La perspective d’une fin de crise s’éloigne dans le Golfe au grand dam de Trump

Le Président américain et le Roi d'Arabie saoudite

Le Président Trump a-t-il vraiment donné trois semaines à ses alliés du Golfe pour mettre fin à la crise ?

Rai Al Youm – Jeudi 12 avril

La plupart des fuites provenant de Washington confirment que le Président américain « en a assez » de ses alliés du Golfe et de leurs différends. Il leur aurait demandé fermement de régler la crise actuelle entre le Qatar et les quatre Etats du blocus dans les trois semaines à venir, afin de pouvoir se consacrer au danger iranien.

Les informations au sujet d’une conversation tendue avec le Roi Salman sont-elles justes ?

Le texte officiel américain des conversations téléphoniques du Président Trump avec le Roi d’Arabie saoudite, Salman Ben Abdelaziz, et le cheikh Mohammed Ben Zayed, Prince héritier d’Abou Dhabi, ne comporte pas de « langage ferme » menaçant. On peut dire la même chose des rencontres à Washington entre Trump et le prince Mohammed Ben Salman, puis le cheikh Tamim Ben Hamed Al Thani, émir du Qatar, mais l’inquiétude américaine est palpable.

Ce délai de trois semaines n’est pas dû au hasard : le Président américain a décidé de se retirer de l’accord nucléaire iranien le 12 mai prochain, avant d’entamer une escalade avec l’Iran incluant des sanctions économiques et peut-être des actions militaires, et il souhaite que ses alliés du Golfe jouent les premiers rôles.

Pourquoi nous pensons que la décision saoudienne de creuser un canal pour séparer le Qatar de la péninsule arabique a fermé la porte à une réconciliation ?

Nous n’observons aucune réaction positive des pays du Golfe à ces demandes du Président Trump, notamment de la part des quatre Etats imposant le blocus car ils ont une stratégie de long terme face au Qatar, avec une intensification du blocus. La décision saoudienne de creuser un canal maritime à la frontière avec le Qatar (canal de Salwa) pour en faire une île isolée géographiquement de la péninsule arabique illustre dans les faits cette stratégie.

De son côté, le Qatar commence à s’habituer au blocus mais il lui sera bien difficile de conserver son alliance avec Téhéran et de rester en dehors de la nouvelle coalition formée par les Etats-Unis et les pays du Golfe au milieu de la tension et de la guerre froide entre les deux parties.

Le Président Trump a fini de rançonner les Etats du Golfe en leur imposant des contrats d’armement s’élevant à des dizaines de milliards de dollars. Il réfléchit actuellement à l’étape suivante, qui consiste à faire de ces pays le fer de lance de sa prochaine guerre contre l’Iran.

Nous ne pensons pas que les demandes du Président Trump aboutiront au règlement des différends et à une unité des pays du Golfe dans le délai imparti. Nous aurons une première réponse en observant le comportement du Royaume d’Arabie saoudite et de ses alliés avec le Prince Tamim Ben Hamad durant sa participation au sommet arabe qui se tiendra à Dammam dans quatre jours. Il faut d’ailleurs noter que la crise du Golfe n’est pas au programme de cette réunion.

Le Conseil de Coopération du Golfe, qui a incarné un exemple de coopération régionale pendant plus de 36 ans, s’est disloqué et a bien changé depuis sa fondation. Les pressions et coups de gueule de Trump ne donnent plus leurs fruits. Il est d’ailleurs peut-être le premier à s’être heurté à cette nouvelle réalité en étant contraint d’annuler le sommet de Camp David rassemblant les dirigeants des Etats en conflit afin de trouver une issue à la crise.

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