La politique française au Moyen-Orient

Depuis le début de l’ère chrétienne la France est engagée de manière profonde au Moyen-Orient, à commencer par les Croisades, jusqu’au mandat français sur la Syrie et le Liban attribué en 1920 par la SDN (Société Des Nations) au sortir de la Première Guerre Mondiale.

La phase moderne de ses activités dans la région a commencé juste après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’effondrement de l’empire français a fait place, pendant la guerre froide, à un réseau d’alliances dans le monde arabe et au-delà. La France a donné la priorité aux relations dans ses anciennes colonies, comme la Tunisie, afin de protéger sa sphère d’influence de la menace mondiale du communisme et de ce qu’elle considérait comme un défi anglo-américain à sa propre politique étrangère indépendante.

Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, le pays a été relégué au second plan par les États-Unis et le Royaume-Uni concernant le leadership au Moyen-Orient.

Mais aujourd’hui, la France souhaite recouvrer son prestige international et prépare le terrain dans cette optique d’un retour au Moyen-Orient.

Dans son premier grand discours de politique étrangère après son investiture, M. Emmanuel Macron a déclaré : La France n’est plus dans une situation, comme au milieu des années 70, où elle pourrait dire : « Je suis une puissance moyenne, protégée et soutenue par de grandes puissances qui partagent les mêmes valeurs ».

« La France doit redevenir une grande puissance. C’est une nécessité. »

Sous la conduite du Président français Emmanuel Macron , un peu plus de la moitié de sa première année de mandat , la France renouvelle son appel à l’ordre et à l’influence au Moyen-Orient.

Le président Emmanuel Macron tente de restaurer la position de la France en tant que « Courtier du pouvoir  » ou «Faiseur de rois» dans le monde arabe.

Brigitte et Emmanuel Macron lors de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis), en Novembre 2017

La France mène une politique étrangère ambitieuse sous la présidence d’Emmanuel Macron, qui vise à redonner à Paris son poids et son influence au Moyen-Orient.

Concernant le cadre de la sécurité, de la défense et des arrangements stratégiques du Golfe, les Français occupent une position importante en raison de leur présence militaire aux Émirats arabes unis. Si le « camp de la paix » français à Abu Dhabi a été établi en mai 2009, il a récemment gagné en importance, comme en témoigne la visite d’Emmanuel Macron à la base militaire en Novembre 2017.

Dans ce qui a marqué une nouvelle phase de la présidence de Macron, la France s’est jointe aux États-Unis et au Royaume-Uni le 14 avril 2018 pour larguer 105 bombes sur trois installations en Syrie qui seraient associées à l’utilisation d’armes chimiques.

Avec sans nul doute l’audace de sa jeunesse, Emmanuel Macron à l’age 40 ans, qui est devenu en mai 2017 le plus jeune président Français de l’histoire, a déclaré avoir « convaincu » son homologue américain Donald Trump, de mener les attaques et, de rester en Syrie « sur le long terme », après une attaque aux armes chimiques sur l’ancien bastion de Douma tenu par les rebelles, qui aurait tué des dizaines de personnes.

Par ailleurs, M. Emmanuel Macron a également déclaré avoir joué le rôle d’intermédiaire entre les Etats-Unis et la Russie qui est un allié majeur du président syrien Bachar al-Assad, et d’essayer de définir une « solution politique durable » en Syrie.

Selon Agathe Demarais, Analyste à « The Economist Intelligence Unit », « la France a réussi à maintenir des liens relativement bons avec la Russie, malgré les fortes tensions entre la Russie et l’Occident »

Le Président Français jouerait-il l’opportuniste afin de se faire une place au Moyen-Orient?

Avec la défaite annoncée de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie, il est à craindre que l’Iran et l’Arabie Saoudite ne se disputent le leadership dans la région…

Des puissances extrarégionales s’immiscent également dans le conflit en vue de renforcer leur propre position stratégique mais la France a été la plus active ces derniers temps.

Il est difficile de ne pas détecter un soupçon d’opportunisme et de duplicité de la part des Français. En effet, en exploitant les tensions croissantes entre Téhéran et Riyad, la France peut espérer capitaliser sur les dividendes stratégiques, économiques et commerciaux…

La France est un grand exportateur d’armes vers la région et un état de tension permanent est propice au maintien d’importants contrats d’armement avec les pays du Golfe, et en particulier avec l’Arabie Saoudite. Dans ce domaine également, la France espère peut-être exploiter un vide dans le leadership américain, en jouant efficacement sur les craintes de Riyad de ne pas pouvoir compter sur un soutien militaire américain fort à long terme.

Olivier Guitta, directeur général de Globalstrat, une société de conseil en risque géopolitique a déclaré « Macron est extrêmement opportuniste et comble un vide laissé par les États-Unis et le Royaume-Uni au Moyen-Orient, positionnant la France comme un meneur de jeu dans la région avec la Russie »

Par ailleurs début décembre 2017, le président français s’est rendu au Qatar, malgré le blocus saoudien contre ce minuscule État du Golfe. Pendant son séjour à Doha, Macron a signé des accords d’une valeur totale de 12 milliards d’euros y compris un accord de vente d’armes au Qatar et a soutenu la proposition de médiation du Koweït visant à mettre fin à la querelle diplomatique qui dure depuis des mois au sein du Conseil de coopération du Golfe. Le voyage d’Emmanuel Macron a renforcé non seulement les intérêts de la France dans le pays, mais aussi son engagement à rétablir l’ordre dans la région et au-delà.

