La Turquie a-t-elle sauvé l’émir du Qatar ?

L'émir du Qatar et le Président turc

Rai Al Youm, vendredi 29 décembre 2017

Les forces turques ont-elles fait avorter un coup d’Etat au Qatar en juin dernier ? Pourquoi les dirigeants turcs dévoilent aux médias cette nouvelle maintenant ? L’hypothèse d’une intervention militaire de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis est-elle écartée ou juste reportée ?

Alors que la crise syrienne est mise en retrait, que l’ « Etat islamique » a perdu la quasi-totalité de son territoire en Syrie et en Irak, et que l’Egypte est absorbée par ses soucis économiques, les pays du Golfe sont devenus l’axe principal des manœuvres politiques et des informations qui en découlent. La troisième intifada dans les territoires occupés est la seule exception à cette règle.

Un journal turc a révélé hier dans un long rapport détaillé que les forces turques avaient empêché un coup d’Etat contre le Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, émir du Qatar, le 5 juin dernier. Le journal a affirmé que le Cheikh Tamim avait demandé au Président turc Rajeb Tayeb Erdogan d’envoyer des troupes turques pour protéger la capitale qatarie durant un appel téléphonique.

Le quotidien turc quasi-officiel Yeni Safak et proche du Président Erdogan a publié à son tour ce rapport, lui donnant ainsi encore davantage de crédibilité et révélant dans le même temps la volonté officielle de répandre cette nouvelle, afin qu’elle atteigne le plus grand nombre de lecteurs et de responsables politiques.

Une intervention militaire des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie saoudite

L’ambassade du Qatar à Ankara a publié un communiqué sur son site officiel niant la véracité de ce rapport, qui comporte selon elle de nombreuses allégations dénuées de toute vérité. Mais les faits confirment que le Qatar était visé par une intervention militaire des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie saoudite afin de soutenir un coup d’Etat interne mené par certaines tribus, comme cela s’est produit en février 1996.

Le Cheikh Sabah Al Ahmed, émir du Koweït, a déclaré lors d’une conférence de presse en marge de sa visite à Washington en septembre dernier, que l’entremise de son pays dans la crise du Golfe avant empêché un affrontement militaire. De son côté, le Cheikh Tamim a confirmé dans l’émission 60 minutes de la chaîne CBS l’existence de plans militaires pour changer le régime au Qatar.

Les autorités qataries craignaient déjà une intervention extérieure plusieurs mois avant la crise du Golfe. C’est pourquoi elles ont signé un pacte de défense avec la Turquie, qui a permis à cette dernière d’avoir une base militaire sur la bande côtière d’Al Udayd, au Sud de Doha, à proximité de la base américaine.

Le danger d’une intervention militaire est toujours présent. Le Royaume d’Arabie saoudite cherche à attirer dans ses rangs de nombreux cheikhs et tribus qataris comme les Hawajirs, les Qahtans et les Banu Marra. Il a aussi fait de l’œil à certains cheikhs de la famille régnante, Al Thani, et les a enrôlés dans son projet de renversement du régime. On trouve parmi eux le Cheikh Abdallah Ben Ali, frère du premier émir du Qatar après l’indépendance, et le Cheikh Sultan Ben Suhaym, fils de l’ancien ministre des affaires étrangères. L’Arabie saoudite les a rassemblés à Riyad il y a une semaine pour célébrer la fête nationale du Qatar.

35 000 militaires turcs au Qatar

Le Président Erdogan a envoyé un nouveau contingent de forces turques à Doha il y a deux jours. Leur nombre dans la base d’Al Udayd s’élève désormais à 35 000 officiers et soldats équipés de blindés, de chars et de pièces d’artillerie, selon des sources régionales bien informées.

Le Prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, a déclaré que la crise avec le Qatar était sans importance et qu’elle allait durer. Son Ministre des affaires étrangères, Adel Al Jubeir, a répété la même chose à plusieurs reprises mais cela ne veut pas dire que la menace militaire ne soit plus d’actualité, d’une manière ou d’une autre. Sinon comment expliquer le flot de forces turques à Doha ?

La présence militaire turque a joué un grand rôle pour empêcher, et peut-être retarder, les plans d’intervention militaire au Qatar. La fuite  d’informations à ce sujet dans des journaux turcs importants et à ce moment n’est sans doute pas un hasard. Elle confirme que la Turquie est engagée dans la défense de son allié qatari face à toute tentative de coup d’Etat menaçant le régime.

Les forces turques ne tiendront peut-être pas longtemps face aux centaines de F-16 et F-15 des arsenaux militaires aériens saoudiens et émiratis sans couverture aérienne turque pour les protéger. Elles sont sans doute plus efficaces face à un mouvement interne. C’est la position américaine qui sera décisive dans ce dossier : en soutien ou contre une tentative d’intervention militaire pour renverser le régime.

Les Turcs prennent pied dans le monde arabe

La Turquie s’introduit dans la région aux niveaux militaire et sécuritaire. Cela a débuté à Doha, puis Idlib, puis enfin dans l’île soudanaise de Suakin, sur les bords de la mer Rouge. Seul Dieu sait quelle sera la prochaine étape. Tout cela est dû aux erreurs des autres, ou à la paralysie qui s’est emparée de leurs cerveaux et à leur incapacité à lire correctement les événements sur le terrain.

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