La France veut « couvrir » son client saoudien

Les Présidents Macron et Erdogan

Le Président Erdogan est en colère après « l’affront » que lui a fait la France. Son Ministre des affaires étrangères, Melvut Cavusoglu, traite son homologue français d’ « insolent » et confirme que les services secrets français ont reçu un enregistrement des dernières minutes de vie de Khashoggi. La France cherche-t-elle à « couvrir » ce crime, comme l’en accuse Erdogan, et pourquoi ?

Rai Al-Youm – Mardi 13 novembre

Les relations franco-turques sont en crise après un vif échange verbal sortant des usages diplomatiques entre le Président Erdogan et Jean-Yves Le Drian, Ministre des affaires étrangères de la France, au sujet de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Le ministre Le Drian a surpris beaucoup de monde, dont la rédaction de ce journal, quand il est sorti des usages diplomatiques et a accusé le Président turc de pratiquer « un jeu politique » dans l’affaire Khashoggi, qu’il a décrit comme « inacceptable », et a déclaré que son pays n’avait reçu aucune information de la Turquie à ce sujet. Il a ainsi répondu au Président Erdogan, qui a déclaré que son pays avait soumis les enregistrements sonores à Riyad, Paris, Londres et Washington.

Il est normal que ces déclarations du Ministre des affaires étrangères de la France, qui accusent de manière indirecte le Président turc de « mensonge », provoquent la colère de ce dernier. Melut Cavusoglu, le Ministre des affaires étrangères turc, a répondu que son homologue français était allé trop loin et qu’il devait apprendre comment s’adresser à un chef d’Etat : « Accuser notre Président de pratiquer un jeu politique est de l’insolence ».

Il a confirmé que les services secrets turcs avaient remis à leurs homologues français un enregistrement sonore le 24 octobre, sur demande de ces derniers.

Il n’y a que deux explications possibles à ces déclarations du Ministre des affaires étrangères français :

  • Un problème de communication et de coordination entre les services secrets français, le Ministère des affaires étrangères et les autres institutions.
  • Le gouvernement français veut enterrer ce crime et clore le dossier afin de ne pas s’attirer les foudres du Royaume d’Arabie saoudite, lui vendre des armes et attirer ses investissements qui se chiffrent en milliards de dollars. Cette hypothèse est plausible quand on voit comment le Président Emmanuel Macron s’est efforcé de calmer le Président Erdogan durant leur rencontre en marge des commémorations de dimanche à Paris, au sujet de cette affaire ; ce qui n’a pas plu au Président turc.

Nous penchons pour la seconde hypothèse, qui veut que le gouvernement français cherche à clore ce dossier criminel pour s’attirer les faveurs de l’Arabie saoudite et empocher des milliards. Cela est honteux quand on sait que la France se décrit toujours comme le « pays des libertés » et le plus grand défenseur des droits de l’homme et de la justice.

Justin Trudeau, le Premier Ministre du Canada a affirmé lundi que son gouvernement avait « pris entièrement connaissance » des enregistrements remis par Ankara. Quant à Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, il a déclaré que les services secrets turcs et allemands avaient communiqué au sujet de l’affaire Khashoggi. Gina Haspel, le directrice de la CIA, a déclaré qu’elle avait pris connaissance des enregistrements et qu’elle avait transmis leur contenu au Président Donald Trump.

Est-il possible qu’un pays si éloigné que le Canada reçoive une copie des enregistrements et que la France en soit privée ? Il est évident que le Ministre français des affaires étrangères fait les yeux doux à Riyad afin d’obtenir une grande part du gâteau de ses revenus pétroliers. Il est bien triste que la plupart des pays occidentaux, si ce n’est la totalité, fassent passer les transactions commerciales avant les libertés et les droits de l’homme.

Nous ignorons quelle tournure va prendre cette crise et ses répercussions sur les relations franco-turques, mais nous savons que le Président Erdogan ne pardonnera pas facilement cet affront personnel et demandera des excuses franches de la France. Jusqu’à ce qu’il les obtienne, de l’eau va couler sous les ponts des relations entre ces deux pays.

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