Pourquoi l’armée égyptienne a mis son ancien chef d’état-major sous les verrous ?

Membres de l'armée égyptienne

L’arrestation du général Sami Anane démontre une fois de plus que le Président Abdelfattah As-Sissi ne veut aucun concurrent sérieux dans les prochaines élections présidentielles égyptiennes

Al-Quds Al-Arabi, jeudi 25 janvier 2018

Trait d’humour égyptien

Un activiste a résumé l’incarcération de Sami Anane, ancien chef d’état-major de l’armée égyptienne (2005-2012), après l’annonce de sa candidature face au Président actuel Abdelfattah As-Sissi par un trait d’humour typiquement égyptien : « Tu es là pour une affaire de drogues ou de mœurs ? Non, je suis là pour une candidature ! ».

L’arrestation d’Anane, dont le grade était supérieur au Président actuel, l’expulsion de général Ahmed Chafiq des Emirats Arabes Unis après l’annonce de sa candidature pour le contraindre à se « retirer » de la vie politique, ainsi que l’arrestation du colonel Ahmed Qanswa également candidat, démontrent clairement que le Président égyptien ne veut pas de véritable concurrent dans les prochaines élections présidentielles, notamment parmi les militaires.

Trois raisons à l’arrestation d’Anane

L’institution militaire a donné trois raisons à l’arrestation d’Anane : premièrement, il n’a pas obtenu son accord, ce qui est en contradiction avec ce qui s’est passé en 2014 et la candidature d’Anane aux élections (avant son retrait en faveur d’As-Sissi), qui ne lui a pas valu de convocation ni d’incarcération. Deuxièmement, il a commis une « fraude » et doit être limogé. Les responsables de la campagne de Sami Anane ont répondu qu’il avait demandé son limogeage comme As-Sissi en 2014 mais qu’il ne lui avait pas été accordé, ce qui révèle un parti pris contre lui.

Le troisième « crime » commis par Anane d’après le communiqué des forces armées est « l’incitation claire faite au peuple égyptien de se révolter contre les forces armées » et mérite à lui seul une analyse. Dans son bref discours annonçant sa candidature, Anane a mis le doigt dans la plaie béante de l’Egypte en faisant le lien entre le terrorisme et le niveau de vie du peuple, l’incapacité de l’Etat à traiter les dossiers des frontières, des eaux et des richesses naturelles, et les « mauvaises politiques qui ont fait porter à nos seules forces armées la responsabilité de la lutte ». Il a incité le régime à permettre au secteur civil de jouer son rôle et a demandé un régime politique pluraliste croyant aux libertés et garantissant la justice et le partage du pouvoir entre les institutions.

Une centralisation considérable des pouvoirs

Ces mauvaises politiques ont deux responsables principaux : Abdelfattah As-Sissi et les forces armées elles-mêmes, ainsi que le Conseil militaire qui les dirige. Le contexte historique qui a conduit As-Sissi à la présidence a induit une centralisation considérable des pouvoirs dans les mains d’un groupe d’officiers des forces armées et des services de renseignement militaires. Ce phénomène ne fait que s’amplifier et écrase même sur son passage les anciens dirigeants militaires comme Anane et Chafiq.

Il est paradoxal que les affrontements entre les manifestants du 25 janvier et les services de renseignement généraux et intérieurs aient porté un coup à ces deux institutions, ce qui a été exploité par les services de renseignement militaires, que dirigeait As-Sissi. Les grands dossiers sont passés de la « sécurité de l’Etat », qui était alors la plus puissante de ces institutions, aux services secrets militaires. De plus, As-Sissi a été accepté par les Américains car il a étudié chez eux et par les Saoudiens car il a été attaché militaire dans leur pays. La nomination d’As-Sissi comme ministre de la défense et le campagne réussie de la « sécurité de l’Etat » visant à ce que les forces politiques aient une peur bleue des Frères musulmans ont ouvert un boulevard à As-Sissi.

Des élections pour quoi faire ?

Avec l’arrestation d’Anane et son inculpation, le retrait du candidat de la société civile Khaled Ali et l’annonce de la candidature d’As-Sissi, on peut se demander à quoi servent ces élections et pourquoi le dictateur s’obstine à jouer un jeu dont il ne respecte pas les règles de base ?

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