Le blocus du Qatar est-il un échec ?

Abderrahman Al Rashed

Le petit émirat résiste-t-il si bien au blocus imposé par ces voisins, comme le clament de nombreux médias occidentaux ces derniers jours ?

As-Sharq Al-Awsat – Mardi 12 juin 2018

Par Abdulrahman Al-Rashed, journaliste et intellectuel saoudien.

De nombreux articles publiés à l’occasion de l’anniversaire du blocus imposé au Qatar font l’éloge, dans le cadre d’une campagne de relations publiques, de sa ténacité et de ses succès. Il est pourtant clair que Doha a tenté par tous les moyens de mettre fin à ce boycott et renouer les liens, mais elle a échoué. Un des rapports de propagande indique que le Qatar a ce qu’il faut pour tenir bon face au « blocus » pendant cent ans et que les quatre pays qui ont coupé les liens avec l’émirat n’ont pas réussi à porter un coup à l’économie ni aux capacités du gouvernement qatari.

Si le Qatar n’est pas impacté, pourquoi tente-t-il par tous les moyens de convaincre l’ensemble de l’establishment américain d’intervenir pour mettre un terme au boycott ? Pourquoi courir dans tous les sens et appeler au rétablissement de force des liens avec ces pays ?

Un petit marché avec une grande banque centrale

Ces quatre Etats n’ignorent pas que le Qatar est un petit marché avec une grande banque centrale, c’est-à-dire qu’il peut avec ses énormes fonds répondre facilement aux besoins de son petit marché à travers des importations par avion de n’importe quel coin du monde. Depuis le début, ils ne se sont jamais imaginé que l’arme économique contraindrait le Qatar à faire des concessions sur le plan politique.

Pourquoi les frontières ont donc été fermées aux avions et aux marchandises qataries ? Les quatre Etats se plaignent que le Qatar finance des groupes extrémistes et d’opposition, et apporte son aide à qui veut semer le chaos à l’intérieur de leurs frontières. Ils ont essayé plusieurs solutions avec le Qatar, dont la signature d’accords, qu’il n’a pas respectés. Ils ont donc décidé de rompre leurs relations diplomatiques, consulaires et économiques avec le Qatar. La fermeture des frontières aériennes et terrestres est le résultat de cette décision. Le blocus à fait du mal au Qatar, ce qui n’est pas un objectif en soi : il y avait cinq millions de voyageurs saoudiens qui empruntaient Qatar Airways chaque année et il n’y en a plus aujourd’hui. Les chiffres annoncés par les institutions qataries sont pondérés et ne révèlent pas les véritables pertes, mais il est vrai qu’elles ne feront pas faillite. Quels sont donc les résultats de la rupture des liens avec le terrible voisin qatari ?

Le blocus a mis fin aux interventions qataries dans les affaires internes

Ils correspondent à ce que visaient les quatre pays, en particulier l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Bahreïn, car l’Egypte est moins liée à Doha. Le blocus a mis fin aux interventions qataries dans les affaires internes de ces Etats en interdisant toute collaboration avec une partie qatarie ou un agent du Qatar. Les réseaux internes servant le Qatar dans ces Etats ont été détruits après avoir profité des frontières ouvertes. Ces quatre Etats n’ont pas besoin du Qatar, ni politiquement, ni économiquement. Eux aussi peuvent vivre cent ans sans le Qatar. C’est le gouvernement qatari qui semble seul et isolé. Il est conscient que son peuple n’est pas satisfait de ses interventions dans les affaires internes des autres et n’est certainement pas content de trouver les portes de ces quatre pays, qui sont pour lui très importants, fermées. Quant aux peuples des quatre pays du blocus, ils ne se soucient guère de ne plus pouvoir se rendre au Qatar car ce n’était pas un lieu de visite habituel et les alternatives ne manquent pas.

Doha se heurtera aux Etats-Unis

Que dire de la menace qatarie de rapprochement avec l’Iran ? Les liens entre Doha et Téhéran étaient bons avant le boycott et ils ont fait échouer la coordination à l’intérieur du Conseil de coopération du Golfe. Si Doha veut accroître les échanges commerciaux ainsi que la coopération civile et militaire avec le régime de Téhéran, elle se heurtera aux Etats-Unis, qui imposent de lourdes sanctions aux Etats coopérant avec l’Iran, notamment dans des domaines vitaux directement liés aux entreprises et aux intérêts américains.

Enfin, tout ce qui a été écrit sur la ténacité du Qatar tient de la propagande ou d’une analyse ignorant la nature du différend de longue date avec Doha. L’objectif du boycott est d’isoler Doha et sa politique, puis de l’en faire changer.

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