Le dossier palestinien change de mains en Arabie saoudite

Le Roi d'Arabie saoudite et son fils Mohammed ben Salman

Le dossier palestinien a-t-il vraiment été retiré au Prince Mohammed Ben Salman pour revenir au Roi d’Arabie saoudite, en signe d’opposition à la « transaction du siècle » ?

Rai Al Youm – Mercredi 1er août

Dans un geste surprenant mais sûrement nécessaire, le Roi d’Arabie saoudite Salman Ben Abdelaziz a retiré le dossier palestinien des mains de son fils, le Prince héritier Mohammed Ben Salman, après avoir saisi l’ampleur des dommages causés au Royaume par certaines politiques de ce dernier. Il est notamment tombé dans le piège de la « transaction du siècle » et de ses parrains, Jared Khushner, gendre du Président américain Donald Trump, et Jason Greenblatt, envoyé des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Cette information a été publiée par l’agence Reuters de sources saoudiennes bien informées mais nous pensons, avec notre expérience de plus de quarante ans des agences de presse étrangères, que de telles informations sont volontairement « fuitées » par les plus hautes autorités saoudiennes ou américaines, afin d’adresser un message au plus grand nombre possible de dirigeants et de lecteurs.

Les autorités saoudiennes ont saisi l’ampleur des dommages causés à leur prestige

Les dirigeants saoudiens ont voulu à travers cette fuite rassurer les Palestiniens, l’opinion publique arabe et réaffirmer qu’elles n’avaient pas changer de position. Elles refuseront donc tout plan de paix ne faisant pas de Jérusalem la capitale de la Palestine et ne légitimant pas le droit au retour des Palestiniens. Ces deux points fondamentaux ont été ignorés par la transaction du siècle, qui propose Abou Dis comme capitale et nie totalement le droit au retour. Les autorités saoudiennes ont saisi l’ampleur des dommages causés à leur prestige aux niveaux arabe, islamique et international.

Une grande partie des Palestiniens, dirigeants et peuple confondus, du Hamas et du Fatah, ont été fâchés par les propos de responsables palestiniens proche du Président Abbas rapportés par l’agence Reuters faisant état de lourdes pressions du Prince Mohammed Ben Salman sur le chef de l’Autorité palestinienne durant sa « convocation » à Riyad en décembre dernier afin qu’il soutienne la « transaction du siècle », accepte Abou Dis comme capitale à la place de Jérusalem et abandonne le droit au retour des réfugiés palestiniens. On dit aussi que le Prince héritier d’Arabie saoudite a promis des aides s’élevant à dix milliards de dollars à l’Autorité palestinienne si elle acceptait cette transaction, mais le Président Abbas est resté inflexible face aux menaces en cas de refus, dont son renversement.

Le plus grave dans cette transaction du siècle, qui semble avoir convaincu le Prince héritier, est qu’elle est en total désaccord avec l’initiative arabe de paix adoptée au sommet de Beyrouth en mars 2002 à l’initiative de l’Arabie saoudite.

Les responsables saoudiens qui ont parlé à l’agence Reuters ont affirmé que le transfert du dossier palestinien ne signifiait pas un désaccord entre les deux parties : le Roi Salman, qui a confirmé au Président Abbas qu’il restait attaché à l’initiative de paix arabe, et le Prince héritier, qui a déclaré dans une interview accordée à la revue américaine The Atlantic en avril dernier que les Israéliens avaient le droit de vivre en paix sur leur terre, déclaration rare de la part d’un responsable saoudien ou arabe de son rang. Le Roi saoudien a sans doute voulu rectifier une position qu’il considère comme nuisible à l’image de son pays auprès des Arabes et des musulmans, notamment dans cette période délicate où il mène plusieurs guerres politiques et militaires.

Quelles sont les causes de ce transfert ?

Plusieurs considérations ont poussé le Roi saoudien à retirer le dossier des mains du Prince héritier et a revenir à la position de principe saoudienne soutenant l’initiative de paix arabe :

  1. La campagne menée par des groupes saoudiens proches du gouvernement contre les Palestiniens, accusés de vendre leur terre, et demandant la normalisation avec Israël, considéré comme une nation amie, s’est retournée contre le Royaume et a nui à son image d’Etat jouant un rôle central dans les mondes arabe et musulman, tout en provoquant des campagnes anti-saoudiennes.
  2. Les succès importants remportés par l’armée arabe syrienne dans sa guerre de reconquête du territoire syrien, dont les régions du Sud après la Ghouta orientale. Elle continue ses préparatifs pour attaquer Idlib, ce qui signifie que l’Arabie saoudite a perdu la guerre de sept ans en Syrie et que la Syrie va progressivement revenir en force sur les scènes arabe et internationale.
  3. La marche-arrière du Président américain Donald Trump après ses menaces envers l’Iran. Il a déclaré qu’il était prêt à rencontrer les responsables iraniens sans conditions préalables, en particulier le Président Hassan Rohani, afin de mettre un terme aux différends entre les deux pays. Le pari saoudien d’une attaque américano-israélienne contre l’Iran pourrait donc être totalement perdu.
  4. L’annonce par la Malaisie de son retrait de la coalition musulmane fondée par le Royaume il y a trois ans, et de ses forces participant symboliquement à la guerre au Yémen. On prévoit d’ailleurs de plus en plus que M. Imran Khan, nouveau Premier ministre du Pakistan, suive la même voie. Il ne faut pas non plus oublier la décision française de retrait du soutien à la coalition arabe dans cette guerre.
  5. L’échec de la solution militaire au Yémen, avec une guerre qui entre dans sa quatrième année sans aucun indice de succès militaire. Il n’y a en effet aucune évolution positive majeure pour l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sur les différents fronts, que ça soit à Taez, Al Hudayda ou Saada.

Le retour du dossier palestinien dans les mains du Roi Salman, qui a dirigé le comité saoudien de soutien au peuple palestinien chargé de réunir les fonds et de superviser les actions politiques à l’intérieur et à l’extérieur du Royaume pendant plus de trente ans, est une mesure positive qui doit être approfondie.

Pourquoi Anwar Eshki, parrain de la normalisation avec Israël, a subitement disparu ?

Dans ce journal Rai Al Youm, nous penchons pour l’hypothèse d’un changement de cap avec la diminution des campagnes et des articles écrits par des Saoudiens glorifiant l’alliance avec l’ennemi israélien et la normalisation durant ces dernières semaines. Le principal indice à ce niveau est la disparition du docteur Anwar Eshki, promoteur de la normalisation. On peut dire la même chose du Prince Turki Al Faysal, ancien chef des services secrets saoudiens, qui s’est spécialisé dans les conférences et les rencontres avec ses homologues israéliens, et mène le processus de normalisation.

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