Le rêve ne s’est pas réalisé

Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika

El Khabar – Farouk Ghadir

Le mouvement populaire s’est levé contre le souhait du Président Bouteflika de rester au pouvoir jusqu’à sa mort.

Avec la démission du Président, l’Algérie a tourné une longue page de son histoire contemporaine. Une page agitée qui a commencé par des présidentielles avortées en 1999 suite au retrait de ses six concurrents, qui avaient compris que le régime l’avait choisi.

Ce souhait exprimé en privé est resté le sujet de conversation des Algériens tout au long du règne de Bouteflika. Il a été confirmé quand il a modifié la constitution en 2008 afin de supprimer l’article limitant les mandats présidentiels à deux, depuis la modification de 1996 sous la présidence de Yamine Zeroual.

Cette modification a permis à Bouteflika de se présenter pour un troisième mandat, malgré certaines voix s’élevant dans l’opposition et la société civile, sans oublier quelques articles critiques dans la presse. Malgré sa maladie, depuis son accident ischémique transitoire en 2013, le Président s’est présenté à un quatrième mandat sans participer à la campagne électorale, du jamais vu en Algérie et peut-être même dans le monde entier.

Durant ce mandat, le Président ne s’est montré qu’à de rares occasions, pour accueillir certains invités prestigieux. A chaque fois, il était clair que son état de santé se dégradait un peu plus.

Pendant le quatrième mandat, le rôle de son entourage et en premier lieu de son frère et conseiller, Saïd Bouteflika, a augmenté : ce qu’on appelle les « forces inconstitutionnelles » ont mis la main sur le pouvoir de décision.

Les fuites et les déclarations émanant du Président lui-même étaient contradictoires au sujet de son envie de se présenter à un cinquième mandat. L’histoire se rappellera de la célèbre phrase de la lettre du 11 mars : « Je n’ai jamais voulu me présenter à un cinquième mandat à cause de mon âge et de mon état de santé ». Qui en a donc fait un candidat ?

Le Président du mouvement de la société pour la paix a déclaré après plusieurs rencontres avec le frère du Président, Saïd, que la « famille » était contre un nouveau mandat.

La nature du régime algérien, basée depuis 1962 sur le flou et les intrigues, fait qu’on ne connaîtra jamais la vérité. Un célèbre proverbe populaire dit d’ailleurs : « En Algérie, tu meurs sans savoir la vérité ».

L’histoire s’est terminée par un mouvement populaire pacifique sans précédent. Le régime dans toutes ses composantes a tenté de gagner du temps en prolongement le quatrième mandat, mais la pression du peuple a mis fin au rêve. L’histoire se résume à une déclaration attribuée à son frère Nasser lors d’une discussion privée, alors que le Président se faisait soigner à Genève : « Nous nous attendions à ce que des millions de gens sortent pour ses obsèques mais ils sont sortis pour demander son départ ».

Lien vers l’article original

Avatar
A propos de Sami Mebtoul 192 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur de langue arabe

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*