses premières années sur le trône après son ascension en 2015, le roi était un voyageur royal typique. Il a effectué des visites d’Etat dans de nombreux pays du Moyen-Orient ainsi qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon, en Chine, en Indonésie et en Russie. Il a également pris des vacances d’été prolongées en France ou au Maroc. Son emploi du temps n’a jamais été très chargé, mais il a été minutieux.

La tendance s’est arrêtée à la fin de 2017, lorsque plusieurs centaines de Saoudiens éminents ont été incarcérés de force à l’hôtel Ritz Carlton. Cela faisait partie d’une campagne anti-corruption autoproclamée, mais pour beaucoup, il s’agissait plutôt d’un racket de mafia. Pendant plus d’un an (et pendant toute l’année 2018), le roi n’a pas voyagé hors du royaume. Le prince héritier est à l’origine de l’affaire Ritz Carlton, qui a aliéné de nombreux Saoudiens éminents, dont d’importants membres de la famille des Saoud.

Avec ma collègue Israa Saber de la Brookings Institution, nous avons «spéculé» l’an dernier sur la raison de l’interruption des voyages à l’étranger. La santé a pu être un facteur, mais les rois saoudiens malades ont en fait tendance à passer plus de temps à l’étranger pour se soigner. Plus probablement, les tensions au sein de la famille royale sur le comportement du prince héritier étaient la réponse.

Le meurtre prémédité de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul en octobre 2018 n’a fait qu’ajouter aux tensions. Le prince héritier est largement blâmé pour le meurtre et pour une foule d’autres violations des droits de la personne. Selon un récit, le roi a ouvert une enquête sur de tels abus sans l’accord de son fils. Des rapports médicaux détaillés sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers ont été rédigés pour le roi. Néanmoins, d’autres militantes des droits des femmes ont été arrêtées cette semaine.

L’indignation suscitée par le comportement du prince héritier a directement conduit le roi à effectuer son premier voyage à l’étranger en février en Egypte pour une réunion au sommet de la Ligue Arabe et de l’Union Européenne (UE). Les dirigeants de l’UE ont clairement indiqué avant la réunion de Charm el-Cheikh qu’ils ne rencontreraient pas le prince héritier. Non seulement il est impliqué dans l’affaire Khashoggi, mais il est aussi considéré comme le moteur de la guerre désastreuse que le royaume a connue au Yémen.

Son père, le roi Salman s’est donc rendu en Egypte pour trois jours, sa première «aventure» étrangère depuis un voyage en Russie en Octobre 2017.

Puis le roi a tenu une réunion très médiatisée avec le général rebelle libyen, Khalifa Haftar, à Riyad fin mars ; la première rencontre de la haute direction saoudienne avec Haftar depuis que ce dernier a commencé sa campagne pour prendre le pouvoir en Libye. Depuis la réunion de Riyad, Haftar a lancé une attaque contre Tripoli, apparemment avec la bénédiction du Roi. Il s’agissait d’une approbation d’un niveau inhabituellement élevé pour le roi saoudien donnée à un non-chef d’Etat.

Le roi s’est ensuite rendu au sommet arabe de Carthage, en Tunisie, fin mars. Salman a réitéré avec force le soutien saoudien à une Palestine indépendante avec comme capitale Jérusalem et au retour du plateau du Golan à la Syrie, positions en désaccord avec l’administration Trump. La réaffirmation du soutien saoudien au plan de paix arabe s’écartait donc de la rumeur selon laquelle le prince héritier serait de connivence avec l’équipe de Trump sur le soi-disant accord du siècle, ou même envisagerait une rencontre directe avec des responsables israéliens. C’est une habitude : Le roi renforce son engagement envers les positions saoudiennes bien établies sur Israël chaque fois que l’administration Trump rompt avec les positions américaines historiques, en faveur d’Israël, ou rapporte que MBS est «doux» envers Israël.

Cette semaine, le roi s’est de nouveau rendu au Bahreïn voisin pour une journée de rencontres à Manama avec le roi Hamad bin Isa Al Khalifa. Salman a tenu l’engagement qu’il avait pris précédemment d’aider le royaume insulaire à sortir de ses problèmes économiques. Les troupes saoudiennes sont sur l’île depuis 2011 pour maintenir Hamad au pouvoir. Il n’y a aucun signe que cela changera…

Le roi Salman accélère le rythme des voyages royaux car pour son fils cela devient de plus en plus problématique. En effet, MBS s’est fait dire qu’il n’était pas le bienvenu au Maroc en décembre dernier par le roi Mohammed VI et qu’il avait été ignoré par le président algérien Abdelaziz Bouteflika lors du même voyage. Sa visite en Asie cet hiver a été marquée par le report de ses visites en Indonésie et en Malaisie, sans explication. Les protestations au sujet de Khashoggi et du Yémen sont encore plus vives en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Le Congrès américain a maintenant adopté un projet de loi interdisant le soutien des Etats-Unis à la guerre au Yémen, Trump aura probablement recours au veto, mais cela constitue néanmoins un recours sans précédent à la législation sur les pouvoirs de guerre pour mettre fin à la participation américaine. Ce devrait être un signal d’alarme pour nos alliés du Golfe.

La reprise des voyages du roi à l’étranger est une solution à court terme à un problème à long terme pour la Maison des Saoud. L’héritier présumé est accablé de passifs personnels négatifs en raison de son comportement au cours des quatre dernières années. Son image à l’extérieur du royaume ne s’améliore pas. Il est de plus en plus urgent que les groupes de défense des droits de l’homme réclament une enquête plus approfondie sur l’assassinat de Khashoggi. Ceux qui ont salué MBS comme un réformateur il y a seulement un an l’ont abandonné. Par ailleurs, avoir Trump à ses côtés n’est pas une forme d’aide très positive étant donné l’impopularité de ce dernier dans une grande partie du monde.

Par Bruce Riedel, Chroniqueur pour Al-Monitor’s Gulf Pulse

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Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 75 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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