Le nouveau gouvernement du Liban : Deux pas en avant, trois pas en arrière

De gauche à droite: Saad Hariri le Premier Ministre et Michel Aoun le Président du Liban

Le Hezbollah a pris plus de pouvoir au Liban, cependant la formation du nouveau cabinet de ministres n’est pas une raison de se réjouir.

Le Liban peut respirer à nouveau. En effet, le 31 janvier dernier, après neuf mois d’absence d’accord, un gouvernement s’est enfin constitué. Les élections législatives de début 2018 ayant accordé au Hezbollah et à ses alliés un peu plus de sièges, un cabinet de ministres a finalement été formé.

A première vue, la formation d’un gouvernement est une bonne nouvelle, permettant désormais à la banque centrale de dévaluer la monnaie libanaise…car le déficit budgétaire annuel de 5 milliards de dollars du Liban ne montre aucun signe de guérison. Le nouveau gouvernement peut maintenant en outre se tourner vers les donateurs de Paris qui avaient présenté un plan de sauvetage de 11 milliards de dollars pour atténuer la crise dans le pays.

Il est important de noter que les 11 milliards de dollars ne sont pas un don, mais un ensemble de prêts à taux réduit et conditionnés à des réformes qui doivent être mises en œuvre par le gouvernement de Saad Hariri.

L’Occident est «usé» de remettre de l’argent liquide à l’Elite Libanaise, qu’il considère comme un alcoolique sans abri qui s’assoit sur le trottoir devant un magasin d’alcool, pour demander votre monnaie.

L’économie Libanaise est un trou noir, qui montre néanmoins une détermination remarquable sinon stoïque, à avaler de l’argent et à n’avoir que peu à en montrer. Ces mêmes politiciens refusent catégoriquement de combler cette lacune en réduisant la frénésie des dépenses publiques pour les militaires, les salaires des fonctionnaires, les pensions gonflées ou «l’hémorragie» de la compagnie d’électricité de l’État, ou en instaurant simplement la loi et l’ordre dans le pays.

Mais au lieu de cela, l’Elite Libanaise institutionnalise la corruption et présente uniquement à l’Occident la façade d’un pays dont les problèmes ne peuvent être résolus qu’avec plus d’argent.

Il y a en fait une tentative orchestrée pour empêcher le pays de réparer son état de délabrement, et d’assainir son économie des résultats d’une corruption hors de contrôle, afin que l’argent de l’aide puisse circuler rapidement ou, dans le pire des cas, des prêts à taux réduit.

Cependant, le problème avec les prêts à taux réduit, c’est qu’ils ne font qu’exacerber le problème. La situation désastreuse est due au fait que le gouvernement emprunte de plus en plus d’argent uniquement pour payer les frais de fonctionnement de l’État, et ce niveau d’emprunt a atteint un point de rupture.

Ainsi, la solution de l’Occident, qui consiste à prêter davantage au Liban, semble devenir un rituel, un réflexe, une inattention, mais c’est néanmoins un message en soi, du moins pour ceux qui attendent une aide sans condition : cette époque est révolue…

…Emprunter à Pierre pour payer Paul ne semble guère être un triomphe de l’innovation, mais c’est ce qui est salué comme un grand succès, même si des économistes et des politiciens de premier plan pensent, secrètement, que la bombe à retardement est en marche et qu’il existe de nombreux problèmes économiques à résoudre, notamment concernant les euro-obligations du gouvernement Français.

Par ailleurs, il faut s’attendre à ce que la géopolitique de la région soit impactée. Le gouvernement nouvellement formé a donné plus de postes ministériels au Hezbollah, et personne ne se soucie réellement au Liban du Hezbollah, qui se prépare à renforcer son pouvoir dans ce petit pays pour contrer la campagne belliqueuse du président Trump contre l’Iran.

Ainsi, la nomination d’un ministre de la santé, qui, selon le parti, est un non-Hezbollah soutenant les Chiites, ne s’accordera pas bien avec Washington, qui durcit les sanctions contre le groupe soutenu par l’Iran et pourrait bien considérer la gratuité des soins dans les hôpitaux publics donnés aux combattants revenant du champ de bataille syrien comme une violation de ces sanctions

Les sentiments sont partagés au Liban au sujet de cette nomination, certains étant convaincus que la nomination de Jamil Jabak au poste de ministre de la Santé ne mettra pas les États-Unis «en colère», car il est connu pour ne pas faire partie du Hezbollah.

D’autres pensent au contraire que cela est naïf et qu’un fusible sautera à Washington lorsque ce dernier consultera les rapports indiquant que Jabak était un ancien médecin du dirigeant du Hezbollah et que sa photo est affichée sur les murs du bureau du président du groupe.

Saad Hariri, en acceptant le compromis gouvernemental, patine sur une glace très fine et augmente la tension. La couleur du nouveau gouvernement sera difficile à ignorer tant par Israël que par l’Arabie saoudite. Il sera non seulement intéressant de voir combien de temps la stabilité pourra prévaloir lorsque le Liban se réveillera et se rendra compte qu’il est maintenant un «mandataire iranien», mais combien de temps encore Riyad restera aux côtés de son «courtier» en pouvoir à Beyrouth.

Cette nouvelle configuration politique (aux couleurs Chiites) pourrait ramener les Saoudiens au Liban avec un investissement qui serait un bon geste, pour apaiser les nouvelles tensions qui vont inévitablement se faire sentir dans la région, alors que le Hezbollah, une fois de plus, renforce le pouvoir en sa faveur, quelques jours seulement après que son dirigeant eut averti qu’il pourrait bien tirer un missile de précision sur Tel Aviv en représailles aux attaques israéliennes contre ses combattants en Syrie.

Le Liban ne doit pas célébrer son nouveau gouvernement, qui, «comiquement», est composé de ministres qui n’ont ni expérience ni crédibilité dans leurs nouveaux domaines. Il n’a fait que deux pas en avant et se prépare maintenant à faire trois pas en arrière.

Par Martin Jay https://insidearabia.com/lebanon-government-two-steps-forward-three-steps-back/

Traduction Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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