L’Arabie saoudite et le divertissement pour redorer « l’image de l’Islam »

Les nouveaux loisirs en Arabie saoudite

Al Quds Al Arabi – Jeudi 3 mai 2018

Durant la longue campagne de relations publiques du Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, aux Etats-Unis et en Europe, l’auteur de la « Vision 2030 » n’a pas cessé de répéter qu’il allait améliorer « l’image de l’Islam ».

Cette « amélioration » s’est matérialisée par l’atténuation des carcans imposés aux femmes saoudiennes avec la fin historique de l’interdiction de conduire, l’autorisation d’entrer dans les stades et les salles de concert, sans oublier le grand intérêt porté aux « loisirs » : le Royaume va investir 64 milliards de dollars dans ce secteur durant les dix prochaines années, construire à toute vitesse des parcs d’attractions, ouvrir des centaines de salles de cinéma et organiser plus de 5 000 spectacles par an.

Un rapprochement avec Israël

Au niveau politique, il semble bien que l’amélioration de « l’image de l’Islam » signifie pour le Prince héritier et ses proches conseillers un rapprochement avec Israël, dont la politique d’occupation a été vantée au point que certains Israéliens et Juifs américains ont été surpris par cette « ouverture » gratuite aux dépens des Palestiniens. Ces derniers sont devenus l’objet de reproches et de critiques de la part d’un chef d’Etat arabe et musulman qui devrait être proche d’eux et non faciliter l’abandon de leurs lieux sacrés et de leur cause, pour lesquels ils luttent depuis des décennies.

« De quel art parlent-ils alors que les Saoudiens n’ont même pas de logement ? »

L’annonce par l’Autorité du divertissement (ce nom fait écho à la fameuse « Autorité de répression du vice ») de la construction d’un opéra a nécessité l’intervention du Ministre de la culture et de l’information, Awwad Ben Saleh Al Awwad, qui a déclaré qu’il s’agissait d’un projet culturel n’ayant rien à voir avec l’Autorité du divertissement. Un chroniqueur saoudien a souligné ce paradoxe en déclarant : « Les extrémistes de tout bord n’ont rien à voir avec la religion ! On perd le sens des priorités dans un pays qui connaît une crise de l’emploi, du logement et de la pauvreté. De quel art parlent-ils alors que les Saoudiens n’ont même pas de logement ? ». Le journaliste saoudien Jamal Khashaqji a déclaré de son côté : « L’opéra est un projet pompeux. Commençons par une école de musique Ghazi Ali, ou un théâtre Jamil Mahmoud, afin de mettre en valeur l’art local puis nous verrons ce qu’il faut autoriser ».

Une vaste campagne de relations publiques à destination de l’Occident

En fait, lier l’opéra au loisir et non à la culture, chercher à accueillir la semaine de la mode, inviter les célébrités du catch, tout cela révèle la vraie nature d’une orientation qui ne cherche pas à investir dans la vraie culture ayant des répercussions positives sur la société, l’économie et la politique, mais à mener une vaste campagne de relations publiques à destination de l’Occident et à offrir un nouveau pacte social aux Saoudiens : l’obéissance contre les loisirs.

Une moyenne de 17 exécutions par mois

Cette démagogie et ce mépris pour le peuple tentent d’ignorer le véritable sens de la modernité et cherchent à maintenir, sans aucune honte, l’autoritarisme ancien dans son ensemble. Alors que le régime occupe les Saoudiens avec les catcheuses nues (dont la télévision officielle s’est excusée d’avoir montré une photo !), les médias recensent tous les jours des condamnations à mort pour trafic de drogue, sorcellerie et adultère d’un côté, terrorisme de l’autre. Le nombre d’exécutions entre les mois de juillet 2017 et février 2018 est de 138, soit une moyenne de 17 exécutions par mois.

Le « divertissement » est réservé aux classes supérieures

D’après le rapport 2017-2018 d’Amnesty International, les autorités saoudiennes n’ont pas cessé de limiter grandement la liberté d’expression, la liberté d’association et ont arrêté de nombreux défenseurs des droits de l’homme et critiques du régime. Certains ont été condamnés à de lourdes peines de prison, suite à des procès non équitables, et beaucoup ont été condamnés à mort. La torture reste répandue et « la femme continue à souffrir de discriminations inscrites dans la loi et la réalité quotidienne. Elle ne bénéficie toujours pas d’une protection suffisante face aux violences sexuelles ». Les autorités ont utilisé les exécutions de manière intensive et tout cela démontre que le « divertissement » est réservé aux classes supérieures afin de cacher les injustices, tortures et meurtres dont sont victimes les classes inférieures. Si cela est une manière d’améliorer l’image de l’Islam, lui nuire consiste en quoi donc ?

Lien vers l’article original

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*