Peu après la visite, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont pesé de tout leur poids en faveur de la stabilité en offrant plus de 100 millions de dollars pour aider à financer la campagne antiterroriste de la France avec le Groupe des cinq forces du Sahel en Afrique occidentale.

Emmanuel Macron accueilli au Qatar

Résoudre les problèmes

La France s’est récemment employée à stabiliser les États du Moyen-Orient

En vert , les pays visités par Macron pendant son mandat et en jaune ceux reçus à Élysée

Sur la crise du Golfe, à savoir le blocus du Qatar imposé par la coalition Saoudienne depuis juin 2017, Emmanuel Macron a déclaré « En ce qui concerne la situation dans le Golfe, je veux voir une promesse de réconciliation entre ses membres, comme je l’ai dit depuis le début de la crise », faisant écho à un appel lancé précédemment aux États bloquistes pour qu’ils lèvent « dès que possible » cet embargo.

Le président Emmanuel Macron a ainsi évité de contrarier les deux parties dans cette crise, mais il a construit une relation de plus en plus profonde avec le pays avec lequel il se sent le plus en phase : les Émirats Arabes Unis.

Macron fait valoir qu’il veut dialoguer avec tout le monde dans la région afin de faire avancer l’agenda et la position de la France.

Le président français a démontré ses prouesses diplomatiques, lorsque les États-Unis ont retiré leur certification de l’Accord nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de Plan d’action global conjoint. Emmanuel Macron a mis en garde Washington contre d’autres mesures à l’égard de Téhéran, tout en faisant écho à certaines des préoccupations de l’administration américaine concernant le programme de missiles balistiques de l’Iran. Malgré sa consternation, la France a cependant évité d’intensifier l’affrontement entre les États-Unis et la République islamique d’Iran et a plutôt reconnu les griefs de chaque partie afin d’encourager les deux parties à trouver une solution diplomatique.

Par ailleurs, alors que les relations entre l’Allemagne et la Turquie se sont refroidies au cours de l’année 2017, Paris a veillé à maintenir ouvertes les lignes de communication avec Ankara, en partie pour préserver les relations critiques de l’Union européenne avec la Turquie. Emmanuel Macron a rassuré le président turc Recep Tayyip Erdoğan que son pays n’était pas la cible d’une conspiration de l’Union européenne, tout en condamnant avec lui la décision de l’administration américaine de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël. Ses efforts semblent avoir porté fruit : L’accord sur les migrants a survécu et les relations entre l’UE et la Turquie, bien que tendues, ont «boité» jusqu’à la nouvelle année, sans qu’il y ait d’autres divisions majeures.

En outre, Emmanuel Macron a accueilli le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Paris, à la suite de l’annonce faite par le président américain Donald Trump à Jérusalem, offrant au dirigeant assiégé réconfort et soutien. Abbas, à son tour, a appelé la France à assumer un nouveau rôle de leadership dans le processus de paix après avoir déclaré que les États-Unis ne pouvaient plus y participer. Cette suggestion a maintenu le processus de paix en vie, bien qu’au point mort, à la suite du changement de politique de l’administration américaine.

De Gauche à droite, Mahmoud Abbas et Emmanuel Macron

Paris a également joué un rôle important de médiateur en novembre 2017 après que le Premier ministre libanais Saad Hariri eut brusquement démissionné de ses fonctions lors de sa visite en Arabie Saoudite.

M. Hariri a reproché à l’Iran et à son mandataire libanais, le Hezbollah, d’avoir décidé de le retirer du Liban, ajoutant qu’il craignait une tentative d’assassinat. Cependant, de nombreux analystes soupçonnent que l’Arabie saoudite l’a poussé à démissionner pour le punir de sa faible position envers le Hezbollah.

Les dirigeants libanais, quant à eux, ont allégué que les Saoudiens détenaient Hariri en otage, tandis que Riyad a accusé le gouvernement libanais de déclarer la guerre contre lui en raison de « l’agression » du Hezbollah.

Le président Emmanuel Macron s’est précipitamment rendu au royaume et s’est entretenu avec le prince héritier Muhammad Bin Salman afin d’aider à rétablir la situation, et a souligné « l’importance de préserver la stabilité, l’indépendance et la sécurité du Liban ».

Emmanuel Macron en visite surprise en Arabie Saoudite

Quelques semaines plus tard, S. Hariri a retiré sa démission et a repris son poste, ce qui a fait chuter d’un cran la température politique.

« En raison des relations extrêmement étroites que la France entretient avec la famille Hariri, Macron s’est positionné en tant que négociateur et gagne des points au conseil géopolitique », a déclaré Olivier Guitta.

La médiation d’Emmanuel Macron au Liban n’est peut-être pas surprenante étant donné que la France s’intéresse particulièrement à son ancien mandat, mais son empressement à faire face à d’autres crises au Moyen-Orient est emblématique de sa volonté de faire de la France une puissance dominante dans la région.

Pour conclure, faire face aux interminables batailles par procuration entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et par conséquent l’instabilité de la région du Moyen-Orient, semble au-delà de la capacité de la France. Dans le même temps, sa faible visibilité au Moyen-Orient comparée à des puissances étrangères telles que les États-Unis et le Royaume-Uni, lui conférera une «plus grande marge de manœuvre» afin de négocier les divers différends régionaux.

Par Alexandra Allio De Corato

Alexandra Allio De Corato
A propos de Alexandra Allio De Corato 85 Articles
Traductologie, Linguistique & Géopolitique Analyste, Spécialiste du Moyen-Orient.

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