Le casse-tête de la Russie et de l’Iran

L'opposant syrien Michel Kilo

Al-Araby Al-Jadeed – Samedi 5 mai 2018

L’offensive de l’Occident contre l’Iran aura un impact positif sur la crise syrienne d’après l’opposant historique Michel Kilo

Il est faux de penser que la Russie a triomphé en Syrie, ou qu’elle est proche de triompher. Il est encore plus faux de penser que son avantage dans le combat militaire avec l’opposition sera décisif, après les mesures occidentales et israéliennes prises contre les mollahs de Téhéran. Ces derniers sont sortis du rôle qu’ils jouent à l’intérieur de la stratégie de Washington dans le Golfe : effrayer les régimes de la région pour qu’ils se jettent dans les bras de la Maison blanche. Les mollahs répètent l’erreur du chah, qui a été renversé car il voulait que l’Amérique partage avec lui le pétrole et les pétrodollars. Il a été renversé par une révolution populaire dominée par Khomeiny et ses partisans, poussés par une obsession confessionnelle et nationaliste à dominer leurs voisins. Cette obsession est une grave erreur car Israël est là et n’a pas l’intention de laisser Téhéran arriver jusqu’à ses frontières avec la Syrie.

Pression occidentale sur la Russie afin qu’elle abandonne les mollahs

La réalité de la situation russe en Syrie apparaîtra après le début du combat contre l’Iran et la pression occidentale sur la Russie afin qu’elle abandonne les mollahs, sachant que les dirigeants russes voient dans la perte de l’allié iranien une perte énorme menaçant leur régime. Dans ce cadre, il faut parler des événements qui se sont déroulés le mois dernier et que les observateurs ont considérés comme un test de la force russe : les frappes de drones qui ont détruits de nombreux avions dans la base de Hmeymim et les leurres électroniques qui ont fait croire aux systèmes de défense aériens russes qu’ils étaient attaqués. Ils ont lancé 12 missiles en direction d’objectifs apparus sur leurs radars avant de découvrir qu’il ne s’agissait que de leurres révélant l’obsolescence de ce matériel « avancé », dont Poutine se vante devant le monde entier.

La solution de la crise syrienne sera internationale et ne dépend pas du bras de fer entre la Russie et l’opposition

Il est impossible que la Russie se laisse entraîner dans une guerre contre l’Occident dans un tel contexte, d’autant que les événements politiques du mois dernier sont pour le Kremlin une carotte plus importante que le bâton des frappes et leurres électroniques : la tolérance des bases militaires russes en Syrie, le soutien financier pour reconstruire ce qui a été détruit par les troupes russes, les mercenaires d’Assad et de l’Iran ; la reconnaissance de la Russie comme un Etat tutoyant les grandes puissances occidentales avec les conséquences que cela a sur les problèmes ukrainien, géorgien et syrien, et sur les difficultés économiques, militaires et politiques de la Russie avec l’Occident et le monde. Cette offre généreuse visant à éloigner le Kremlin de Téhéran a été précédée d’une frappe militaire adressant plusieurs messages à Moscou : la Russie ne peut pas protéger Al-Assad, l’Occident n’a pas besoin de décisions des Nations-Unis s’il veut mener des opérations militaires contre la Syrie, la solution de la crise syrienne sera internationale et ne dépend pas du bras de fer entre la Russie et l’opposition, mais du bras de fer entre l’Amérique et les puissances occidentales d’une part, et Moscou d’autre part.  Ce bras de fer n’est pas à l’avantage de Poutine et les politiques de confrontation qu’il adopte, comme l’ont prouvé les leurres électroniques démontrant l’obsolescence de ses missiles, et les drones qui ont attaqué à plusieurs reprises la base de Hmeymim sans rencontrer d’opposition.

Un accord entre la Russie et l’Occident menant vers la paix et mettant fin à la présence iranienne

La Russie va-t-elle maintenir ses liens avec l’Iran ou saisir la carotte pour ne pas être frappée avec le bâton ? Cette question va définir la suite des événements en Syrie dans les prochains mois et va nous dire si nous nous dirigeons vers une période de conflit international prenant la forme d’opérations militaires qui ne devraient pas aller jusqu’à une guerre totale contre Téhéran. L’intensification de ces opérations affaiblira le rôle de la Russie ainsi que son influence militaire et politique en Syrie, ou devrait déboucher sur un accord entre la Russie et l’Occident menant vers la paix et mettant fin à la présence iranienne dans notre pays, sachant que la fin de cette présence permettra de trouver plus facilement des solutions au problème posé par Al Assad et son régime.

Le Président français Emmanuel Macron a déclaré à Washington que la solution en Syrie était liée à la résolution du problème iranien ; ce problème va être réglé très bientôt !

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