Le retour de « l’Etat islamique » ?

Al-Baghdady, chef de DAECH

L’Etat islamique connaît-il une nouvelle « renaissance » avec un retour à la théorie de « l’expansion » à travers des actions terroristes dans le Sud de l’Egypte et à l’Est de l’Euphrate ?  Adopte-t-il à nouveau la méthode d’Al-Qaïda ? Pourquoi la Jordanie est désormais visée ?

Rai Al-Youm – Lundi 5 novembre 2018

Il y a environ un an, le Président américain Donald Trump annonçait l’anéantissement de l’organisation « Etat islamique », ou DAECH, après la conquête par les Forces syriennes libres, à majorité kurde, de la ville de Raqqa, capitale de l’organisation, de ses banlieues et des autres régions qui lui obéissaient à l’Est de l’Euphrate, notamment vers la frontière irakienne.

Deux développements majeurs des derniers jours laissent penser que cette annonce américaine optimiste était précoce, après l’apparition de plusieurs indices indiquant que l’organisation était en train de renaître :

Le premier est incarné par l’attaque sanglante menée par une cellule de l’organisation sur un groupe de pèlerins coptes dans la région d’Al-Minya, faisant sept victimes. Ce développement montre que l’organisation a adopté une nouvelle stratégie consistant à une intensification des attaques à l’intérieur du territoire égyptien, pour compenser ses pertes considérables dans la péninsule du Sinaï.

Le deuxième est l’attaque surprise contre les Forces démocratiques syriennes à l’Est de Deir Ez-Zor et la reconquête par l’organisation de ses positions, qui ont causé la mort de 70 combattants kurdes et arabes. Ce chiffre est considérable compte tenu du fait que ces Forces possèdent un équipement de haute technologie et bénéficient d’un soutien américain illimité.

En ce qui concerne l’attaque sanglante d’Al-Minya, au Sud de l’Egypte, on peut dire qu’elle constitue un choc pour les autorités, en particulier le Président Abdel-Fattah As-Sissi. Ce dernier avait donné trois mois aux chefs des services de sécurité en novembre 2017, il y a un an, pour anéantir l’organisation au Sinaï après l’attaque contre une mosquée à Al-Arish durant la prière du vendredi, qui avait fait 300 morts parmi les fidèles.

L’armée égyptienne a fermé la région du Nord du Sinaï et l’a passée au peigne fin, tuant 450 membres présumés de l’organisation pendant que 30 soldats égyptiens ont perdu la vie. Le transfert de l’organisation vers le Sud de l’Egypte, dans les régions d’Assiout et Al-Minya, qui sont considérées comme des bastions des mouvements salafistes, et la constitution de cellules terroristes indiquent que l’Egypte se trouve face à un défi majeur dans cette région et peut-être ailleurs. Jusqu’à présent, l’intérieur du territoire égyptien était resté moins exposé aux attaques de cette organisation que la péninsule du Sinaï, à l’extrême nord-est du pays.

Le retour des attaques de « l’Etat islamique », ou DAECH, contre ses adversaires à l’Est de l’Euphrate est inquiétant pour les autorités américaines et irakiennes, qui ne sont pas coordonnées. La poche dirigée par DAECH se rapproche de la ville frontalière stratégique d’Al-Qaim, un des principaux points de passage vers la Syrie. Sans oublier la présence d’environ 2 000 soldats américains dans la région, qui fournissent une protection aérienne et un soutien logistique militaire terrestre aux Forces syriennes démocratiques. Ces troupes américaines pourraient être victimes d’attaques sanglantes de DAECH ou autre.

L’organisation « Etat islamique », qui a perdu sa capitale en Irak et en Syrie et son assise territoriale, adopte une nouvelle stratégie incarnée par la guerilla, les actions clandestines, la concentration dans de petites poches et l’augmentation des attaques dans des régions urbaines du monde musulman en Egypte, en Jordanie, en Libye, au Pakistan, en Tunisie et en Afghanistan, sans oublier la Syrie et l’Irak ; ce qui le rend plus dangereux pour ses adversaires.

Si les informations parlant de la reprise de ses actions en Jordanie afin d’en faire un nouveau siège régional en exploitant la frustration populaire, l’inflation et la corruption, sont vraies, l’organisation pourrait vivre une nouvelle période d’ « expansion » horizontale dans plusieurs régions avec un retour aux méthodes de la maison-mère, Al-Qaïda. Il abandonnerait alors complètement la théorie de « l’établissement » avec l’institution d’un Etat islamique, comme cela s’est produit en Irak et en Syrie en 2014.

La Jordanie est sur le radar de « l’Etat islamique », où il est chaleureusement accueilli dans certaines de ses régions où le salafisme est bien implanté, comme les villes de Zarka, où est né Abou Moussaab Az-Zarkaoui, Maan et Al-Karak. Il ne faut pas oublier le retour de nombreux « moudjahidines » de Syrie par différents chemins et la présence de théoriciens de l’organisation dans le pays, ce qui explique les dernières attaques terroristes à Salt et Al-Karak.

Compte tenu de la frustration qui règne dans la région suite à l’incapacité des gouvernements de garantir un meilleur avenir aux jeunes, à la corruption, à la répression, à l’augmentation du chômage et à la normalisation des relations avec Israël avant toute paix, l’extrémisme demeure un des principaux choix qui s’offrent aux jeunes désœuvrés. Les organisations comme « l’Etat islamique » et Al-Qaïda misent là-dessus dans plusieurs pays, et l’alerte va bientôt être lancée !

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