Le débat Al-Sissi – Macron

Le journaliste et écrivain libanais Samir Atallah

Macron s’adresse aux Français lorsqu’il parle des droits de l’homme en Egypte

As-sharq Al-Awsat – Jeudi 31 janvier 2019

Par Samir Atallah, écrivain et journaliste libanais

Le dialogue entre les Présidents Abdelfattah Al-Sissi et Emmanuel Macron était historique dans sa dialectique et son caractère public. L’invité parle des droits des prisonniers d’opinion alors que son hôte parle des familles libérées de la pauvreté et qui n’habitent plus dans les cimetières. Bien sûr, la meilleure solution est qu’un jour l’Egypte se retrouve sans pauvres ni prisonniers politiques.

Il est étrange que les invités occidentaux ne posent leurs exigences que devant les dirigeants. L’opposition ne doit-elle pas aussi proposer aux gens et à l’Etat une nouvelle voie sans violences, ni bombes, ni complots, ni assassinats au grand jour ? Le Président Macron vient d’un pays où la droite pourrit la vie des gens chaque samedi avec des violences, alors que personne au monde n’a autant de liberté d’expression que le citoyen français, au parlement, au sénat, dans la presse, les médias et les universités.

Nous sommes habitués dans le monde arabe au fait que les erreurs viennent des régimes et de leurs politiques mais les expériences de l’opposition au pouvoir, même partielles, ont été amères et terrifiantes. De l’Egypte elle-même en passant par la Libye, la Palestine, le Yémen et avant tout l’Algérie. Il est bien triste que l’opposition, dans certains cas, ne voit de solution que dans la violence. Comme si nous n’étions pas sortis des années cinquante et des exécutions en série en Irak.

Quand Macron a parlé d’améliorer la situation des droits de l’homme, il s’est adressé clairement aux Français. Il leur a montré qu’il avait fait preuve d’audace tout en restant poli depuis le cœur de l’Egypte et en présence de son Président. Quand Al-Sissi a parlé, il s’est adressé aux Egyptiens, qui savent ce que signifie la construction de 250 000 appartements pour loger autant de familles qui étaient à la rue, et ce qu’est la guerre pernicieuse dans le Sinaï, directement dirigée contre Le Caire.

Le chemin vers une Egypte sans prisonniers politiques commence avec l’annonce du refus de toute violence par les partis et leur adoption du principe de l’Egypte avant tout, comme c’est le cas dans tous les pays, dont la France. Il n’y a pas de violence primaire ou raffinée mais une seule violence qui paralysie la France chaque samedi, explose en Egypte et dresse des embuscades mortelles aux jeunes de l’armée.

La liberté et les droits de l’individu ne sont pas moins importants que les droits de l’Etat. Ce sont les deux faces d’une même pièce au bout du compte, mais la pire servilité est celle de la pauvreté. La plus grande liberté est incarnée par la sécurité et la tranquillité. Sans elles, comment l’individu peut-il rêver et comment l’Etat peut-il planifier et construire ? 250 000 appartement ne sont rien, mais ils permettent de se protéger contre le froid et l’humiliation mieux que ne le font des millions de discours.   

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A propos de Sami Mebtoul 194 Articles
Fondateur d'Actuarabe, traducteur assermenté, professeur agrégé d'arabe

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